La tour Jean Sans Peur

Des produits pharmaceutiques dans le Livre des simples médicines: pierres semi-précieuses, coquillages fossiles, produits toxiques (chaux, céruse de plomb, vif-argent ou mercure), animaux (os de seiche, corail), végétaux (blé, amidon), et poudre de momie. France, XVe siècle. Paris, BnFLa santé au Moyen-Age

Jusqu’au 9 novembre 2008

Tour Jean Sans Peur, 20, rue Etienne Marcel 75002, 01 40 26 20 28, 5€

Classée Monument Historique en 1884, la tour Jean sans Peur (construite entre 1409-11) représente la plus haute tour civile médiévale du nord de Paris.  Elle est batie sur l’enceinte de Philippe Auguste, dans l’actuelle rue Etienne Marcel (Paris IIe) et constitue le dernier vestige du palais parisien des ducs de Bourgogne. Une exposition temporaire sur “La Santé au Moyen-Age” complète la visite de ce lieu civil médiéval parmi les plus visités de la capitale.

Vue extérieure de la tour Jean sans Peur (c) Photo: Jean-René GendreLa tour Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419), s’élève sur sept niveaux, autour d’un escalier à vis, imitant celui du Louvre construit sous Charles V.

La visite commence par l’entresol, puis il faut grimper cinq étages, et redescendre pour terminer par le rez-de-chaussée, où est présentée une exposition temporaire annuelle.

La tour restitue la “chambre” ducale de Jean sans Peur – en réalité une salle d’apparat -, les plus anciennes Voûte végétale de la grande vis de la tour Jean sans Peur (c) Photo: Christophe Renaultlatrines de Paris dans leur état d’origine et surtout le faisceau végétal de la voûte d’escalier. Il est constitué de feuilles de chêne, de fleurs d’aubépine et de houblon – des symboles de la famille de Bourgogne et de la famille de Nevers (le houblon), lorsque Jean sans Peur était un simple comte. Ce décor fleuri figure parmi les chefs d’oeuvre de la sculpture française médiévale.
Des vitraux représentant les armes du duc de Bourgogne (la fleur de lys royale et le lion des Flandres ou le rabot) illuminent certaines fenêtres. En 2009, pour célébrer les six cent ans de la tour, chacune des fenêtres sera parée d’un vitrail.
Les combles de la tour expliquent la vie quotidienne dans un palais du XVe siècle. On y apprend, par exemple, qu’à une même table, la nourriture servie dépendait du rang de chaque convive (imaginez la tête de vos invités si vous appliquiez cette pratique courtoise!) et que les princes dépensaient bien plus que leurs épouses pour leurs frais d’habillement!

L’exposition sur la santé au Moyen-Age aurait méritée une scénographie plus accueillante – des textes érigés sur des bandeaux verticaux pour représenter des oriflammes -. Le fond néanmoins compense le manque de facilité de lecture.

L'homme à la croisée des quatre éléments, dans le Livre des propriétés des choses, composé au XIIIe siècle par l'encyclopédiste Barthélemy l'Anglais. France, XVe siècle. Paris, BnFAu Moyen-âge, la santé dépend de l’équilibre entre quatre éléments – le chaud, le froid, le sec et l’humidité – qui, combinés, déterminent les humeurs – sang, flegme, bile, mélancolie. Une notion reprise aujourd’hui par l’Organisation Mondiale de la Santé, qui définit la santé par le terme homéostasie, c’est à dire “l’équilibre entre l’homme, toutes ses composantes, et son milieu”.

La maladie provient d’un déséquilibre entre les humeurs. D’où acte chirurgical (dont les fameuses saignées) pour supprimer les excès d’humeurs dans le corps. Le médecin soigne et assure un rôle préventif – une idée issue de la médecine arabe des IXe-XIe siècles – et prescrit des régimes diététiques. Les textes grecs anciens (Galien, Pline l’Ancien, etc.) servent également de référence.

Pour soigner, le médecin utilise la théorie des humeurs et le principe des signatures (XVIe siècle) – une partie malade sera traitée par la plante, la pierre ou l’animal qui lui ressemble par la forme ou la couleur. Par exemple, les plantes jaunes (millepertuis, grande centaurée) soignent la jaunisse. Aussi loufoque que cette idée puisse paraître, elle est aujourd’hui reconnue par la médecine moderne. En effet, il est admis que la plupart des fleurs jaunes contiennent des principes actifs contre les maladies du foie.
De même, en cas de gangrène, le chirurgien a recours aux asticots qui mangent les chairs mortes – une pratique apparemment utlisée aujourd’hui dans certains hôpitaux. En revanche, réveiller le patient en lui versant du vinaigre dans les narines ou le décompte du temps en prières (un Miserere pour l’opération de la cataracte) n’a heureusement plus cours!

Les écoles de médecine se développent à partir du Xe siècle et les connaissances médicales sont diffusées entre les XIIIe et XVe siècles grâce aux traités de médecine rédigés en français et non plus en latin.
Au comptoir d'une officine d'apothicaire, le Christ rédige une ordonnance pour soigner le genre humain (Adam et Eve), malade du péché originel. France, début du XVIe siècle. Paris, BnFL’Eglise s’immisce dans le milieu médical tout comme la magie: les médecins traitent les malades en fonction de leur horoscope. Ils utilisent des talismans animaux comme le coeur de vautour séché et cousu dans une ceinture en cuir en guise de contrepoison.

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La dissection, d'après le Livre des propriétés des choses. France, XVe siècle. Paris, BnFPour connaître l’anatomie, les médecins pratiquent la dissection des animaux (porc) ou du corps humain. S’ils connaissent le nombre d’os du squelette et ses organes, ils conçoivent leur fonctionnement de manière métaphorique. L’âme est comparée à une araignée vigilante, postée au coeur de sa toile, au centre du corps; l’estomac est imaginé comme un chaudron qui cuit les aliments; le foie est perçu comme un alambic, etc..

Au XIIIe siècle, la naissance de l’Université différencie les métiers de médecin et de chirurgien, entraînant une rivalité entre eux. Pour être reconnu, le médecin doit obtenir un doctorat tandis que le chirurgien passe un examen devant ses pairs. Quant à l’apothicaire, il doit savoir lire…
Les femmes n’étant pas admises à l’Université, elles ne peuvent plus exercer le métier de médecin mais elles jouent toujours un rôle en gynécologie et comme préparatrices chez les apothicaires.
Comme aujourd’hui, les praticiens se protègent de la potentielle mauvaise tournure d’une opération en passant un contrat avec leurs patients ou leur famille, leur imposant de renoncer à toute vengeance en cas de décès au cours de l’opération. Mais une enquête, confiée à des confrères jurés, a lieu en cas d’erreur.
Autre “garantie” pour le patient, le médecin est chargé de superviser le travail des chirurgiens accusés d’agrandir les plaies pour augmenter leurs honoraires…

Si la présentation des nombreux textes de manière verticale apparaît décourageante, il ne faut pas rater les quelques marches qui descendent vers une salle étroite. Celle-ci restitue un cabinet médical et une salle de chirurgie avec les ingrédients et instruments (gingembre, pain de sucre, éponge pour étancher les plaies) de l’époque. De quoi vous donner la chair de poule et vous réjouir des techniques modernes des sciences médicales. N’en déplaisent aux médecines traditionnelles remises au goût du jour…

Pour marque-pages : Permaliens.

Une réponse à La tour Jean Sans Peur

  1. Article intérressant, la tour est une vrai surprise dans Paris !

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