Alberto Giacometti

Un arbre comme une femme / Une pierre comme une tête

Jusqu’au 18 septembre 2022

Institut Giacometti, 5 rue Victor Schoelcher, Paris 14e

Un petit air de vacances souffle sur l’Institut Giacometti qui propose de découvrir les paysages des Alpes suisses où l’artiste (1901-1966) a passé son enfance et retournait au moins une fois par an.

Alberto Giacometti, La Clairière, 1950. Bronze. Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2022

L’exposition dévoile à la fois des aquarelles représentant forêt et rochers au bord du lac de Sils, dans le Val Bregaglia. Et comment ces paysages ont inspiré les sculptures de l’artiste, notamment La Forêt et La Clairière (1950) dans lesquelles on peut voir une analogie entre les figures féminines longilignes // les arbres et un « buste d’homme planté en terre telle une pierre dressée », écrit Anne Lemonnier dans le catalogue de l’exposition.

Alberto Giacometti, Grande Tête, 1958. Plâtre peint. Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2022

Alberto Giacometti naît en 1901 à Borgonovo dans le Val Bregaglia, une région isolée des Alpes suisses, près de la frontière italienne. La maison familiale se situe dans le village de la Stampa, vallée encaissée où la lumière pénètre peu, surtout en hiver, marqué par de rudes températures. C’est pourtant la saison préférée de l’artiste. Crêtes, rochers, montagnes escarpées, forêt et alpages entourent le village et deviennent son terrain d’exploration.

Alberto Giacometti, Arbres et montagne, vers 1920. Gouache et crayon graphite sur papier Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2022

Les Giacometti prennent leur quartier d’été dans une petite station balnéaire à Maloja, qui donne sur les sommets du Piz de la Margna et du Piz Longhin. Le scintillement de la lumière et les reflets du paysage sur l’eau inspirent très tôt des aquarelles au jeune Alberto. « Ce paysage continue d’habiter Giacometti lorsqu’il s’installe à Paris », commente Romain Perrin, commissaire de l’exposition. Il en conserve des cartes postales et des dessins restés dans le fonds d’atelier. Chaque année, son voyage pour rendre visite à ses parents agit comme un retour aux sources et lui permet de régénérer son art.

Alberto Giacometti, Portes du tombeau Kaufmann, 1956. Bronze. Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2022

Ce qui m’a frappée dans cette exposition est l’incroyable économie de moyens avec laquelle l’artiste réalise ses sculptures, ses aquarelles, ou ses dessins. Quelques traits suffisent à représenter un homme au bord d’un rocher surplombant l’eau, des cavaliers galopant au pied d’une montagne, un seul arbre peut évoquer toute une forêt comme sur les Portes du tombeau Kaufmann que Giacometti réalise pour la Maison sur la cascade d’Edgar Kaufmann en Pennsylvanie, construite par l’architecte Frank Lloyd Wright.

L’oeuvre de Giacometti, récompensé par le Grand Prix de sculpture à la Biennale de Venise de 1962, est d’autant plus d’actualité que cette nature qu’il humanise est en voie de disparition du fait même de l’action de l’homme. Quel artiste tragiquement visionnaire !

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