Nouveautés à la Bourse du Commerce

Shi Nikki (Private Diary) for Robert Frank de Nobuyoshi Araki (galerie 3, niveau 1)

Luanda-Kinshasa de Stan Douglas (Studio, niveau -1)

Bourse du Commerce Pinault Collection, Paris 1er

La Bourse du Commerce, qui accueille la collection d’art contemporain de François Pinault, renouvelle une partie de son exposition d’ouverture pour présenter la série Shi Nikki (Private Diary) for Robert Frank du photographe japonais Nobuyoshi Araki. Et l’installation vidéo Luanda-Kinshasa de l’artiste canadien Stan Douglas. L’une transpire la mélancolie, l’autre bat au rythme de la vie.

Nobuyoshi Araki, Shi Nikki (Private Diary), 1993. Tirage gélatino-argentique © Nobuyoshi Araki. Courtesy of Taka lshii Gallery. Pinault Collection

NOBUYOSHI ARAKI

La série, présentée dans son ensemble et pour la première fois en France, a été réalisée en 1993, trois ans après la mort de la femme et muse d’Araki, Yoko Aoki. L’artiste a dédié ce travail au photographe américain Robert Franck (1924-2019), lorsque celui-ci a exposé au musée de Yokohama, alors qu’il venait lui-même de perdre un fils.

Nobuyoshi Araki, Shi Nikki (Private Diary), 1993. Tirage gélatino-argentique © Nobuyoshi Araki. Courtesy of Taka lshii Gallery. Pinault Collection

Le corpus comprend 101 photographies en noir et blanc, classées de manière chronologique sans apparente homogénéité, variant des scènes de rues et du ciel de Tokyo à des mises en scène de kinbaku (bondage japonais dont la forme est très ritualisée) et des natures mortes.

Nobuyoshi Araki, Shi Nikki (Private Diary), 1993. Tirage gélatino-argentique © Nobuyoshi Araki. Courtesy of Taka lshii Gallery. Pinault Collection

L’artiste semble chercher dans ces photographies érotiques des avatars de sa bien-aimée disparue, à qui il vouait un amour fou, au point de documenter leur lune de miel et l’agonie de sa mort (cancer).

Le chiffre 101, nombre palindrome, évoque plusieurs pistes de lectures dans l’oeuvre volontairement flottante et à multiple sens d’Araki. D’un côté, le rêve avec ce côté marketing du plus que 100. Mais aussi le vide avec le 0 du milieu. Selon Mathieu Humery, commissaire de l’exposition, on peut aussi y voir une référence au psaume 101 de la Bible relatif au roi David, qui traite de fidélité. Enfin, « la symétrie du chiffre 1 pourrait invoquer un face-à-face avec Robert Frank » (auteur des Américains, éditions R. Delpire, 1958).

La noirceur de cet ensemble se cristallise dans la dernière photo de la série : celle d’un ciel tout noir.

STAN DOUGLAS

Le film de Stan Douglas reconstitue le légendaire studio de la Columbia Records des années 1970, situé dans une ancienne église arménienne à New York. Cette fiction, qui capture des musiciens professionnels en train d’improviser un morceau entre jazz et funk avec des instruments vintage, à l’image de leurs habits, se constitue d’une recomposition aléatoire de montages d’une durée totale de six heures.

Stan Douglas, Luanda-Kinshasa, 2013. Extrait de la projection vidéo monocanal, 6’01 » (en boucle) © Stan Douglas

Lunda-Kinshasa se réfère à deux événements mythiques : le combat de boxe entre Mohamed Ali à Kinshasa en 1971 et la libération de la capitale angolaise en 1974/75. L’artiste évoque ainsi les racines africaines de la scène musicale new-yorkaise des 70’s.

Ces expositions sont l’occasion de découvrir ce lieu, plus impressionnant à mes yeux par son architecture superbement rénovée, que par l’ensemble des oeuvres présentées. De ce point de vue, je préfère largement celles de son rival B. Arnault !

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