Go Mo Ni Ma Da*

Danh Vo

Jusqu’au 18 août 2013

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 11 avenue du Président Wilson, Paris XVI

 

L’oeuvre mi-biographique mi-politique du Vietnamien Danh Vo est actuellement présentée au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Le titre de l’exposition est tiré d’une phrase d’une journaliste américaine, saluée par les Vietnamiens d’un “Go Mo Ni Ma Da”, autrement dit “Good Morning, Madame”. Voici quelques clés de lecture de son projet pour le MAM.

We The People, œuvre emblématique de l’artiste, reproduit en taille réelle la Statue de la Liberté d’Auguste Bartholdi inaugurée en 1886. Une trentaine de fragments sont présentés ainsi que des photographies prises lors du premier voyage en Égypte de Bartholdi (1855-1856). Projet d’envergure, différentes pièces sont exposées dans divers musées, ce qui permet de les stocker à moindre frais, dixit Danh Vo! Drôle de paradoxe entre le symbole que représente cette statue pour les émigrés et le fait de voir sa représentation démantelée et sa texture – une si fine coquille de cuivre.

L’oeuvre pose la question essentielle de la liberté aujourd’hui – qu’en espérer? En arrière-plan se profile la constatation de la “fragilité des sociétés libérales et de la complexité des échanges entre les peuples dans le contexte de la décolonisation”, analyse Angeline Scherf, commissaire de l’exposition.

Trois lustres de la salle de bal de l’Hôtel Majestic, où sont signés le 27 janvier 1973 les Accords de Paris entre les États-Unis et le Vietnam, sont ici réunis pour la première fois. Témoins silencieux d’accords signés en 1973 mais effectifs lorsque le gouvernement de Saïgon capitule le 30 avril 1975. Ces accords ne signent pas la fin de la guerre “mais le début d’une tragédie qui a touché des millions de personnes”, commente l’artiste.

A travers la figure de Théophane Vénard (1829-1861), Danh Vo s’intéresse aux Missions Étrangères de Paris, institution catholique de prêtres missionnaires envoyés en Asie depuis le XVIIe siècle pour christianiser le Vietnam. T. Vénard, missionnaire au Tonkin, est condamné à mort et décapité au Vietnam en 1861 lors d’une vague de violence antichrétienne. Le père de Danh Vo a recopié à la main la dernière lettre de Vénard adressée à sa famille avant son martyre.

En 2009, l’artiste, résidant à la Fondation Kadist à Paris, fait des recherches sur les spécimens botaniques recueillis par les missionnaires en Chine et au Tibet. Ces “fleurs d’intérieur” présentent la symbolique florale asiatique, telle la fleur de prunier qui ne fleurit qu’en hiver et est de fait synonyme d’endurance. Un de ces tableaux floraux est présenté dans la dernière salle.

Neuf pièces de l’exposition proviennent des lots acquis lors de la vente aux enchères organisée par Sotheby’s des objets de Robert S. McNamara, l’ancien Secrétaire de la Défense Américaine, que le New-York Times qualifia en 2009 d’ “architecte raté de la Guerre du Vietnam”.

L’artiste expose également des boîtes en carton recouvertes de célèbres marques comme Coca Cola et Evian, posant la question de l’importance du nom par rapport au contenu, et de la valeur de ces objets du quotidien passant sur le marché de l’art.

Danh Vo réunit un lot de trois objets de valeur, symbolisant la puissance occidentale : une montre Rolex, un briquet Dupont et une bague donnée aux étudiants vietnamiens qui suivent un enseignement militaire américain, acquis par son père lors de l’exil de la famille au Danemark (l’embarcation avait pour destination originelle, les Etats-Unis mais la destinée en a décidé autrement). Je me pose la question tout de même de la véracité de cette anecdocte, ne comprenant pas trop comment des “boat people” ont pu faire une telle acquisition marchande. Ayant peur de blesser l’artiste, je n’ai pas oser lui poser la question…

Enfin, une intervention sous forme de calligraphie murale sera réalisée in situ par le père de l’artiste.

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Une oeuvre intime, à la fois sensible et rationnelle, qui pose la question essentielle de l’identité, des cultures, des valeurs économiques et spirituelles.

 

 

 

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