Le voyage de l’obélisque

Place de la Concorde, Paris (c) Musée national de la Marine / A. Fux %%Louxor / Paris (1829-1836)

Jusqu’au 6 juillet 2014

(Evitez les files d'attente: achetez vos billets en ligne en cliquant ici !)

Musée national de la Marine, 17 place du Trocadéro, Paris XVI

 

Quel incroyable périple… Le musée national de la Marine retrace les étapes du long voyage – sept ans ! – de l’obélisque de Louxor qui trône aujourd’hui sur la place de la Concorde. Amarrez-vous bien!

Publicité

Ils étaient deux à l’origine. Les obélisques Ouest (celle de la place de la Concorde) et Est (restés sur place), sont édifiés sous le règne de Ramsès II, à l’entrée du temple de Louxor, au XIIIe siècle avant J.-C.

Dans l’Egypte ancienne, les pharaons font ériger des obélisques à l’entrée de leur temple, sur lesquels sont gravés leurs exploits et leurs hommages aux divinités (en particulier Amon, dieu du Soleil). Rayon de soleil pétrifié, l’obélisque représente le lien entre le monde des céleste et le monde terrestre.

En 1829, le vice-roi d’Egypte, Méhémet Ali entend moderniser l’Egypte. Il emploie pour se faire de nombreux officiers et ingénieurs français. Il propose le don des deux obélisques d’Alexandrie à la France.

Mais Jean-François Champollion, présent sur place, parvient à le convaincre de donner à son pays les obélisques du temple de Louxor, situés à 700km en amont de l’embouchure du Nil, mieux conservés. Or, l’un des obélisques était déjà promis aux Anglais. La vidéo présentée avant de descendre dans l’espace d’exposition vous révèlera la ruse de Champollion pour obtenir gain de cause auprès de Méhémet Ali!

Côté français, la Marine s’active déjà à préparer le transport de l’obélisque. Un budget est voté au Parlement pour construire le Luxor à Toulon. Pendant ce temps là, à Paris, Charles X doit abdiquer suite à la Révolution de Juillet. Lui succède Louis-Philippe, nouveau Roi des Français.

L’ingénieur du génie maritime Apollinaire Lebas, le lieutenant du vaisseau Raymond de Verninac Saint-Maur et son second Léon de Joannis, le chirurgien major de la Marine Justin Pascal Angelin sont les quatre hommes qui vont permettre la réussite du voyage du Luxor jusqu’à Louxor (avril-août 1831).

Le bateau est démâté à 400m de l’entrée du temple. Il est recouvert de nattes arrosées deux fois par jour pour sa préservation. Une fois sur place, l’ingénieur Lebas doit revoir les plans de son système d’abattage pour coller à la réalité du terrain. L’obélisque est en effet fragilisé par une fissure de près de huit mètres de haut à partir de sa base, elle-même enfouie sous 3,80m de sable.

Le monolithe est enrobé dans un coffrage de protection, avant d’être abattu en deux mouvements grâce à un système inventif actionné par 200 hommes. Un glissoir en bois permet ensuite le halage de l’obélisque jusqu’au Luxor. Il faut deux heures et 48 hommes pour embarquer l’obélisque le 19 décembre 1831.

Mais, pour repartir, il faut attendre la crue du Nil qui aura lieu …  fin août 1832. Voyage jusqu’à Alexandrie (janvier 1833). En route pour Toulon, atteint en mai après deux escales à Rhodes et Corfou afin d’alimenter en charbon le Sphinx, premier navire de haute vapeur de la Marine française, qui remorque le Luxor. Mise en quarantaine à Toulon avant de poursuivre jusqu’à Cherbourg (août 1833). La Héva, petit vapeur civil, prend le relai du Sphinx pour remorquer le Luxor jusqu’à Rouen.

Une nouvelle fois démâté, le Luxor est halé par des chevaux qui doivent changer de rive selon le cours de la Seine. En décembre 1833, soit deux ans et neuf mois après son départ de Toulon, le Luxor est amarré au pont de la Concorde à Paris.

Reste plus qu’à remonter l’obélisque! Trop abîmé, le piédestal d’origine n’a pas accompagner l’obélisque. Un nouveau socle est conçu à partir du granit des carrières de l’Aber-Ildut dans le Finistère.

Le 25 octobre 1836, à 11h30, le monument commence à être redressé par 350 artilleurs, sur l’air des Mystères d’Isis de Mozart, devant une foule de 200.000 Parisiens. L’ingénieur Lebas dirige les opérations avec un porte-voix et se place juste en dessous pour ne pas survivre en cas d’échec.

Publicité

Une demi-heure après le début des opérations, celles-ci semblant en bonne marche, Louis-Philippe sort le bout de son nez sur le balcon de l’hôtel de la Marine. A 14h30, l’obélisque repose entièrement sur son piédestal.  Quatre matelots montent au sommet pour hisser le drapeau national. Le roi donne le signal des applaudissements à une foule restée jusque-là bien silencieuse.

Il faudra attendre 1839 pour que les inscriptions commémoratives accompagnées des plans des opérations d’abattage et de réédification soient gravées à l’or fin sur le piédestal. Et 1937 pour que l’obélisque soit classé Monument Historique. En 1998, l’obélisque de la Concorde est coiffé d’un pyramidion en bronze doré, à l’imitation de celui qu’il portait lors de ses premiers temps de vie égyptienne.

Aucun gouvernement n’a sérieusement envisagé d’aller chercher le deuxième obélisque de Louxor qui a été “restitué” officiellement à l’Egypte par François Mitterrand en 1981.

Un périple qui méritait bien une exposition! Et qui explique pourquoi aucun gouvernement n’a sérieusement envisagé d’aller chercher l’obélisque Est. Il a été officiellement “restitué” à l’Egypte en 1981.

Bien que petite en surface – les commissaires n’ont pu bénéficié de plus mètres carrés en raison de la tenue du Salon de la Marine concomitant à l’ouverture de l’exposition -, de nombreuses maquettes, toiles, aquarelles et dessins illustrent à merveille ce fabuleux voyage. Si vous ne connaissez pas le musée de la Marine, c’est une belle occasion de découvrir les deux à la fois!

Taggé .Mettre en favori le Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *