Le Mobilier d’architectes

1960-2020

Jusqu’au 30 septembre 2019

Cité de l’architecture & du patrimoine, 1 place du Trocadéro, Paris 16e

La Cité de l’architecture & du patrimoine (qui a la fâcheuse tendance d’organiser ses vernissages presse en soirée – popote enfants oblige, je les manque ! -, et me contraint de rattraper les expositions assez tardivement à mon grand regret) a cependant eu la bonne idée de proposer une exposition temporaire sur le “Mobilier d’architectes, 1960-2010”, disséminée à travers les collections permanentes. Prévoir au moins deux heures pour voir l’ensemble de ce parcours fascinant !

Gio Ponti, lampe de table Fato. Artemide, 1966 (c) Artemide

Depuis deux ans, les architectes dessinent des meubles, luminaires et objets de design (tasses, carafes et théières notamment) pour compléter leurs constructions extérieures.

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Le Bauhaus (Allemagne) incarne le rapprochement le plus fort entre architecture et arts décoratifs. Si en France les architectes sont occupés par la reconstruction du pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, leurs confères italiens s’emparent de l’industrie de l’ameublement et deviennent les pères fondateurs du design transalpin. Idem dans les pays scandinaves, qui favorisent cette dimension globale de leur métier. Ainsi qu’aux Etats-Unis, où le New Deal prône la reconversion domestique de l’industrie de guerre.

“Aujourd’hui, à l’heure où la majorité des objets édités par les industriels et distribués dans le commerce émane de designers professionnels, qu’apportent les architectes à ce secteur ? En quoi leurs créations se différencient-elles du reste de la production? ” s’enquiert Francis Rambert (directeur de la création architecturale, Cité de l’architecture & du patrimoine), un des commissaires de cette exposition d’ampleur.

Franco Albini, bibliothèque Veliero. Cassina, 1940-2011 (c) Cassina

Le parcours traverse l’intégralité des espaces de la Cité de l’architecture & du patrimoine. Les oeuvres spécifiquement exposées aux côtés des oeuvres permanentes sont repérables à leur encart orange fluo.

La visite débute au premier étage dans la bibliothèque, où l’on découvre une magnifique bibliothèque en bois et verre, éditée par Cassina, de Franco Albini (1905-1977), nommée Veliero car inspirée des gréements de voilier. Des mâts en frêne sont compressés par des câbles tenseurs et des étriers supportant des étagères dédoublées sont suspendus en cascade. Un équilibre un peu trop fragile datant de 1939 que des experts (dont Renzo Piano, ancien élève d’Albini) ont fini par stabiliser.

Elle est confrontée à une (moderne mais horrible!) bibliothèque Three (2002) éditée par Sawaya & Moroni de Dominique Jakob (1966) et Brendan MacFarlane (1961) en méthacrylate coloré vert fluo…

Il faut ensuite ne pas manquer le passage à droite du portique pour monter à l’étage supérieur et atteindre la galerie des peintures murales, où sont exposés des modèles de chaises. Dont Tippy Lounge Chair de Zaha Hadid (1950-2016), conçue en bois en 2011 et éditée par Sawaya & Moroni en 2017. La manière dont les architectes et designers travaillent le bois en le contorsionnant m’impressionne toujours !

Daniel Widrig et Guan Lee, chaise Ecoire, 2017 (c) Daniel Widrig et Guan Lee

En face Daniel Widrig (1977 et Guan Lee entrelacent et modules des résidus de noix de coco pour former des nodules qui s’agglutinent telles des molécules s’enchevêtrant en élément architectonique.

On passe ensuite devant un décor peint de la crypte de l’Eglise Saint-Nicolas dans lequel les personnages, aux traits vifs, disposent d’un corps en mouvement empreint de légèreté. On y reconnaît les scènes de Caïn et Abel offrant chacun leur sacrifice, les travaux d’Adam et Eve, ou encore David jouant de la harpe.

Retour au mobilier avec Mole Chair, la pièce iconique de Sergio Rodrigues (1927-2014), conçue en bois d’eucalyptus et cuir, qui évoque un hamac.I l est considéré comme le père du design moderne brésilien.

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Frank O. Gehry, fauteuil Power Play. Knoll, 1992 (c) Knoll International (c) Frank O. Gehry- Cnap / Photo : Bruno Scotti

Après le Retour de la chasse au faucon (1343) de la Tour de la Garde-Robe du Palais des Papes (Avignon) où le monde végétal est traité avec une touche presque impressionniste, le visiteur atteint la galerie d’architecture moderne et contemporaine avec des oeuvres de Le Corbusier, Jean Nouvel, etc. Pour ma part, j’ai noté la suspension Soleil noir d’Odile Decq, éditée par Luceplan en 2015, qui transcrit en mousse de polyuréthane moulée, aluminium et éclairage LED, la vision d’une éclipse. Le fauteuil Power Play de Frank O. Gehry (1929) s’inspire quant à lui des paniers à pommes typiquement californie. Il est réalisé à partir de lamelles d’érable tressées de 6 à 9 mm d’épaisseur.

Alvaro Siza, tabouret Karumi. Hermès, 2017 (c) Hermès, Paris, 2017 / Studio des Fleurs

Dans la galerie d’exposition temporaire basse, j’ai relevé la Table Oak de la jeune architecte et graphiste danoise Kristina Dam (1981) qui propose sous son label des petites architectures et sculptures domestiques raffinées. La Chaise longue Carta de Shigeru Ban (1957), éditée par Cappellini (1994), et réalisée à partir de tubes de carton. Et pour terminer le tabouret Karumi du Portugais Alvaro Siza (1933), en bambou – évidemment ! -, édité par Hermès (2017) . Un tabouret minimaliste réalisé par des maîtres japonais qui allie rationalisme épuré et maîtrise des savoirs-faire ancestraux.

Une exposition fabuleuse qui permet de redécouvrir l’ensemble des oeuvres de la Cité de l’architecture & du patrimoine. Lors de ma visite, il y avait peu de monde ; profitez-en pour flâner dans cet endroit qui mérite plus d’attention médiatique !

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