La vie en rouge

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on Pinterest

Atelier de Gérard Fromanger Paris, vendredi 14 novembre 2008 © Centre Pompidou, Bibliothèque KandinskyGérard Fromanger

Jusqu’au 16 mai 2016

(Evitez les files d'attente: achetez vos billets en ligne en cliquant ici !)

Centre Pompidou, Niveau 4 (entrée par le niveau 5), Paris 4e

Enfin une exposition lumineuse au Centre Pompidou ! Après la noirceur d’Anselm Kiefer, les oeuvres de Gérard Fromanger apportent une note printanière bienvenue. Pour autant, l’artiste ne voit pas la vie en rose, plutôt en rouge, symbole par excellence de la vie mais aussi de la violence…

Si vous ne connaissez pas le nom de l’artiste, vous avez sûrement vu ses toiles dont le dénominateur commun est ce filet rouge qui dégouline. Ou encore son installation à proximité de la station de métro Alésia, des Souffles (1968) – une bulle en Plexiglas rouge -, qui permet d’observer la vie urbaine en rouge.

Délibérément non chronologique, le parcours dissèque les influences et thématiques de l’artiste.

Le point de départ de la réflexion du commissaire de l’exposition, Michel Gauthier, a été de penser « si Gérard Fromanger est exposé au Centre Pompidou, c’est que c’est un artiste important » (une logique qui me semble parfois illusoire !). Par conséquent, « en quoi l’artiste se distingue-t-il ? » Et là, sa démonstration m’a convaincue, en dehors de toute appréciation personnelle que je pouvais avoir de son oeuvre.

Le Rouge et le noir dans le Prince de Hombourg, 1965. Série « Pétrifiés ». Huile sur toile, 200 x 250 cm. Collection du musée national d’histoire et d’art, Luxembourg

Après une présentation des oeuvres phares de l’artiste (Le Rouge et le noir dans le rôle du Prince de Hombourg, 1965 ; En Chine, à Hu-Xian, 1974), le commissaire a rassemblé diverses oeuvres qui analysent la composante du rouge chez l’artiste. De la simple goutte de peinture qui dégouline de son support – matérialisation de la peinture – à la tache rouge qui se transforme en drapeau national saignant dans un court-métrage réalisé avec Jean-Luc Godard, et devenu l’un des emblèmes de la révolution de 1968.

Album Le Rouge, 1968. 21 affiches sérigraphiées. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, don de l’artiste, 2006 © Gérard Fromanger, 2016 © Collection Centre Pompidou/Dist. RMN-GP photo Georges Merguerditchian

Gérard Fromanger se situe ainsi à la croisée de deux conceptions radicalement opposées de la peinture qui oeuvraient alors dans les années 1960 : soit les peintres étaient engagés et ne se souciaient guère de leur support, soit ils étaient formalistes et aspiraient surtout à ne pas se mêler aux événements de la rue ! G. Fromanger, lui, s’approprie à la fois l’esthétique de la figuration narrative et se révèle un artiste engagé.

Au fil des ans, le rouge devient symbole non plus de la contestation contre le pouvoir politique mais contre la puissance économique et la marchandisation de la société (Boulevard des Italiens, 1971 ; Bastille – réseaux, 2007).

Bastille – réseaux, 2007. Série « Bastille – Dérives ». Huile et acrylique sur toile, 200 x 300 cm. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, don de l’artiste, 2012 © Gérard Fromanger, 2016 © Collection Centre Pompidou/Dist. RMN-GP photo Philippe Migeat

Les autres oeuvres qui m’ont marquées sont ses portraits, réalisés à partir de lignes colorées qui semblent s’évader de manière aléatoire et finissent par former des visages (Jacques Prévert, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Félix Guattari, Anna Kamp).

Sans oublier sa peinture monumentale De toutes les couleurs, peintures d’Histoire (1991-1992) que l’artiste commente dans un documentaire de Serge July et Daniel Albin, présenté dans la salle des portraits (et non pas dans celle où se situe la peinture elle-même, dommage !). La toile met en scène la circulation accélérée de toutes sortes de données, des pyramides d’Egypte aux avions de guerre, en passant par les Twin Towers dont l’artiste dit avoir devancé l’Histoire en les lacérant de rouge (de violence). Les différents éléments sont parcourus de sillons qui concrétisent les flux électroniques de notre société postmoderne.

Lui fait presque face Le Coeur fait ce qu’il veut (2013), peinture au fond noir représentant les oscillations d’un rythme cardiaque, qui m’évoque les événements parisiens de novembre 2015…

Peinture-Monde, Blanc de titane, 2015. Série « Le coeur fait ce qu’il veut ». Acrylique sur toile, 200 x 300 cm. Collection Leïla Voight © Gérard Fromanger, 2016 © Collection Centre Pompidou/Dist. RMN-GP photo Bertrand Prévost

Pour ne pas terminer sur une note sombre, je suis retournée voir Peinture-Monde, Blanc de titane (2005) au fond blanc parcouru de silhouettes et dont des cercles de couleur incarnent la course du soleil (qu’il a représenté en 1966). Il se démultiplie et incarne, selon le commissaire « une dérive de la dimension cosmique ». Certainement… mais l’effet visuel reste réjouissant à mes yeux !

Avec mots-clefs .Lien pour marque-pages : permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *