Kara Walker ou la caricature du primitivisme moderne

Kara WALKER, Sans titre, 2001-2005. Collage sur papier. 40,6 x 29,2 cm. Collection privéeKara Walker: Mon ennemi, Mon Frère, Mon Bourreau, Mon Amour

Jusqu’au 9 septembre 2007

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 11 avenue du Président Wilson 75116, 01 53 67 40 00, 5€

Artiste afro-américaine, Kara Walker suscite autant de polémique dans le camp “blanc” que “noir”. Comme le laisse à penser la première rétrospective européenne consacrée par le musée d’Art Moderne de la Ville de Paris à la talentueuse jeune femme (née en 1969), qui caricature avec plaisir, sensualité, et provocation, le “je t’aime, je te hais” entre les Blancs et les Noirs Américains.

Kara WALKER, 'Do You Like Creme in Your Coffee and Chocolate in Your Milk?' (Aimez-vous la Crème dans Votre Café et le Chocolat dans Votre Lait?), 1997. Aquarelle, crayon de couleur et mine de plomb sur papier, série de 66 pages. 29,5 x 20,8 cm. Collection Walker Art Center, Minneapolis, Justine Smith Purchase Fund, 1998 - (c) Walker Art Center, Minneapolis, Photo: Glenn Halvorson, MinneapolisL’art de Walker emprunte aux caricatures du XIXe siècle comme l’exprime Do You Like Creme in Your Coffee and Chocolate in Your Milk ?(1997). Une oeuvre qui réplique à la controverse menée contre Kara par des artistes afro-américains, qui dans les années 1960 refusaient toute influence occidentale. Au contraire de Kara Walker qui réalise de grands panoramas d’ombres, incarnées par des silhouettes noires et blanches, très à la mode au siècle des Lumières en Europe. “Ces ombres découpées étaient un jeu aristocratique des salons et des cercles mondains où l’on s’amusait à se portraiturer en dessinant sur une feuille de papier l’ombre de la tête projetée par la lumière d’une bougie”, précise Fabrice Hergott, directeur du musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.
L’artiste se réfère également à la satire telle que l’employait Hogarth, l’estampe et le dessin (cf. Goya), ou la lanterne magique de la chambre de Proust à Combray. Bref, que des référents occidentaux! Qui plus est, permettent à une artiste de 27 ans (1997) d’accéder à la gloire très vite. Un succès qui semble remettre en cause les avancées des années 1960 liées au Civil Rights Movement et à la tendance du “Black is Beautiful”.

Mais Kara Walker a aussi le don d’agacer les “Blancs” en leur jetant en pâture la violence de la colonisation des Etats du Sud et la ségrégation raciale qui s’en est suivi. Et même si la France n’est pas l’Amérique, le public français ne peut que se sentir visé aussi…

“Aussi longtemps qu’il y aura un Darfour, aussi longtemps que quelqu’un dira ‘Tu n’es pas d’ici’, il semble pertinent de continuer à explorer le terrain du racisme” (Kara Walker).

Kara WALKER, 'Excavated from the Black Heart of a Negress' (Arraché du Coeur Noir d'une Négresse), détail, 2002. Découpure de papier noir. 4 x 30,2 m. Courtesy Kara Walker et Sikkema Jenkins & Co., New York - (c) Kunstverein, Hanovre, Photo: Raimund ZakowskiPlongée dans l’histoire autant que dans le présent et le futur, fantasmes et réflexions personnelles se mêlent librement dans cette oeuvre qui relate une “énigme sans fin” qu’est l’ambigue relation entre la communauté blanche et noire. Incarnation symbolique du rapport que l’on a avec l’autre. Mais aussi de la part d’ombre et de lumière que chacun porte en soi.

=Dans ce grand théâtre d’ombres érotiques, qui débute avec Endless Conundrum, An African Anonymous Adventuress (2001) – écho à Endless Column (La Colonne sans fin) de Brancusi (1938), et se termine avec ses derniers films d’animation (2007), l’artiste manipule ses marionnettes, dont les ombres attestent d’une présence plus profonde que celles de notre monde visuel contemporain.

Kara WALKER, '8 Possible Beginnings or : The Creation of African-America, a Moving Picture by Kara E. Walker' (8 Débuts possibles ou : La Naissance de l'Amérique-Africaine, un Tableau Animé de Kara E. Walker), 2005. Extrait du film 16mm et vidéo, noir et blanc, sonorisé, 15'57''. Collection Walker Art Center, Justin Smith Purchase Fund, 2006 - (c) Walker Art Center, MinneapolisDes ombres d’un noir d’encre qui reflètent l’intérieur de l’homme. L’artiste n’épargne pas son public: jeux masochistes, défécations, vomissements, désir, meurtre, suicide… “La fiction l’aide à dénaturer ce qui est déjà grotesque, à caricaturer le caricatural, à pousser l’esprit et l’intelligence au delà des systèmes et des mythes: histoire, autorité, domination, ségrégation, féminisme, réconciliation raciale, contre-culture”, commente Angeline Scherf, commissaire de l’exposition.

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Pour autant, Kara Walker ne répond pas au problème de l’esclavage, ni ne tente d’assener une quelconque vérité historique. “Il y a dans ce que je fais une absurdité, un excès, et donc un hiatus énorme entre les sources et mes reconstructions fantaisistes”.
Mais cet univers de cartoons lui permet de montrer la souffrance causée – indéniable – et de maintenir la mémoire alerte. Car aujourd’hui l’esclavage se poursuit avec celui des femmes et des enfants.

Ainsi, sous couvert de frivolité, comme au théâtre, le message passe au mieux. Le visiteur est pris au piège par la beauté des silhouettes. Dès qu’il s’approche pour les examiner, dès qu’il se permet d’entrer dans l’oeuvre, la cruauté, la violence représentée, le frappe. Pour mettre à bas ses préjugés et reconnaître l’interdépendance de sa relation à l’autre plutôt que de se satisfaire de son penchant dominateur. Une sacré leçon d’humanisme.

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2 réponses à Kara Walker ou la caricature du primitivisme moderne

  1. surement pas-tèque dit :

    lol
    ca montre bien la cruauté des hommes
    LOL lo>3 lo

  2. carla carmona dit :

    je vien de connâitre son ouvrage, il me parait explendide
    désolée mon ortograph je suis chilienne

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