Le monde à sa fenêtre

Prague pendant la nuit vers 1950–1959 Josef Sudek Épreuve gélatino-argentique, 12 × 16,7 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don anonyme, 2010. © Succession de Josef SudekJosef Sudek – The intimate world of Josef Sudek

Jusqu’au 25 septembre 2016

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Catalogue de l’exposition : 

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Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, Paris 8e

Considéré comme le plus important photographe tchèque, Josef Sudek (1896-1976) bénéficie d’une réjouissante rétrospective au Jeu de Paume.

L’oeuvre de Josef Sudek se caractérise par sa maîtrise technique et son esthétique poétique, réhaussée par sa pratique du noir et blanc. En fin de carrière, il s’essaie à la couleur. Comme l’attestent quelques images présentées en fin de parcours, encore jamais exposées.

Ses premiers tirages de petit format représentent surtout des paysages des rives de l’Elbe, alors qu’il voyage de Prague à Kolin, sa ville natale, où il rend visite à sa mère (1916/22). Il utilise la gélatine argentine et l’oléobromie qui lui permettent d’obtenir des tirages aux contours flous avec des taches d’ombre et de lumière. Le jeune artiste est alors fortement influencé par le mouvement pictorialiste, de veine romantique (fin XIXe – début XXe siècle). D’où cette rose posée sur le rebord d’une fenêtre ou ces jeunes pousses, annonciatrices du printemps.

La Fenêtre de mon atelier vers 1940–1948 Josef Sudek Épreuve gélatino-argentique, 17 × 11,2 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don anonyme, 2010. © Succession de Josef Sudek

Dès le début, Sudek entreprend des séries qui lui permettent de travailler une scène plus en profondeur. Telle “Depuis ma fenêtre”, d’où il observe les évolutions de la buée et des gouttes d’eau – que l’on peut identifier à des larmes – sur la vitre. “On pense alors aux vers de Verlaine”, commente Vladimir Birgus (Institute of Creative Photography), un des trois commissaires de l’exposition. “Il pleure dans mon coeur / Comme il pleut sur la ville”.

Coïncidence ? L’attrait de Sudek pour l’obscurité correspond à l’occupation de Prague par les nazis (de mars 1939 à la fin de la guerre). Plongé dans le noir de la ville, il commence à explorer l’absence de lumière dans ses photographies. Mais, couvre-feu oblige, il aurait été trop risqué de faire des promenades nocturnes. Cependant, la petite cour intérieure de son atelier, invisible depuis la rue, lui a certainement permis de saisir les jeux de lumière des fenêtres éclairées après le coucher du soleil.

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Comme pour les portraits, qui ne répondent pas à des commandes commerciales, les lieux que Sudek photographie revêtent tous une signification particulière pour lui : l’Invalidovna (Hôtel des Invalides où il été recueilli suite à la perte de son bras pendant la guerre), la cathédrale Saint Guy, son atelier, son appartement, l’imposant château de Prague, Frenstat pod Radhostem où il passe l’été avec ses amis et qui s’avère être la ville natale de son compositeur favori, Leos Janacek.

Statue vers 1948–1964 Josef Sudek Épreuve gélatino-argentique, 9 × 14 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don anonyme, 2010. © Succession de Josef Sudek

Mais ce que j’ai préféré chez lui, ce sont ses natures mortes (des morceaux de papier chiffonnés qui évoquent des bouquets de fleurs, un oeuf sur une assiette d’une grande pureté) et ses expérimentations (sculptures fragmentées qui peuvent transcrire les affres de la guerre dont il a été témoin). Un artiste classique, certes, mais d’une grande modernité ; à (re)découvrir !

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