Fashion-addicts, libérées, pétillantes… si Parisiennes!

Je vois un beau jeune homme brun...mais je le garde parce que je l'ai vu la première. Gouache originale parue dans Jours de France, mars 1971. 36 x 28,5 cm. Collection de l'artisteLes Parisiennes de Kiraz

Jusqu’au 21 septembre 2008

(Evitez les files d'attente: achetez vos billets en ligne en cliquant ici !)

Musée Carnavalet
, 23, rue de Sévigné 75003, 01 44 59 58 58, 5€

Comment des héroïnes d’illustration de presse ont-elles façonné l’esprit féminin de la capitale? Edmon Kiraz ne vous livrera pas son puissant secret. Mais cette première rétrospective présentée dans le plus parisien des musées offre un aperçu du processus créatif d’un artiste, au trait de crayon et à l’éclat des couleurs légendaires.


Il faut accorder nos violons, maman. S'il te demande:pourquoi je le quitte tu dis 'parce que'! Gouache originale parue dans Jours de France, février 1979. 35 x 31 cm. Utilisée pour une publicité Canderel en 1998. Collection de l'artiste Deux cent-trente oeuvres, dont une centaine de gouaches, 9 peintures, 25 dessins et une trentaine de documents d’archives, présentent en image l’évolution des “filles prodigues” de E. Kiraz.

Sa première figure féminine, prénommée Line, voit le jour dans le numéro 290 de Samedi Soir (20 janvier 1951). Rapidement la concurrence s’intensifie et Line est affublée de “copines”, qui évoluent gracieusement, vêtues de noir et blanc, dans Carnet de Belles (1953-1955).
Ensuite, elles filent le parfait amour avec Ici Paris (jusqu’en 1964).

Sans titre. Gouache originale parue dans ELLE n°3000, 30 juin 2003. 34 x 24,5 cm. Collection de l'artisteMarcel Dassault, fondateur du magazine Jours de France remarque Carnet de Belles. Il propose à E. Kiraz de dessiner des femmes pour une double page dans son journal, à l’origine politique (il devient par la suite un magazine féminin).
C’est Marcel Dassault qui propose d’appeler les personnages “les Parisiennes” (1959) – une idée à laquelle l’artiste n’adhère pas vraiment, la trouvant trop banale! Et, pourtant, quel succès!
Chaque semaine, les Parisiennes illustrent une scène de la vie quotidienne: un jour au bureau, un week-end à la montagne, une semaine à la plage… Mais la capitale française reste la source d’inspiration primordiale de l’artiste.

Il y a aussi mon lave-vaisselle qui ne marche pas. Gouache originale parue dans Gala, décembre 1998. 36 x 30 cm. Collection musée Carnavalet, donation de l'artiste en 2008 Né au Caire de parents arméniens, Kiraz découvre Paris lors d’un voyage en 1946. Il tombe amoureux de la ville et s’y installe définitivement deux ans plus tard. D’abord dessinateur politique, il capte l’atmosphère parisienne qu’il rend dans son Carnet de Belles. Du haut de son atelier, boulevard Raspail, ou aux terrasses des cafés, l’artiste s’inpire de l’air du temps: mode, luxe, libertinage, mais aussi tracasseries avec les agents de la voie publique, pression médiatique pour rester mince, etc..

Elle m'a dit tant de choses qu'il ne faut pas que je répète que je ne sais plus par où commencer. Gouache originale parue dans Gala, février 1996. 35 x 25,5 cm. Collection de l'artiste“Ma source d’inspiration c’est la rue et c’est inépuisable. Deux filles qui bavardent à la terrasse d’un café, c’est magnifique!” s’exclame Kiraz.

Il y a en moi plusieurs femmes. Comment voulez-vous que je puisse me contenter d'un seul homme? Gouache originale parue dans Jours de France, novembre 1982. 37 x 28 cm. Collection de l'artiste “Il [Kiraz] a inventé ce métissage explosif, corps d’Afrique, buste d’Italie, regard de l’Est, cheveux du Nord, esprit de Paris. […] Puis on a assisté à un phénomène saisissant: les Parisiennes ont commencé à ressembler aux dessins de Kiraz”, observe Dominique Issermann, photographe.

Christian Lacroix, quant à lui, loue les dessins de Kiraz pour sa “manière de dessiner les décors […et de capter], semaine après semaine, l’essence de la mode d’une manière qui [est] celle d’un couturier”.

Je ne veux pas vous déranger Angèle: je cherche mon agenda. Gouache originale parue dans Gala, juin 1997. 33 x 26,5 cm. Collection de l'artisteEn 1964, la page “Kiraz-Color” apparaît dans Jours de France. Les gouaches en couleur composent la deuxième section de l’exposition. Décrites par Vogue comme “frivoles et sublimes” (avril 1995), les Parisiennes de Kiraz deviennent des icônes de la féminité. Dans Glamour, elles donnent des leçons de mode dans la rubrique “Mod’emploi” (septembre-décembre 1991). Gala les emprunte dans sa rubrique “Le clin d’oeil de Kiraz”. Aujourd’hui, elles paraissent toujours dans les pages coquines du Playboy américain.

Si je suis grosse comme ça, je ne peux pas dîner avec vous ce soir. Il faut que je commence un régime tout de suite! Gouache originale parue dans Jours de France, février 1976 et avril 1979, et dans Gala, novembre 1997. 38 x 27,5 cm. Collection de l'artisteAu-delà de l’illustration de presse, les Parisiennes ont révolutionné les campagnes publicitaires. De la bouteille de Perrier (1962) – “Perrier, l’eau qui fait twist, pschitt, chic…”-, au panty Scandale (1968-69) – “J’ai eu un succès fou au bal, grâce à mon panty Scandale” -, sans oublier les sucrettes Canderel (1995-2003). L’agence Young & Rubicam a imaginé une saga publicitaire sous la houlette de Frédéric Beigbeder.
“Canderel, c’était magnifique”, se rappelle Edmond Kiraz, “j’ai travaillé 8 ans et je n’ai jamais fait un seul dessin pour eux! Ils venaient chez moi, fouillaient dans mes dessins, choisissaient dans mes archives, coupaient, détouraient les gouaches, ajoutaient des légendes…”

Publicité

Baignade. Huile sur toile, 1990. 92 x 73 cm. Collection de l'artisteProgressivement, les gouaches deviennent des peintures à l’huile. Les Parisiennes sont statufiées en oeuvre d’art: danseuses cambrées; cycliste encombrée d’une cage à oiseau et de shopping bags mais néanmoins gracile sur sa monture; des jambes longilignes plongent dans une piscine réduite à une éclaboussure d’eau… Le trait de Kiraz est énergétique, fluide; la composition est rythmée, harmonieuse; les couleurs sont douces et chaudes.

Par un effet d’abîme, l’exposition se termine sur un film qui relate le revers du décor – les différentes étapes de l’aménagement de l’exposition.

J'ai trouvé un grand cheveu blond sur son veston. Mais je n'ose rien lui dire: c'est peut-être celui d'un copain. Gouache originale, parue dans Jours de France, octobre 1970. 36 x 28,5 cm. Collection de l'artisteEn guise de dessert, je vous livre quelques perles mordantes qui ponctuent cette exposition, à la fois légère, humoristique, et caustique.
“J’achète deux paires [de chaussures] parce que quand tu fais cette tête, ça m’enlève la moitié du plaisir!”
“Une amie mannequin vient dîner avec nous, maman: veux-tu ajouter une feuille de salade?”
“J’ai trouvé un grand cheveu blond sur son veston. Mais je n’ose rien lui dire. C’est peut-être celui d’un copain”…

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *