Des états de grâce

Gérard Uféras. Alexandra Cardinale et Martin Chaix répètent la danse des chats de La Belle au bois dormant de Rudolf Noureev. Ballet de l'Opéra National de Paris, 2004 (c) Gérard UférasGérard Uféras – Etats de grâce
Riccardo Zipoli – Venise aux fenêtres
François Fontaine – Statuaire
Laurent Van der Stockt – Our Fellow Man (Notre proche, notre semblable)

Jusqu’au 14 juin 2009

Henri Cartier-Bresson – A vue d’oeil
Jusqu’au 30 août 2009 (fermée entre le 15 et le 23 juin 2009)

Maison Européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy 75004, 6,50€

“Etats de grâce”. Ainsi pourrai-je résumer l’émotion soulevée par les oeuvres présentées à la Maison Européenne de la Photographie (MEP). En particulier celles de Gérard Uféras auquel j’emprunte le titre de l’exposition autour de la danse, Riccardo Zipoli et ses vues sur fenêtres vénitiennes et, bien sûr, Henri Cartier-Bresson. Plus violentes, bien qu’aussi poignantes, sont les photographies de christs écorchés de François Fontaine et celles de guerre de Laurent Van der Stockt. Entrechat d’horizon.

Gérard Uféras. Bolshoi Theatre, Moscou, 2001 (c) Gérard UférasCo-fondateur de l’agence Vu’ (1986), Gérard Uféras a reçu de nombreux prix dont le World Press Photo (1997) et collabore régulièrement avec Libération depuis 1984. Pourtant, il a choisi d’exposer à la MEP non pas ses photographies d’actualité mais, – et ce pour la première fois -, ses oeuvres plus personnelles. Une centaine de clichés traduisent sa passion pour la musique et le théâtre, admirablement réunis à l’opéra. Les trois séries présentées s’articulent autour des coulisses de théâtres en Europe (“Un fantôme à l’opéra”, 1988-2001), les backstages de la mode à Paris (“L’Etoffe des rêves”, 2000), et le ballet de l’Opéra national de Paris (“Un pas vers les étoiles”, 2003-2005).

“Jamais voyeur, ni vulgaire, ni superficiel. Gérard Uféras maitient avec aisance l’équilibre et l’alternance des émotions. Il prend le spectateur par la main, respecte l’émerveillement, renseigne et exalte” (Gérard Mortier, directeur de l’Opéra national de Paris).

Gérard Uféras. Sonia Rykiel, défilé prêt-à-porter, Paris, 2000 (c) Gérard UférasPartager son éblouissement devant les formes du corps, la magie de la danse, la beauté des mannequins insufflant un souffle de vie aux créations Haute Couture. Tel est l’objectif du photographe, qui dévoile l’envers du décor d’un monde de paillettes, sans pour autant s’exhibitionner lui-même. De nature discrète, Gérard Uféras porte un regard d’enfant, continuellement émerveillé, derrière le rideau de l’opéra ou des podiums.

Henri Cartier-Bresson. Bal de la Reine Charlotte, Londres, 1959 (c) Henri Cartier-Bresson / Magnum PhotosMaître du cadrage et de l’instant décisif, le photographe s’affiche comme le parfait élève d’Henri Cartier-Bresson, exposé un étage au-dessous, et qui affirmait: “Ma passion n’a jamais été pour la photographie ‘en elle-même’, mais pour la possibilité, en s’oubliant soi-même, d’enregistrer dans une fraction de seconde l’émotion procurée par le sujet et la beauté de la forme, c’est à dire une géométrie éveillée par ce qui est offert”. Ou encore: “Je n’ai aucun message à décliner, rien à prouver, voir et sentir, et c’est l’oeil qui décide”. Parallèlement à l’exposition de la MEP, Henri Cartier-Bresson bénéficiera d’une reconstitution d’une exposition de 1978 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, du 19 juin au 13 septembre 2009 (à suivre…).

François Fontaine. Les christs de Salvador de Bahia, 2004 (c) François Fontaine / Agence VU'Beauté de la forme. Une idée que l’on retrouve dans la statuaire chrétienne de Salvador de Bahia (Brésil), capturée par François Fontaine dans le respect des lumières des caravagesques italiens et du Siècle d’or espagnol. Le photographe a voulu rendre hommage à tous ces artistes anonymes, qui sculptaient des christs, à “l’intense présence charnelle”, “êtres de chair et de sang exhibant au grand jour leurs plaies physiques et mentales”. Ses christs sanguinolents sont mis en parallèle avec des photographies de statues parisiennes, “sages et immobiles” le jour mais animés la nuit. “Dans le Paris nocturne et mystérieux, les statues vibrent, s’effleurent, se touchent et se poursuivent avec frénésie. Faunes diaboliques, animaux fantastiques et corps humains en fusion sont devenus les nouveaux occupants de la ville”.

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Riccardo Zipoli. Venise aux fenêtres, 2004-2006 (c) Riccardo ZipoliMystérieuse vision urbaine. Riccardo Zipoli saisit des instants de la mythique Venise uniquement à travers ses reflets dans les vitres des fenêtres de maisons ou de palais. “Une Venise imaginaire qui change de formes et de couleurs, qui répand sa présence dans des perspectives inattendues et dans des assemblages stupéfiants, où le concret s’unit à l’abstrait de manière picturale”, commente l’artiste.
Présentée par paire, la quarantaine de photographies est accompagnée de poèmes persans de Mirza ‘Abdelqader Bidel (1644-1720) sur le traitement du reflet du miroir.

Les expositions de la MEP me surprennent toujours. Avant de les voir, je pars sur l’idée d’écrire sur tel ou tel artiste. Or, sur place, je découvre des artistes qui savent capturer de manière originale cet instant décisif si volatile, éphémère, saisi grâce à leur sensibilité à fleur de peau. Et qu’ils restituent sous forme d’images pour partager avec le public leur vision poétique, décalée. Une expérience forte et inédite.

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