Un dépaysement soudain

Mathématiques

Jusqu’au 18 mars 2012

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Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 boulevard Raspail 75014

Voici une exposition pour laquelle, je ne vais pas pouvoir vous rapporter grand chose. Si je l’ai bien vue, le sujet – les mathématiques – dépasse mon entendement! Il m’aurait fallu un stage d’initiation avant de l’aborder!

Le surtitre de l’exposition – “un dépaysement soudain” – reprend une formule d’Alexandre Grothendieck et propose d’offrir, selon les mots d’Hervé Chandès, Directeur général de la Fondation Cartier, “des fragments de splendeur mathématique à la faveur d’une conjonction géométrique, algébrique, artistique et cinématographique.”

La Fondation a fait appel à tout un panel d’artistes ayant tous déjà exposés dans ses locaux – de David Lynch à Takeshi Kitano, en passant par Patti Smith et Beatriz Milhazes – et de scientifiques, pour organiser un voyage au coeur de la pensée mathématique.

Sous la baguette de D. Lynch, ils ont conçu des installations qui mettent en avant la beauté de cette pensée. Le cinéaste américain a imaginé un oeuf accueillant la Bibliothèque des mystères de Misha Gromov. D’Archimède à Poincaré, de Descartes à Einstein, elle retrace les étapes majeures de l’histoire des mathématiques. “Vous vous apercevez que les symboles sont des mots et les miroirs des livres. Vous entamez la lecture et votre conversation avec l’Univers commence “. Malheureusement, la mienne n’a pas pu s’amorcer tant le son était fort, je n’ai pas pu rester sous la structure…

Je me suis alors réfugiée au sous-sol. Sur ma droite, un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret qui donne la parole aux mathématiciens qui ont collaboré à l’exposition: Sir Michael Atiyah, Jean-Pierre Bourguignon, Misha Gromov, Alain Connes, Cédric Villani, Don Zagier, Giancarlo Lucchini et Nicole El Karoui. Tous des inconnus pour moi. Or, connaissant la lenteur, autrement appréciable de R. Depardon, là il aurait fallu que j’y passe l’après-midi. Or, j’avais le vernissage de l’exposition Sempé dans l’heure qui suivait (autrement plus divertissante!)…

En face, un mur représentant sous forme de constallation les découvertes de Henri Poincaré (1854-1912). Une réalisation de Jean-Michel Alberola et de Giancarlo Lucchini, qui allie cette fois-ci beauté plastique et profondeur de la pensée. Enfin, un point positif!

La salle suivante propose une oeuvre en aluminium d’Hiroshi Sugimoto: Surface de révolution à courbure constante. Cettre structure d’une vingtaine de centimètres de hauteur décrit une surface appelée pseudo-sphère, objet de nature hyperbolique. Je n’ai pas pu m’en approcher car la télévision filmait l’artiste devant son oeuvre… Les joies des vernissages presse…

Dépitée, je remonte pour aborder les deux dernières salles. On y trouve une énigme de Takeshi Kitano: La réponse est 2011. L’artiste japonais invite le public à inventer une équation sur écran tactile dont les nombres doivent être écrits dans l’ordre (1,2, 3, 4, etc.), entre les nombres, on peut mettre n’importe quel opérateur comme +, -, x, !, /, en sachant que plus la formule est courte, meilleure elle est. Avis aux amateurs!

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En remontant, je trouve sur ma gauche un collage de Beatriz Milhazes consistant en un paysage où plantes, animaux, phénomènes naturels se mêlent aux triangles, cercles et autres formes géométriques inspirées des sangaku japonais. S’y ajoute un ensemble d’équations qui décrivent les phénomènes naturels illustrés (discontinuité de la lumière, principe de Bernoulli, irisation, électromagnétisme, ondes, diffusion de la chaleur, morphogenèse.

Mais, ce qui m’a littéralement époustouflée – et qui justifie à elle seule une visite de cette exposition, en dépit des déceptions précédentes – c’est l’installation Ergo-Robots sur la curiosité artificielle et le langage. Non seulement, son créateur, Pierre-Yves Oudeyer était disponible pour répondre aux questions, mais son sujet est passionnant. Ce chercheur de l’INRIA s’intéresse en particulier à la modélisation du développement sensorimoteur et à l’acquisition du langage chez les robots et les enfants. Dans un grand oeuf, des bras articulés de robots aux têtes de mort – la mise en scène est signée David Lynch – explorent leur environnement (des objets sont placés à côtés d’eux), inventent leur propre langue, et analysent les effets de leurs vocalisations sur les visiteurs, qui eux-mêmes gesticulent face à eux, créant une boucle interactionnelle. In fine, l’idée est de réfléchir aux termes du langage. Peut-on dire que ces “bestioles” “pensent” au sens où l’homme le conçoit? Comme l’explique P.-Y. Oudeyer, l’avantage de partir de la robotique est que, contrairement aux sciences humaines où les chercheurs du monde entier ne s’entendent guère sur la définition des mots, le postulat initial est universel. En informatique, on sait que truc veut dire truc et machin machin! Il n’y a pas d’ambiguïté possible en fonction de la langue de départ. Ce qui permet d’avancer dans les recherches de l’apprentissage chez l’enfant alors que psychologues et philosophes tergiversent sur les concepts qu’ils abordent.

Au final, cette exposition est un véritable défi mais elle demande un minimum de background scientifique pour vraiment l’apprécier. A défaut, je vous recommande une visite guidée.

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