Magritte/Renoir

Le surréalisme en plein soleil

Jusqu’au 19 juillet 2021

Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries, Paris 1er

Le musée de l’Orangerie consacre une exposition sur “les années Renoir” de Magritte, situées entre 1943 et 1947. Le maître du surréalisme belge emprunte à l’impressionniste français sa touche vibrante et ses carnations rosées pour représenter nus et pots de fleurs, dans une volonté farouche de célébrer la vie, alors que le conflit mondial touche à sa fin. Une période de l’artiste méconnue, avec quelques oeuvres tout à fait surprenantes !


Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Fleurs dans un vase, vers 1896-1898. Huile sur toile. Paris, musée de l’Orangerie Photo © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Franck Raux

Quittant sa veine picturale poétique mais inquiétante, Magritte veut être le chantre du bonheur, du “beau côté de la vie” […] J’entends par là tout l’attirail traditionnel des choses charmantes, les femmes, les fleurs, les oiseaux, les arbres, l’atmosphère de bonheur. etc …”, écrit-il à Paul Éluard, en 1941.


René Magritte (1898-1967), La Préméditation, 1943. Huile sur toile. Collection privée
© Photothèque R. Magritte / Adagp Images, Paris, 2021

Sa volonté de représenter “les choses charmantes, les femmes, les fleurs, les oiseaux, les arbres, l’atmosphère de bonheur”, s’incarne dans La Préméditation (1943), bouquet de fleurs richement garnis de rose, pensée, lilas, tulipe, pivoine, lys, dahlia ; prétexte à l’exercice des formes et des couleurs.


René Magritte (1898-1967), La Voie Royale, 1944.
Huile sur toile. Collection particulière Photo courtesy of Sotheby’s © ADAGP, Paris 2021

L’artiste va développer pendant six ans un style “solaire”, dont le paroxysme se trouve dans La Voie Royale (1944) qui représente un soleil aux rayons en forme de roses, inondant de lumière la toile. Une euphorie liée à la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie.

Magritte conserve cependant sa touche d’humour comme l’illustre Le Premier jour (1943), “la plus impressionniste” des oeuvres de l’artiste, selon Didier Ottinger (directeur adjoint du Musée national d’art moderne, Centre Pompidou), commissaire de l’exposition. Il peint un violoniste avec, posé sur son entre-jambe, une petite ballerine, peut-être une référence à la danseuse britannique surréaliste Sheila Legge, avec laquelle il entretient une relation en 1936.


Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Les Baigneuses, entre 1918 et 1919. Huile sur toile. Paris, musée d’Orsay Photo © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

En revanche, lorsqu’il emprunte aux baigneuses de Renoir, le succès n’est pas aussi éclatant. Sa série Magie noire (1942) reproduit des femmes aux couleurs tie and dye plus ou moins réussies. Mais sa Moisson (1943), reprenant un baigneuse de Renoir allongée sur un lit, avec chaque membre du corps peint d’une couleur différente, est avouons-le, carrément kitsch !

L’artiste va plus loin encore, lorsqu’il se frictionne avec André Breton, père du surréalisme français. Lors de son exposition à Paris en 1948, Magritte crée volontairement des personnages grossiers – dont une caricature probable de Breton en forme de grosse poire – dans des oeuvres grotesques, où les traits sont à l’opposé de sa ligne habituellement claire et aux motifs poétiques.

Le parcours se termine heureusement sur deux oeuvres (dont un magnifique pot aux fleurs rouges) de Francis Picabia, qui célèbre lui aussi la vie.

Une exposition originale, à découvrir.

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