Des cartes postales fantaisistes au début du XXe siècle

Photochimie, Allemagne, 1911. Epreuve gélatino-argentique. 14 x 19 cm. Collection Alfons BrunnerLa Photographie timbrée. L’inventivité visuelle de la carte postale photographique au début du XXe siècle.

Jusqu’au 18 mai 2008

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Jeu de Paume, Hôtel de Sully, 62, rue Saint-Antoine 75004, 01 42 74 47 75, 5€ (8€ le billet couplé avec le site de Concorde)

Les cartes postales sont ennuyeuses. Du moins d’après Martin Parr (Boring Postcards, 2000). “Et bien non!” répond haut et fort le commissaire de la nouvelle exposition du Jeu de Paume (site de Sully), Clément Chéroux. Les cartes postales du début du XXe siècle se révèlent riches en fantaisie et créativité visuelle…


Bien avant la presse illustrée et les livres, les cartes postales photographiques représentent un vecteur d’images abracadabrantes, qui enregistrent spontanément un succès de masse.

Page d'un album de la collection de cartes postales de Paul Eluard, c. 1930 (cartes postales françaises, allemandes et espagnoles, 1900-30). Musée de La Poste, ParisPour autant, “les cartes postales ne constituent pas un art populaire”, précise Paul Eluard. “Tout au plus, [elles constituent] la petite monnaie de l’art tout court et de la poésie. Mais cette petite monnaie donne parfois l’idée de l’or”.

D’où l’angle de l’exposition. Clément Chéroux (historien de la photographie et conservateur au Centre Pompidou) entend montrer la qualité visuelle des cartes postales fantaisistes, de vraies pépites dans un siècle alors non saturé par l’image.

Sans titre, Allemagne, 1911. Gerlach & Martin Gerlach Jr.. Collection Peter WeissL’exposition commence avec une sélection de 80 cartes projetées par diapositives, dont on entend le son et on sent la chaleur. Pour permettre au visiteur de se transporter dans le temps, l’aider à revenir au début du XXe siècle. Dans la même optique, la scénographie privilégie un contexte intimiste avec des salles étroites et sombres pour que notre regard se concentre sur la créativité des images exposées.

Les cinq cent cartes postales sont réparties en trois sections: les cartes des éditeurs, celles des professionnelles (studios) et celles des amateurs. Le tout mis en regard avec le rôle des avant-gardistes des années 1920-30 qui utilisent les cartes postales comme matériaux (cf. Hannah Höch, Joan Miro, Roland Penrose, Delaunay, Picabia, Magritte) et comme moyen de diffuser au grand nombre leur nom.

La carte postale naît officiellement en 1869, dans la monarchie austro-hongroise. Elle arrive en France en 1873. Les premières, dénudées, comportent seulement un emplacement pour le timbre et l’adresse du destinataire. A partir des années 1880, des reproductions de gravures commencent à apparaître. Mais il faut attendre la fin du XIXe siècle pour qu’une photographie soit intégrée: en 1891, Dominique Piazza (photographe amateur) fait imprimer plusieurs cartes postales ornées de petites vignettes représentant des vues de Marseille.

L’engouement des cartes postales au début du XXe siècle est tel qu’une affiche publicitaire (1904) de Richard Wallace pour l’éditeur Bergeret (Nancy) parodie le débordement d’un facteur; il croule sous le poids de sa sacoche remplie de cartes et s’exaspère: “Oh! ces cartes Bergeret”!

Ce succès populaire est lié au coût abordable de la carte postale. Mais aussi à la réelle inventivité de ses éditeurs. Des images qui sont aujourd’hui largement diffusées dans les média et considérées comme modernes datent en réalité de l’âge d’or de la carte postale. Elle en a été le premier support. Telle l’image d’Erwin Blumenfeld – Bloomfield, President-Dada-Chaplinist (1921) -, un colllage sur carte envoyé à Tristan Tzara.

Max Morise, Max Ernst, Simone Breton, Paul Eluard, Joseph Delteil, Gala Eluard, Robert Desnos, André Breton. Photographie de studio inconnu. Collection Marc & Sylvie SatorPhotomontage, surimpression, déformation optique, gros plan, nombreux sont les effets techniques qui garantissent le foisonnement visuel. Les surréalistes commencent par collectionner les cartes avant de se mettre à en éditer eux-même en 1937, sous la direction de Georges Hugnet. Ils les vendent 2 FF l’unité, tamponnées d’un “la carte poste fantaisiste garantie”! La 21e – celle de Picasso – est gratuite. Man Ray, Magritte, Duchamp, Tanguy, Dora Maar, Ernst, Eluard, Breton, Arps, etc., se prêtent tous au jeu.

“La prédilection des avant-gardes pour les cartes postales, comme par ailleurs pour la photographie documentaire ou amateur, s’inscrit en somme dans une stratégie plus large, qui à bien des égards, pourrait s’apparenter à un positionnement anti-artistique” commente Clément Chéroux.

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Au début du XXe siècle, avec la naissance de la photographie, il est possible d’envoyer une carte à son effigie. L’idéal pour se représenter au volant d’une voiture, ou mieux, d’un aéroplane. “Mon cher Louis, Je fais du 120 à l’heure et c’est pourquoi je suis si sérieuse [sur la carte photographique]. Tiens-toi prêt dimanche à 2h, je t’emmènerai au bois de Boulogne et j’espère à nous deux faire du 180. Mille baisers à ma grosse mère et mon gros frère. Ta petite amie qui t’embrasse” (signé Marthe, 1904).
Ainsi, la carte postale joue un rôle de faire-valoir social et permet de renouveller l’art du portrait, jusqu’alors catégorisé comme sérieux.

L’exposition se termine sur les cartes photographiques des amateurs qui s’inspirent des oeuvres d’artistes. A l’image des avant-gardistes qui entendent “mettre de la vie dans l’art et l’art dans la vie” (Clément Chéroux), des anonymes jouent les apprentis artistes, baignés qu’ils sont dans le dadaïsme et le surréalisme dominant.

Sans titre, Allemagne, 1911. Gerlach & Martin Gerlach Jr.. Epreuve gélatino-argentique. 14 x 9 cm. Collection Gérard LévyLe jeu. Telle est la motivation du collectionneur Gérard Lévy (avec Peter Weiss), dont une grande partie des cartes exposées proviennent. “Je ne garde pas toute les cartes postales. Ma sélection se fait en fonction de leur gaieté. Du détournement qui a été fait des images”, explique-t-il malicieusement.
Une exposition qui vient à point nommé car, prédit Clément Chéroux, la fin des cartes postales a sonné. “J’étais chez un buraliste à Paris et à l’emplacement habituel des cartes postales (sur le portant métallique) se trouvait un CD qui permettait de télécharger des cartes postales virtuelles”. Sans oublier les texto et les emails…

Pour marque-pages : Permaliens.

Une réponse à Des cartes postales fantaisistes au début du XXe siècle

  1. Djclone dit :

    Si cet article sur les cartes postale vous a intéressé, consulter le site en lien, c’est une vraie mine d’or.

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