Parisiennes citoyennes !

Engagements pour l’émancipation des femmes (1789-2000)

Jusqu’au 29 janvier 2023

#ParisiennesCitoyennes
@museecarnavalet

Musée Carnavalet, 23 rue de Sévigné, Paris 3e

Il a fallu trois années de travail pour monter cette exposition ambitieuse sur l’histoire du féminisme à Paris. Ces femmes, connues et surtout inconnues, qui, de la Révolution française à la loi sur la parité (2000), ont lutté sans cesse pour que leurs divers droits soient reconnus. Hommage !


Jean Béraud, Le Chalet du Cycle au bois de Boulogne, 1900 © Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

À travers un fil chronologique, l’exposition aborde l’émancipation des femmes pour obtenir le droit à l’instruction puis celui de travailler, les droits civils et civiques, la liberté de disposer de leur corps et la reconnaissance artistique et culturelle.

Entre photographies, peintures, sculptures, films, lettres, affiches, objets insolites comme les savonnettes suffragistes, et illustrations humoristiques de Lisa Mandel, l’exposition regorge de supports pour témoigner des multiples combats engagés par les Parisiennes. Leur union en associations puis en mouvements ont permis d’obtenir gain de cause, dans une capitale axée sur l’avant-gardisme.

Si la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen marque une avancée sociale pour la gente masculine, Olympe de Gouges rétorque : « Quid des citoyennes ? ». En 1793 les clubs féminins sont interdits ; en 1795, elles n’ont pas le droit de se réunir à plus de cinq dans la rue ou d’assister à une assemblée politique. Pour couronner cette régression, le Code civil napoléonien (1804) inscrit dans la loi la domination masculine : la femme mariée perd ses droits, sur elle-même et ses enfants. En 1810, le droit au divorce est restreint – il sera supprimé pendant la Restauration (1815-1830) – et le féminicide commis par l’époux jugé est excusable !

Il faut attendre 1860 pour que des femmes soient autorisées à ouvrir des écoles maternelles (Marie Pape-Carpentier et Pauline Kergomard) ou des formations professionnelles pour jeunes filles (Élise Lemonnier).

William Elborne, Camille Claudel modelant Sakountala et son amie Jessie Lipscomb dans leur atelier, 1887 © Musée Rodin

En 1868, la Ville de Paris ouvre aux filles le certificat d’études, douze ans avant le reste du pays (1881, lois de Jules Ferry sur l’école publique, gratuite, laïque, et obligatoire jusqu’à 13 ans pour tous). Mais la capitale française a bien du retard par rapport à Londres au regard de l’accès des femmes à l’éducation artistique. Il faut attendre 1897 pour que l’École nationale des beaux-arts s’ouvre aux femmes. Les plus aisées pouvaient néanmoins prendre des cours dans les Académies privées comme l’Académie Julian, où elles étaient autorisées à étudier le nu d’après modèle.

Nelly Roussel et les comédiennes de «Par la révolte». Pièce écrite en 1903 [Paris, Salle des Sociétés savantes, 1er mai 1903]. Bibliothèque Marguerite Durand

Au tournant du 20e siècle, les femmes deviennent avocates, scientifiques, doctoresses (Madeleine Pelletier est la première femme médecin diplômée en psychiatrie), écrivaines ou sportives. Le mouvement féministe se structure. Il est diffusé par la presse (Séverine, Marguerite Dunand), la littérature, le théâtre (Nelly Roussel).


Éventail suffragiste « Je désire voter », affichant le résultat d’un référendum organisé par Le Journal du 26 avril au 3 mai, ayant réuni 505 972 voix en faveur du vote des femmes, 1914 Maison Chambrelent et Croix successeur, éventailliste publicitaire. Collection CPHB © Rebecca Fanuele

Si, à la sortie de la Première Guerre mondiale, de nombreux pays accordent le droit de vote aux femmes, le Sénat français s’y refuse. En 1936, trois femmes entrent au Front populaire (Cécile Brunschvicg, Irène Joliot-Curie, Suzanne Lacore), bien qu’elles soient privées de leurs droits politiques et civils. Il faut attendre 1944 pour qu’ils leur soient reconnus.

Gisèle Freund, Simone de Beauvoir, 1948. Photo © Maison Européenne de la photographie / IMEC, Fonds MCC, Dist. RMN-Grand Palais

Après la Seconde Guerre mondiale, les « scandaleuses « , telles Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Juliette Gréco, affichent leurs convictions et leur style de vie qui défrisent les chroniques.

Pierre Michaud, 6 oct 1979 Marche des femmes, Groupe de femmes assises faisant le signe « féministe », photographie © Pierre Michaud / Gamma Rapho

Le Mouvement de libération des femmes (MLF) se forme en 1970 et se focalise sur la liberté de disposer de son corps. Nombreuses manifestations parisiennes jusqu’à la loi Veil (1975) qui autorise l’interruption volontaire de grossesse. Puis vient la lutte contre le viol (1980). La dernière avancée féministe se trouve au niveau politique avec la loi sur la parité dans les assemblées élues (2000).

Mais il reste beaucoup à faire ! En 1999, MixCité s’en prend à un grand magasin qui a placé des mannequins vivants dans des tenues sexy en vitrine. Parallèlement, Les Chiennes de garde dénoncent la règle du Fouquet’s qui refuse l’entrée aux femmes non accompagnées d’un partenaire masculin.

Une exposition très documentée, riche, passionnante. À ne pas manquer !

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