Pionnières

Artistes dans le Paris des Années folles

Jusqu’au 10 juillet 2022

#ExpoPionnieres

Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6e

Saviez-vous que dans les années 1920 – même dans les pays conservateurs comme la Russie soviétique – il suffisait de faire une simple déclaration pour pouvoir changer de genre ? L’exposition présentée au musée du Luxembourg revient sur cette période dite des « années folles » à travers le prisme des artistes femmes qui s’émancipent de l’autorité patriarcale.


Suzanne Valadon, Jeune femme aux bas blancs, 1924. Huile sur toile © musée des Beaux-Arts, Nancy / photo G. Mangin

L’ambition de cette exposition, organisée par Camille Morineau (conservatrice du Patrimoine, directrice d’Archives of Women Artists, Research and Exhibitions) et Lucia Pesapane (historienne de l’art), est de montrer le degré de liberté des femmes dans les années 1920 et de mettre en avant des noms d’artistes, célèbres de leur vivant, mais oubliées de la postérité.

Pourquoi les années 20 ? Parce que la Grande Guerre a contraint les femmes, en particulier en France, à investir les métiers d’hommes, décimés par la Grande Guerre. « 700000 veuves en France s’emparent du travail des hommes », précise Camille Morineau. Parallèlement, les pays européens accordent le droit de vote aux femmes – sauf la France très en retard dans ce domaine.


Gisèle Freund, Sylvia Beach dans sa librairie Shakespeare and Company, Paris, 1936. Épreuve gélatino-argentique © RMN gestion droit d’auteur/Fonds MCC/IMEC – photo Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Gisèle Freund, reproduction de Adam Rzepka

Pourquoi Paris ? Car l’effervescence artistique y bat son plein. Les femmes sont autorisées à fréquenter les ateliers privés (situés essentiellement à Montmartre et à Montparnasse), où elles peuvent observer des nus et apprendre à représenter leur propre corps. C’est aussi la ville des librairies, tenues par des avant-gardes comme le couple lesbien Sylvia Beach (Américaine qui a ouvert Shakespeare & Cie, en face de Notre-Dame-de-Paris) et Adrienne Monnier (Française qui tient Les Amis du livre).


Marie Vassilieff, L’Architecte pour la pièce «Le Chateau du Roi», Théâtre du Bourdon, 1928. Tissu, carton peint et bois collection particulière © Marie Vassilieff / photo Galerie du Passage – David Atlan

Ces femmes libérées, autonomes financièrement, réinventent les champs artistiques. Comme les poupées de Marie Vassilieff ou de Sefania Lazarska ; les collages en tissus d’Alice Halicka dits les Romances capitonnées ; les marionnettes-sculptures de Sophie Tauer-Arp ; les maillots de bain de Sonia Delaunay.

Sportives, elles jouent au golf la journée et chantent/dansent dans les music halls la nuit telle Joséphine Baker. Elles s’approprient le terme de garçonne, titre éponyme d’un livre de Victor Marguerite (1922), dont l’un des symboles sera les cheveux au carré court. Comme on peut le voir dans les odalisques de Suzanne Valadon, l’une rêvant sur une chaise, l’autre en mode cocooning sur son lit, des livres à portée de mains pour souligner son côté intellectuel.


Maria Blanchard, Maternité, 1922. Huile sur toile © Association des Amis du Petit Palais, Genève / Studio Monique Bernaz, Genève

Être femme, c’est aussi être mère, loin de la représentation béate bourgeoise. Fatigue, lassitude, visage non maquillé, corps enrobé : telle est la réalité dépeinte dans les oeuvres de Maria Blanchard. Chania Orioff se représente avec son fils, qu’elle élève seule. Mela Muter ose son interprétation cubisante des Origines du monde avec poils pubiens comme dans la toile de Courbet, loin de toute élégance plastique !


Tamara de Lempicka, Suzy Solidor, 1935. Huile sur toile
Cagnes-sur-Mer, Château-Musée Grimaldi © Tamara de Lempicka Estate, LLC / Adagp, Paris, 2022 / photo François Fernandez

D’autres préfèrent la vie sans homme. Tamara de Lempicka se fera le chantre des amours lesbiennes avec ses amantes Suzy Solidor ou Rafaela. Citons également les couples Marie Laurencin et Nicole Groult ou Romaine Brooks et Nathalie Clifford Barney dite l’Amazone. Des bijoux de R. Lalique avec le motif codifié de la chauve-souris complètent cette section.

Plus originale encore, Gerda Wegener peint une série de toiles qui traduisent le travestissement de son mari, qui a voulu devenir femme (il se fera appelé Lili).


Amrita Sher-Gil, Autoportrait en Tahitienne, 1934. Huile sur toile. New Delhi, Collection Kiran Nadar Museum of Art © Kiran Nadar Museum of Art

La dernière section s’ouvre sur un grand format de Juliette Roche qui revisite le Jardin d’Eden en reprenant la danse de Matisse combinée au masculin et au féminin (American Picnic). Anna Quinguaud sculpte des têtes peules, reconnaissables à la finesse de leurs tresses. Tar Sila Do Amaral rapporte la modernité de ses couleurs et de son style graphique au Brésil. Tandis qu’Amita Sher-Gil, qui voulait devenir le « Picasso d’Inde », livre une oeuvre syncrétique dans laquelle elle se représente en tahitienne, avec en arrière-plan des femmes japonaises.

Une exposition coup-de-poing qui dévoile des pionnières de la fluidité des genres. Incroyable d’imaginer ces femmes si libres à cette époque ! Et qui permet de découvrir une autre version de l’histoire de l’art.

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