Le reste est ombre

Pedro Costa, Rui Chafes, Paulo Nozolino

Jusqu’au 22 août 2022

#LeResteEstOmbre
@CentrePompidou

Centre Pompidou, Paris 4e

Dans le cadre de la saison France-Portugal, le Centre Pompidou accueille trois artistes de la génération de la Révolution des Oeillets (avril 1974) et leur consacre une exposition noirissime, conçue comme un labyrinthe au croisement de leurs quêtes artistiques.


Pedro Costa. Sweet Exorcist, 2012. Vidéo HD, couleur, sonore, 29 min. © Pedro Costa

Le titre de l’exposition est emprunté au grand poète de la modernité portugaise Fernando Pessoa. Peu de place à la lumière dans cette confrontation de trois oeuvres usant d’un médium différent : film, sculpture, photographie. Qui se répondent pourtant dans une « transaction », un « effet de montage », explique Jonathan Pouthier, commissaire de l’exposition, selon le principe emprunté au cinéaste Sergueï Eisentein : « deux images n’en produisent pas une troisième, mais un concept ».


Rui Chafes. Corpo final, 2022 Fer, 219 x 101 x 84 cm © Rui Chafes © Crédit photo : Alcino Gonçalves

Les sculptures de Rui Chafes jouent de la dualité entre leur matière (le fer) / leur forme (biomorphe), et la luminosité. Noires, elles captent le peu de lumière diffusée par les spots et semblent surgir de la pénombre de la salle.


Pedro Costa, As filhas do fogo, et Rui Chafes, As tuas mãos. Vue de l’exposition Companhia de Pedro Costa (19 octobre 2018 – 27 janvier 2019) au Musée d’art contemporain de Serralves, Porto, reprise pour le Centre Pompidou © Crédit photo : André Cepeda / Blues Photography Studio

À l’instar des vidéos de Pedro Costa qui dresse des portraits filmés, suspendus au plafond, devant lesquels flottent des sculptures aériennes en métal noir telles des algues. Le visiteur semble assister à l’apparition d’âmes noyées.

Celles des civils ukrainiens ? Tel que nous renvoient les photographies de Paulo Nozolino : un coin de murs d’où dégoulinent des traces de sang. Ou bien celle de cet enfant blessé, les yeux ouverts, dont on ne sait s’il est encore vivant. Incertitude renforcée par une plaque en métal gris gisant au centre de la pièce : brancard de fortune ou pierre tombale ?

Une exposition noire, plombante moralement, mais brillamment conçue !

On retrouve un peu d’oxygène avec les oeuvres de Tatiana Trouvé exposées dans la salle adjacente (#ExpoTatianaTrouvé) qui évoquent les mécanismes du rêve dans des scènes, qui pourraient représenter l’intérieur du psyché. Images de paysage étrange, avec un fil argenté qui se faufile sur les oeuvres et au sol. Jeu de méandres qui m’évoque l’univers littéraire de Cyril Liéron Dans la tête de Sherlock Holmes (tome 1 et tome 2).

Tatiana Trouvé, Sans titre, de la série Les Dessouvenus, 2022. Crayon de couleur, eau de Javel et cuivre sur papier marouflé sur toile © Adagp, Paris / Photo © Florian Kleinefenn

Finalement, le titre de l’exposition de Tatiana Trouvé résume l’ambiance de ces deux expositions atypiques : « Le grand atlas de la désorientation ». À voir !

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