Fiber Futures

Akio Hamatani, W-Orbit, 2010. Rayonne, indigo.Les explorateurs de la création textile au Japon

Jusqu’au 11 juillet 2015

Site de la Maison de la culture du Japon à Paris, 101bis quai Branly, Paris XV, Entrée libre

Trente artistes japonais exposent à la Maison de la culture du Japon à Paris leurs créations en lien avec le textile, dont l’art connaît actuellement un renouveau au pays du Soleil Levant. Les étoffes se transforment, sous nos yeux ébahis, en sculptures et installations contemporaines.

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Fils de soie, de lin, de coton ou bien fibres synthétiques et métalliques ou encore papier washi ont commencé à inspirer les artistes dans les années 1960 seulement. La Biennale internationale de la tapisserie de Lausanne a lancé le mouvement « Nouvelle tapisserie », qui s’est ensuite exporté des Etats-Unis au Japon.

L’art textile ou fiber art en anglais n’est pas encore défini académiquement. Les artistes présentés dans cette exposition utilisent aussi bien des fibres naturelles que des fibres artificielles, des techniques ancestrales que des procédés de teinture et de tissage modernes. Ce qui les rassemble : leur fascination – et la notre – pour la souplesse et la texture des fibres qu’ils utilisent, laissant libre cours à leur imagination.

Fuminori Ono, Feel the Wind, 2010. Pâte chimique, teintures chimiques, fini de polyuréthane. Photo : Mareo Suemasa

Le parcours mêlent les artistes qui relient leur travail à la nature, sensibles à la cause environnementale, et ceux qui font preuve d’une approche plus conceptuelle.

Kiyomi Iwata récupère le kibiso – les dix premiers mètres de fil qu’un ver à soie tisse après éclosion, une matière trop épaisse et rugueuse pour fabriquer des kimonos -. Il réalise sa sculpture Chrysalis pour donner une seconde vie à cette matière qui s’accumulait dans des entrepôts avant d’être disposée. « Afin de ne rien gaspiller, j’ai recueilli jusqu’aux ombres de la sculpture dans le dessin qui l’accompagne », précise-t-elle.

« De nos jours, que nous le voulions ou non, il est difficile dans nos vies quotidiennes d’échapper à la production de masse, à la surconsommation, à tout ce qui est artificiel. Même les plantes, considérées comme le symbole de la nature, sont en majorité contrôlées par la main de l’homme », commente Machiko Agano. « Pour cette exposition, j’ai conçu une structure composée de fragments de photos de plantes qui font partie de mon environnement familier – photos dont j’ai fait des tirages que j’ai combinés avec des feuilles de papier miroir. Mon désir serait que le spectateur, grâce à son reflet dans le miroir, ait lui aussi la sensation d’être un élément de ce monde artificiel ».

La démarche de Kyôko Ibe tient autant d’une conscience écologique que d’une réflexion sur la mémoire, la tradition et l’identité. « A l’époque Heian (794-1185), au décès d’un noble, on fabriquait du papier recyclé à partir de textes manuscrits laissés par le défunt avant d’y copier des soutras pour lui rendre hommage. Lorsque j’ai appris l’existence de cette pratique du kankon-shi (« papier permettant le départ de l’âme »), j’ai été profondément émue et j’ai souhaité la transposer à notre époque. C’est ainsi que je me suis mise à fabriquer du papier recyclé à partir d’anciens documents manuscrits que j’ai collectionnés au fil des ans. Leur encre ne s’efface pas même lorsqu’on les plonge dans l’eai, et réduits à l’état de pulpe, ils produisent un papier d’une belle teinte légèrement noire. J’utilise du papier fabriqué à partir de lambeaux de papier ganpi vieux de plus de cent ans. Je mélange cette base à de l’eau contenant des particules de pulpe de papier indigo (aizome-shi) et de mica que le mouvement du tamis répartit en motifs sur la feuille ».

Kyôko Ibe, Hogosho, 2009. Papier ancien recyclé.

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Tout comme Jun’ichi Arai, qui travaille sur la tradition et l’identité culturelle. Il appartient à la sixième génération d’une famille de tisserands et de fileurs. Après avoir travaillé dans l’usine de son père, il a collaboré avec des créateurs de mode célèbres, tels Issey Miyake ou Yohji Yamamoto. S’il recourt à la technologie de pointe, il continue d’être assisté par les artisans de sa ville natale Kiryû pour réaliser ses oeuvres, tel ce rideau de magasin ininflammable, couleur doré.

 Jun’ichi Arai, Rideau de magasin ininflammable (or), 2005. Film de sulfure de polyphénylène (PPS), aluminium déposé sous vide. Photo : Mareo Suemasa

Une exposition qui nous fait découvrir les dernières tendances au Japon en matière de fiber art. Un mélange de traditions et d’excentricités, qui fait exploser les sens et l’esprit. A ne pas rater !

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