Tadjikistan

Au pays des fleuves d’or

#ExpoTadjikistan

Jusqu’au 10 janvier 2022

Musée Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e

Qui connaît ce petit pays de montagnes coincé entre l’Ouzbékistan et l’Afghanistan ? Le musée Guimet présente une exposition d’envergure, dont le projet remonte à 2015, sur les arts de cette république autrefois traversée par la route de la Soie. Fascinant !

Boucle avec scène de chasse au sanglier.
Tadjikistan, Saksanokhur. 2e-1er siècle av. J.-C. Or © Musée national des antiquités du Tadjikistan / photo Thierry Ollivier pour le MNAAG

Sa situation géographique le situe à la croisée du monde des steppes, du sous-continent indien, et de l’Asie centrale chinoise. Doté de richesses naturelles, comme le rubis, le lapis lazuli et l’or, il a attiré les convoitises des Perses achéménides (6e siècle avant J.-C.), des populations helléniques (4e siècle avant J.-C.), des commerçants chinois et des conquérants samanides (9e siècle après J.-C.). Chrétienté, bouddhisme et islam ont marqué les arts du pays.


Collier. Tadjikistan, Sarazm, tombe de la “princesse
de Sarazm” Milieu du IVe millénaire av. J.-C. Or © Musée national des antiquités du Tadjikistan / photo Thierry Ollivier pour le MNAAG

Le parcours débute avec les vestiges du site archéologique de Sarazm, ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2010, à l’ouest du pays. Entre le 4e et la fin du 3e millénaire, Sarazm est l’un des plus importants sites de métallurgie d’Asie centrale. Une sépulture dite de la “princesse de Sarazm” a révélé des bijoux en perles d’or massif, cornaline, lapis-lazuli, et turquoise.

La section suivante expose l’art des steppes, dans les montagnes du Pamir, où se développe un mode de vie pastoral nomade. Elles sont traversées par les Scythes et parfois des populations lointaines venant du Kazakstan voire de Sibérie. Elles ont légué des plaques métalliques percées avec des motifs d’animaux emblématiques : grand mouflon Marco Polo, markhor aux cornes spiralées, léopard des neiges, aurochs (aujourd’hui disparus).

Le temple de l’Oxus dans la citadelle de Takht-i Sangin a laissé des traces de culture hellénique qui se mêle à l’art perse, caractérisé par un art animalier aux figurations stylisées. Les noms et l’alphabet grecs restent en usage jusqu’au règne de Kanishka (vers 127-152) et nombre de formes et de techniques architecturales hellénisantes sont transmises dans toute la Bactriane. La fascination de l’hellénisme survit aussi chez les nomades, dans le mobilier de leurs tombes (nécropoles de Beshkent, Farkhor, Ksirov et Tupkhona).

Entre le 1er et le 3e siècle, les Kouchans dominent le nord-ouest du sous-continent indien et développent un art gréco-bouddhique. Peu d’oeuvres de cette période ont été retrouvées jusqu’à présent au Tadjikistan, hormis des pièces de monnaie en or datant du règne de Kanishka (vers 127-152).

Un superbe caftan des 8e-9e siècles témoigne à la fois de l’influence sassanide (motif d’animaux) et chinoise (méthode de tissage).

Scène de bataille. Tadjikistan, Pendjikent (secteur VI, salle 1)
Premier quart du VIIIe siècle. Peinture de pigments naturels sur torchis © Musée national des antiquités du Tadjikistan / photo Thierry Ollivier pour le MNAAG

Le zoroastrisme (religion dualiste née en Iran qui honore le feu et a pour dieu suprême Ahura Mazda) se serait imposé en Sogdiane et Bactriane dès l’époque achéménide. Dans la ville de Pendjikent, on a retrouvé des peintures murales dans les pièces de réception de riches demeures dont quelques exemples sont exposés ici.


Tête de femme. Tadjikistan, Adjina-tepa (district de Vakhch), cour du stupa principal. Seconde moitié du 7e siècle – première moitié du 8e siècle. Terre crue © Musée national des antiquités du Tadjikistan / photo Thierry Ollivier pour le MNAAG

La dernière section est consacrée au bouddhisme qui se répand dès le 2e siècle avec l’avènement des Kouchans. Monastère des mille bouddhas, pied de bouddha (avec les orteils bien écartés comme dans la pratique du yoga !), peintures murales aux scènes d’offrandes figurent parmi les trésors de cette section.

Les oeuvres proviennent essentiellement du musée national des Antiquités du Tadjikistan et du musée national du Tadjikistan, et ne sont presque jamais sorties du pays. “Elles ont nécessité un transport en avion dont il a fallu démonter les sièges”, précise Sophie Makariou (présidente du MNAG) ! Elles sont mises en regard de pièces issues des collections du musée Guimet. L’ensemble propose un dialogue fécond.

Devî Mahâtmya. Manuscrit illustré. Népal, fin du 18e siècle. Couleurs sur papier. MNAAG © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Michel Urtado


Dans le même temps, vous pourrez admirer les arts du Népal dont les pièces proviennent du musée Guimet et sont également très peu connues du public (dans la rotonde au 2e étage). Deux expositions originales, à découvrir.


Taggé .Mettre en favori le Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *