Roger Henrard ou “l’oiseau familier” de Paris

Les deux bras de la Seine vers l'amont et l'île de la Cité, 1957, collection Musée Carnavalet - (c) PMVP/DegrâcesLe Tour de Paris
Promenades aériennes de Roger Henrard

Musée Carnavalet
, 23 rue de Sévigné 75003
7 novembre 2006 – 7 janvier 2007
Rens.: 01 44 59 58 58

Dans le cadre du Mois de la Photo, le Musée Carnavalet expose 65 vues en noir et blanc du pilote-photographe Roger Henrard (1900-75), qui enregistre l’évolution urbanistique de la capitale. Et offre un panorama aérien surprenant au Parisien, plutôt habitué au bitume encombré de la ville!


“L’intérêt de ces photos ne réside pas dans leur présentation de monuments historiques” précisent Jean-Baptiste Woloch et Catherine Tambrun – commissaires de l’exposition. “Mais dans l’apport qu’elles offrent en matière de connaissances urbanistiques parisiennes”. Et de leurs qualités artistiques. La capitale n’a connu que peu de changements depuis les grands travaux haussmanniens.

La porte de la Villette, la place Auguste Baron et le boulevard périphérique, 1967, collection Musée Carnavalet - (c) PMVP/JoffreLa fin de la Seconde Guerre mondiale s’accompagne d’une reprise des investissements et Paris se développe à nouveau de manière exponentielle. Les terrains vagues disparaissent, des quartiers sont entièrement remodelés (place d’Itale, Montparnasse, Bastille, etc.). D’un point de vue moins esthétique, le périphérique est construit, les autoroutes du sud / nord / est s’ouvrent…

Les Halles centrales, 1952, collection Musée Carnavalet - (c) PMVP/BriantLe 2ème étage de la Tour Eiffel et le Palais de Chailot, 1951, collection Musée Carnavalet - (c) PMVP/DegrâcesCes clichés qui montrent ce qui existait (par exemple, la halle au vin…), ce qui a été reconstruit (…remplacée par l’Institut du Monde Arabe), ou détruit (comme les abattoirs), frappent par leur mise en scène, basée sur une composition très étudiée. Telle la vue des deux bras de la Seine vers l’amont de l’île de la Cité (1957) ou cette vue centrée sur la Tour Eiffel, devant le Palais de Chaillot (1951).

Il s’en dégage un jeu de lumière et de volumes fascinant. Le spectateur découvre des vues inédites. Il prend conscience de la géométrie des masses de pierre, imperceptible au sol, et des astuces La Place de l'Europe, 1955, collection Musée Carnavalet - (c) PMVP/Degrâcesdes architectes qui doivent composer avec les formes de la ville. Jamais on aurait imaginé la place de l’Europe ou celle de Victor Hugo si solaires, avec leurs rayons centrifuges plus nombreux que ceux de la place de l’Etoile. Ou bien peut-on apprécier le détail architectural entre les HBM (Habitation Bon Marché) formant un îlot triangulaire, et les HLM (Habitation à Loyer Modéré) aux cours carrées.

C’est que Roger Henrard étudiait minutieusement son parcours avant de se lancer à basse altitude – ce qui requérait d’obtenir la permission des autorités civiles et militaires. Il devait toujours prévoir des conditions climatiques clémentes, et surtout des points de chute en cas de panne de moteur. Ainsi pouvait-il compter sur la Seine – mais encore fallait-il viser entre deux ponts -, “les plants de salade et d’épinards de Gennevilliers […] ou les verrières de la gare de l’Est” (1953), rapporte l’écrivain Jules Roy. Ce dernier suggère même “les terrasses des Galeries Lafayette”. Tel André Labarthe qui, parti de Londres, se posa sur la terrasse des célèbres magasins le 4 juillet 1948.

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Pour ses prises de vue, le photographe utilise un appareil à la pointe de la technologie… de l’époque – un “Altiphote” Richard-Labrély -, une antiquité présentée dans l’exposition. Pour vaincre les brumes, il recourt à des émulsions sensibilisées produites en France, en Amérique ou en Allemagne.
Car “même par temps très clair, [ la capitale est ] constamment surmontée d’une brume de caractère spécial – une sorte de condensation de fumée et de particules opaques en suspension”, explique Roher Henrard. Une manière poétique d’évoquer la pollution?

Une petite exposition-dossier gratuite, qui mérite d’être vue en prenant son temps pour examiner tous les détails que ces vues exceptionnelles – ce regard “inhumain” – offrent sur Paris.

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2 réponses à Roger Henrard ou “l’oiseau familier” de Paris

  1. GOIBERT dit :

    Roger Henrard était le directeur d’une petite usine située dans le 19ème arrondissement (Ets Jules Richard , rue Mélingue) Fabrication d’appreils enregistreurs pour la météo et d’appreils photografique stéréoscopique sous la marque VERASCOPE les derniers modèles utilisaient un film 35 mm classique et la projection pouvait se faire à l’aide de verres polarisants montés “croisés” sur chaque oeil.

  2. Henrard dit :

    bonjour je suis la fille de roger henrard son cousin !

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