Les affiches lacérées de Jacques Villeglé

Jacques Villeglé, 12 Rue du Parc Royal, 11 mars 1975. Affiches lacérées marouflées sur toile. 97 x 130 cm. Collection particulière (c) Adagp Paris 2008Jacques Villeglé – La comédie urbaine

Jusqu’au 5 janvier 2009

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Centre Pompidou, Galerie 2, niveau 6, Place Georges Pompidou 75004, 10 à 12€

Le Centre Pompidou organise la première grande rétrospective en France de l’oeuvre de Jacques Villeglé (né en 1926, à Quimper), membre fondateur du Nouveau Réalisme (1960-70). Organisée de manière thématique, l’exposition rassemble une centaine d’oeuvres, de la fin des années 1940 à nos jours. Elle met l’accent sur le matériau de prédilection de l’artiste – l’affiche lacérée – qui est devenue sa signature internationale.

Jacques Villeglé, né Jacques Mahé de la Villeglé, a su exploiter un filon, créatif par procuration. Il commence par collecter des “objets trouvés” – morceaux de ferraille abandonnés sur le port de Saint Malo ou déchets du mur de l’Atlantique. Il réalise une première sculpture, Fils d’acier – Chaussée des Corsaires (1947), sorte de “dessin dans l’espace”. Ce travail d’appropriation annonce la démarche de l’artiste, qui une fois installé à Paris, s’active à récupérer des résidus d’affiches urbaines.

Jacques Villeglé travaille de paire avec Raymond Hains: ils prélèvent dans les rues des affiches publicitaires pour les maroufler sur toile. Ces affiches sont déchirées, portent parfois des graffitis, par des mains anonymes. D’où le terme de “Lacéré Anonyme”, donné par J. Villeglé à leurs oeuvres pour exprimer cet inconscient collectif.
Les compères ne  retouchent pas les affiches, sauf pour leur donner un “rare coup de pouce”. Ils se contentent de les sélectionner, de choisir leur format et de les cadrer. L’oeuvre porte généralement le nom du lieu où l’affiche a été arrachée.

En 1960, les deux artistes participent à la fondation du groupe des Nouveaux Réalistes dont le manifeste, rédigé par le critique d’art Pierre Restany, s’inspire Des Réalités Collectives (1958) de J. Villeglé. Un texte dans lequel l’artiste précise les spécificités de la pratique des affiches lacérées par rapport à celle du collage.

J. Villeglé et R. Hains partagent un appartement rue Campagne Première (Paris XIVe). Ils se lancent dans le cinéma à partir d’un appareil de leur crû, un “hypnagogoscope”, qui permet d’éclater des images et des lettres à partir de verres cannelés.

Cette aventure cinématographique se poursuivra avec la réalisation du film Un mythe dans la ville (1974-2002), sur une bande sonore de Bernard Heidsieck, composée d’un texte du poète, des bribes de l’actualité de mai 68 et des extraits de discours de l’Assemblée Nationale. Le film lui-même projette des vues de Paris avec le “trou des Halles” et le Centre Pompidou alors en construction. Une succession de séquences mêle des collages, la lacération d’affiches, des travaux réalisés à partir d’une affiche d’exposition de Dubuffet autour de L’Hourloupe – avatar du personnage Ubu Roi de Jarry. Cette accumulation visuelle pose un regard critique sur les transformations de la capitale. “La rénovation de Paris est en marche, et nous sommes peut-être en train de sacrifier le coeur de la ville, ses vieux quartiers, pour des projets qui nous échappent, qui nous sont imposés de manière pernicieuse”, explicite la commissaire de l’exposition, Sophie Duplaix.

Il faut attendre 1964 pour qu’un musée, le Kaiser Wilhelm Museum de Krefeld (land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne), acquière une affiche de J. Villeglé (R. H. et J. V. cessent leur coopération artistique en 1954), intitulée Carrefour Auguste Delaune – Brigitte Bardot (1963).

Jacques Villeglé, Lacéré anonyme, 1969. Encre et gouache sur papier marouflé sur aggloméré peint. 66 x 58 cm. Collection Michèle & Yves di Folco (c) Adagp Paris 20081969 marque un tournant dans la démarche artistique de Jacques Villeglé. Alors que le président américain Richard Nixon rencontre Charles de Gaulle à Paris, l’artiste aperçoit sur les murs d’un couloir de métro des graffiti anti-américains. Ce sera le point de départ de L’Alphabet socio-politique, qui s’inspire de la guérilla des symboles dont traite Serge Tchakhotine, dans Le Viol des foules par la propagande politique (1939).

Après Paris, J. Villeglé doit “décentraliser” sa pratique du décollage des affiches en raison d’un sévissement de politique en la matière. En 1997, il crée L’Atelier d’Aquitaine dédié à la collecte en équipe d’affiches dans différentes régions de France.

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En 2003, L’Atelier d’Aquitaine est invité à Buenos Aires. Ce sera la dernière expédition de J. Villeglé qui cesse d’arracher des affiches. L’artiste se concentre désormais presque exclusivement au graphisme socio-politique.

Se décrivant comme un “ravisseur d’affiches”, Jacques Villeglé rencontre aujourd’hui un écho frappant chez les jeunes générations. D’où cette rétrospective,  certes tardive mais opportune, se justifie Alain Seban, président du Centre Pompidou.

L’oeuvre de l’artiste donne un aperçu des réalités urbaines au cours des décennies passées, dont la narration nous est restituée de manière fragmentée à travers des affiches lacérées. Cette vision nous permet de porter un regard critique, mais aussi ludique, sur notre environnement visuel quotidien. Notre “comédie urbaine”.

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