Mesures de l’homme

Le Corbusier, Le bol rouge, 1919
. Huile sur toile © FLC, ADAGP, Paris 2015Le Corbusier

Jusqu’au 3 août 2015

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Catalogue de l’exposition : 

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Centre Pompidou, Galerie 2, Niveau 6, Paris IV

Avant de voir la rétrospective organisée par le Centre Pompidou sur Charles-Edouard Jeanneret-Gris (1887-1965), dit Le Corbusier, jamais je n’aurai pensé que le corps humain était au centre de sa création… tellement ses bâtiments me paraissent régis par une architecture géométrique et, disons-le franchement, contraire au bien-être humain !

Or, d’après les commissaires d’exposition, Frédéric Migayrou et Olivier Cinqualbre, l’être se trouve au coeur de son oeuvre… A condition de comprendre cette notion au sens mathématique du terme et non humaniste (je me disais aussi !).

Formé en Allemagne où Le Corbusier croise Mies van der Rohe et Walter Gropius, et influencé par les théories de la Lebensreform [réforme de la vie] de Gustav Fechner (philosophe) et Wilhelm Wundt (psychologue), Le Corbusier considère que tout peut être mesuré. Y compris les sensations, les réactions cognitives et la psychologie humaine.

“Le Corbusier s’en nourrit pour concevoir une dynamique et une esthétique de l’espace désormais régies par le rythme et le mouvement, avec l’idée d’un corps qui perçoit”, explique Frédéric Migayrou.

Le Corbusier créera dès lors en 1943 le Modulor : système de mesure à la taille de l’homme moyen (183 cm ou 226 cm le bras levé), fondé sur le nombre d’or. Présenté comme une évidence philosophique, mathématique et historique, il est diffusé à travers l’ouvrage Le Modulor, Essai sur une mesure harmonique à l’échelle humaine applicable universellement à l’architecture et à la mécanique (1950). Pour de nombreux architectes, il a permis de concevoir la forme des intérieurs et la proportion des constructions.

G. Thiriet, Empreinte du Modulor dans le béton. Photographie © FLC, ADAGP, Paris 2015

La villa Savoye à Poissy (1928/31) intègre les cinq points de l’architecture moderne telle que Le Corbusier l’a définie : pilotis, toits, terrasse, façade et plan libres, fenêtre bandeau. “Limpide, claire et souriante”, c’est un symbole international de l’architecture moderne.

Le Corbusier va jusqu’à imaginer une ville humaniste, cité articulée autour de bâtiments symboliques, qui s’incarne dans la ville de Chandigarh (Pendjab) au début des années 1950. Les autorités indiennes lui confient l’urbanisme complet de la ville. « Comme un symbole, Le Corbusier avait voulu y ériger un monument pacifiste, une main, une partie du corps substituée à la colombe de la paix », commente Olivier Cinqualbre.

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“Ces mesures de l’homme” ou proportions humaines se répercutent dans un autre pan de son travail, méconnu : ses sculptures et peintures, centrées sur la représentation du corps, féminin souvent. Corps de femmes déformés, recomposant de nouvelles figures, dont l’apogée se trouve dans la peinture murale de la maison Badovici à Vézelay (1936), présentée ici pour la première fois au public.

Le parcours se clôt sur sa réalisation la plus personnelle et emblématique : Le Cabanon. Cellule d’habitation, construite sur un rocher en bord de mer à Roquebrune-Cap-Martin, il s’agit d’un espace minimal, à l’opposé de la démesure de ses projets urbains. Il y vivra à moitié nu et c’est là qu’il disparaîtra lors de l’une de ses baignades quotidiennes dans la Méditerranée (1965).

Extrêmement documentée, cette rétrospective omet pourtant une facette extrêmement fâcheuse du père de l’architecture moderne, considéré par les commissaires comme un génie et un urbaniste visionnaire : son attachement aux thèses fascistes. Or, d’après, Marc Perelman (professeur d’esthétique à l’Université de Nanterre), cette architecture fondée sur le corps résultent d’ “une organisation carcérale qui, dépassant le sociologique et le politique, crée un corps unique saisi par la technologie du bâtiment moderne, un corps machine dans une vaste « machine à habiter », une pâte malléable entre les mains de l’architecte démiurge et fasciste”…

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