Uderzo

Comme une potion magique

Jusqu’au 30 septembre 2021

Musée Maillol, 61 rue de Grenelle, Paris 7e

Le musée Maillol présente la vie et l’oeuvre d’Albert(o) Uderzo (1927-2020) dans une scénographie d’Hubert Le Gall qui rend hommage à l’humour et au graphisme du célèbre dessinateur d’Astérix et Obélix.

Le succès mondial de la BD – plus de 380 millions d’album vendus dans le monde en 60 ans, traduits dans 116 langues et dialectes – ne s’est pas construit du jour au lendemain ! L’intérêt de l’exposition est de présenter l’évolution du style graphique d’Albert, né Alberto Uderzo, qui va le mener au firmament.

Pourtant, le jeune Alberto n’était pas né sous une bonne étoile. Ses parents fuient l’Italie fasciste en 1923 et s’installe dans le nord de la France. Il naît à Reims en 1927 avec le prénom d’un frère décédé prématurément, 12 doigts et est daltonien… Difficile d’imaginer une carrière de dessinateur avec ces handicaps !

Capitaine Marvel, 1950

La famille s’installe ensuite en banlieue parisienne puis dans le quartier de la Bastille. “Bébert” devient rapidement un “titi” parisien. En 1930, il est félicité par le directeur de l’école primaire pour son illustration d’une fable de La Fontaine. Il a sept ans lorsque paraît en France le Journal de Mickey. Il n’en fallait pas plus pour qu’il décide de devenir dessinateur à la Disney, comme l’illustrent ses dessins d’enfance.

Clopinard, 1957

À 18 ans, celui qui a abandonné le “o” de son prénom italien, signe son premier contrat avec France-Soir et crée Clopinard, un anti-héros immortel grâce à une drôle de potion magique : de la poudre à canon !

Deux ans plus tard, il imagine un héros médiéval, Arys Buck, beau et fort grâce à son épée magique. Forêt, château, paysage, il dessine dans une veine semi-réaliste, inspiré des comics américains.

Après la guerre, pendant laquelle il officie comme dessinateur militaire, il est engagé par France-Dimanche. Il devient dessinateur de presse, avec la mission particulière d’illustrer ce que l’on ne peut pas voir : un vol, un meurtre, un enlèvement. Il vit encore chez ses parents mais commence à bien gagner sa vie. Il investit dans une Simca 5, la seule voiture garée dans la rue de Montreuil.

Ada et Albert Uderzo à Paris, 1953

À la fin des années 1940, il est embauché par Yves Chéron, propriétaire de l’agence belge de presse l’International Press, qui ouvre un bureau au 34 avenue des Champs-Élysées. C’est là qu’Uderzo rencontre son futur acolyte René Goscinny. 1952 sera également l’année où Albert tombe amoureux d’Ada Milani, dont il aura une fille Sylvie (née en 1956), qui a participé au montage de l’exposition.

Oumpah-Pah, Recherche de personnages, 1958

Après quelques essais infructueux, Albert et René réinventent le personnage de l’Indien Oumpah-Pah et l’ancre dans l’Amérique de la fin du 18e siècle affublé d’un marquis de la Pâte Feuilletée. La série sera publiée dans le Journal de Tintin et annonce l’humour d’Astérix et Obélix.

Tanguy et Laverdure, Journal Pilote, 1966

Vient ensuite Tanguy, chevalier du ciel, publié dans le numéro 1 de Pilote. Albert ne connaissait rien du domaine de l’aviation mais a fait tellement de recherches que ses dessins n’en laissent rien paraître et semblent d’un “réalisme presque scientifique”, selon Sylvie Uderzo. La série remporte un tel succès qu’elle est adaptée sur le petit écran (ORTF) en 1967, avec un générique chanté par J. Hallyday. Parallèlement, Albert travaille avec René sur son personnage d’Astérix. Il apparaît dans Pilote en 1959 aux côtés des Aventures du Petit Nicolas de Sempé et Goscinny.

1/2 planche d’Astérix chez les Bretons, Journal Pilote, 1966

Tout s’enchaîne très vite ensuite. En 1961, Astérix et Obélix ont leur propre album : Astérix le Gaulois, imprimé à 6 000 exemplaires. En 1964, Astérix gladiateur (4e album de la série) est tiré à 50 000 exemplaires. Le premier satellite français lancé dans l’espace est baptisé Astérix. En 1966, L’Express fait sa Une sur le phénomène Astérix, nouvelle coqueluche des Français, qui nomment leurs enfants d’après les héros de la BD. Un an plus tard, Astérix le Gaulois est adapté en film d’animation. Premier film en 1976 : Les douze travaux d’Astérix. En 1977, Goscinny meurt soudainement à l’âge de 51 ans.

Passé le choc, Albert, avec l’accord de Gilberte Goscinny (veuve de René), lance ce que les deux compères voulaient initier : leur propre maison d’édition. C’est ainsi que naissent les Éditions Albert René. Premier album imaginé seul, Le Grand Fossé, sera tiré à plus de 1,5 millions d’exemplaires. Son deuxième album en solo, L’Odyssée d’Astérix, qui se déroule en Israël, sera tout aussi bien accueilli par le public.

Comment expliquer ce succès phénoménal ? Thomas Schlesser (directeur de la Fondation Hartung-Bergman, professeur d’histoire de l’art à l’École polytechnique de Paris) analyse le “génie graphique d’Uderzo” comme étant lié à ” trois éléments déterminants : l’équilibre du savant et du sérieux, la virtuosité de la courbe et le sens de l’apesanteur.”

L’exposition présente de nombreuses planches, des tout premiers dessins de jeunesse d’Uderzo à son fantastique Obélix de Vitruve. Elle est animée par un mur de couvertures dans de nombreuses langues et une multitudes de maquettes qui représentent le village breton et ses irréductibles habitants. Une superbe exposition à voir en famille.

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