Jean Nouvel rend hommage à César

Herb Ritts, César, Cahors, 1993. Exposition César, une anthologie par Jean Nouvel. Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris, 8 juillet - 26 octobre 2008 (c) Herb Ritts FoundationCésar – Anthologie par Jean Nouvel

Jusqu’au 26 octobre 2008

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Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, bd Raspail 75014, 01 42 18 56 50, 6,50€

Commissaire d’exposition dans son propre bâtiment! L’architecte Jean Nouvel qui a imaginé la Fondation Cartier est invité à rendre hommage à son ami sculpteur César Baldaccini (1921-1998). L’occasion de faire valoir l’apport conceptuel de César à l’histoire de l’art du XXe siècle.

(PRESQUE) UNE HISTOIRE DE FAMILLE

Jean Nouvel (c) Photo GastonJean Nouvel était l’ami de César. Alain-Dominique Perrin, président de la Fondation Cartier, aussi. Jean Nouvel a conçu le batiment de la Fondation Cartier. A.-D. Perrin est l’exécuteur testamentaire de César. Aujourd’hui, Jean Nouvel et A.D. Perrin sont amis.
C’est donc tout naturellement qu’A.-D. Perrin demande à Jean Nouvel d’être le commissaire d’une exposition sur César. Vingt-quatre ans après l’exposition inaugurale de la Fondation Cartier (alors prévue sur le site de Jouy-en-Josas, dans le sud-ouest de Paris), Les Fers de César.

Il est vrai que depuis le décès de l’artiste en 1998, son image s’est ternie. Son héritage artistique est contesté. Il était temps d’apporter un nouvel éclairage sur une oeuvre sculpturale, à la fois classique et moderne.

DE MARSEILLE A PARIS

César Baldaccini grandit dans le quartier populaire de la Belle-Mai à Marseille, dans une famille d’immigrés italiens (originaire de Toscane), propriétaires d’un commerce de vins. Il quitte l’école tôt pour aider son père. Mais entre les livraisons de bouteilles de vin, le jeune César dessine, traficote avec ce qui lui tombe sous la main. Sa mère l’inscrit aux cours préparatoires de l’Ecole des beaux-arts de Marseille (1935). En 1943, il est admis à la prestigieuse Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris (quai Malaquais).

César habite rue Hippolyte-Maindron (Paris, XIVe), où se trouve l’atelier de Giacometti. Là serait née sa vocation: “En voyant les sculptures dans l’atelier, je sentais qu’il y avait une présence”.

Ses maîtres sont Picasso, Gargallo et Germaine Richier. Ses premières oeuvres, zoomorphes et anthropomorphes, sont en plâtre mais aussi en plomb et fil de fer. En 1949, il s’initie à la soudure à l’arc dans une menuiserie industrielle de Trans-en-Provence. César décide de se tourner définitivement vers le déchet métallique. Car il présente au moins deux avantages: il es accessible financièrement et il permet une grande variété de formes et de colorations.

L’OEUVRE INDUSTRIELLE DE CESAR

César, Le moustique, 1955. Fer soudé, 45 x 67 x 36 cm. Collection particulière (c) César / Adagp, Paris, 2008 / Patrick GriesCésar installe son atelier dans l’usine de mobilier métallique Matériel Malma à Villetaneuse. C’est là qu’il réalise l’essentiel de ses Fers. Il obtient un premier prix pour son Poisson, long de 3,40 m : le Prix des Trois Arts, décerné par l’Ecole du quai Malaquais. L’oeuvre est acquise par le musée national d’Art moderne.

C’est le lancement de sa carrière. L’artiste obtient une première exposition personnelle à la Hanover Gallery (Londres). Il quitte sa chambre d’étudiant (rue de l’Echaudé, Paris VIe) pour un appartement atelier (rue Campagne-Première, Paris 14e). Les prix s’enchaînent et César signe un contrat d’exclusivité avec la galerie Claude Bernard (Paris) et la Hanover Gallery.

En regardant un documentaire, César découvre qu’aux Etats-Unis des presses hydrauliques compressent les voitures. Au 16e Salon de Mai 1960, le sculpteur présente Trois tonnes, une oeuvre réalisée à partir de trois voitures compressées. En plein essor de la société de consommation, il fait scandale! Aujourd’hui César est surtout mémoré pour ses Compressions, dont l’emblème artistique est le César du cinéma, ce trophée qui récompense chaque année les stars du grand écran lors de la “Nuit des César”.

César rejoint les Nouveaux Réalistes, autour de Pierre Restany) et devient une figure majeure du mouvement.

Céar, Poing, 1984. Bronze, 90 x 83 x 190 cm. Exposition César, une anthologie par Jean Nouvel. Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris, 8 juillet - 26 octobre 2008. Photo: Patrick Gries. Succession César, Courtesy Stéphanie Busuttil (c) César / Adagp, Paris, 2008Troisième phase dans la carrière de l’artiste: les Empreintes. César doit participer à l’exposition “La Main, de Rodin à Picasso”, organisée à la galerie Claude Bernard, en novembre 1965. Il découvre le pantographe qui lui permet d’agrandir des moulages anatomiques. Le premier sera son pouce, agrandi de 40cm, et façonné en plastique rose. Puis il s’intéressera au poing, à la main ouverte ou fermée, au sein. Il se tourne également vers d’autres matières: résine de polyester, le bronze, le cristal de Baccarat, l’acier inox, le marbre, l’aluminium.

César, Expansion n°37, 1972. Polyester armé de fibre de verre et laqué, 105 x 90 x 115 cm. Succession César (c) César, Adagp, Paris, 2008 / Photo Patrick GriesDeux ans plus tard, César s’approprie la mousse de polyuréthane. C’est la naissance de ses Expansions (1967). La mousse est solidifiée alors qu’elle est en train de s’étendre puis nappée de résine, poncée et laquée.

“Je suis le contraire d’un intellectuel. Je suis un tripoteur: je fais de la sculpture comme j’aidais autrefois, ma mère à écosser les petits pois”, affirmait l’artiste.

ANTHOLOGIE PAR JEAN NOUVEL

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Jean Nouvel a choisi de présenter une sélection de chacune des oeuvres de rupture de César –  “Ce sont dans les ruptures que grands artistes existent”, explique l’architecte – et de les intégrer en osmose avec le site de la Fondation Cartier, boulevard Raspail.

Les Fers sont nichés dans une caisse en bois, tel un bestiaire fantastique, à l’entrée du bâtiment. Au même niveau que les sculptures modernistes – “les César puissance 3 ou César au cube” (Jean Nouvel) -, qui s’intègrent parfaitement dans l’écrin de verre de la Fondation. Les Empreintes sont posées sur des socles comme sortis du sol et les Expansions semblent couler des colonnes de béton du bâtiment, à l’intérieur et à l’extérieur.
César, Compression, Giallo Naxos 594, 1998. Exposition César, une anthologie par Jean Nouvel. Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris, 8 juillet - 26 octobre 2008. Photo: Aurelio Amendola. Courtesy César Administration / Stéphanie Busuttil (c) César, Adagp, Paris, 2008Les Compressions reposent à l’étage inférieur, hermétiquement fermé à la lumière du jour. Elles sont posées directement au sol ou, commme la Suite Milanaise (1998) – blocs de tôles neuves monochromes -, accrochées au mur tels des tableaux abstraits.
Dans la petite salle, les Championnes, sont réduites à une épaisseur de 30cm et passées à l’équerre. Elles jouent le rôle de dessins préparatoires, restituant de manière synthétique les organes du modèle original.

Enfin, à l’arrrière du jardin de la Fondation figure la version parisienne d’Un mois de lecture des Bâlois (oeuvre qui était exposée à l’extérieur du bâtiment de la Foire de Bâle de 1996) composée de balles de papier recyclé compressé.

“Mon travail, je ne sais pas quoi en dire. Je n’ai pas de théorie. Mes sculptures ressemblent à ma vie. Elles sont anarchiques. Il faut être méfiant envers les idéologies et les principes. Entre anticonformiste, cela ne veut rien dire. Ce qu’il faut, c’est être soi” (César).

Par son oeuvre multiple, César a brouillé les pistes. Mais Jean Nouvel a su rendre la clarté que son travail, à la fois si matériel par sa présence et conceptuel dans sa création, méritait. Quitte à ahiniler d’autres frontières. Car ici la dialectique César-sculpteur / Jean Nouvel-architecte se confond. Par son rapport au paysage et à la question d’échelle, César devient architecte et par cette mise en scène de l’espace et son travail quotidien de concepteur de bâtiment, J. Nouvel s’apparente à un sculpteur. D’ailleurs dans le mot “architecture” réside le mot “art”…

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2 réponses à Jean Nouvel rend hommage à César

  1. Jean Nouvel, un artiste décidément dans le vent.

    Sinon une autre expo à voir, c’est au Jeu de Paume de Concorde, la rétrospective sur le photographe Richard Avedon.

  2. neophyte dit :

    Expo bâclée, et c’est dommage : les petites sculptures dans la caisse non éclairée de l’entrée, les néons blafards du sous-sol sur la suite milanaise, l’absence de commentaires à côté des oeuvres : même pas un numéro affiché pour faire le lien avec le feuillet remis…
    Est ce ainsi que Cartier et Nouvel veulent promouvoir l’art moderne… ?

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