De Port-au-Prince à Mumbai

Histoires de voir, Show and Tell

Jusqu’au 21 octobre 2012

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Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 bd Raspail, Paris XIV

Peu de chance de trouver des points communs entre le statut d’artistes d’un, disons Jeff Koons ou Damien Hirst, et celui des Haïtiens, Mexicains, Européens, Japonais, Indiens, invités par la Fondation Cartier à présenter leurs oeuvres. Autodidactes, ils sont en effet rarement considérés comme des artistes pratiquant un art contemporain…

Pourtant, la “naïveté” du style de ces derniers exprime toute une histoire, une “hyper-humanité” selon Alessandro Mendini (designer et scénographe de l’exposition), qui touche bien plus que la froideur des oeuvres plastiques, conçues par les über stars artistiques.

“Nous nous trouvons devant tout un tas de souvenirs chargés de magie, parce que les oeuvres représentent et racontent véritablement les histoires de leurs auteurs et expriment souvent par leur panthéisme l’amour de la figure animale”, explique A. Mendini.

Puissance esthétique et originalité plastique constituent les deux vecteurs sur lesquels repose cette exposition d’art dit “naïf”, “autodidacte” ou “primitif”.
Au-delà de la diversité formelle qui affirme la multiplicité de l’art contemporain, “Histoires de voir” suggère des connexions entre des artistes issus de continents et de milieux différents. Ainsi, les femmes d’Isabel Mendes da Cunha (née en 1924 à Itinga, Brésil), dont elle a appris seule à façonner de ses mains ces “poupées”, se rapprochent des figurines de Virgil Ortiz (né en 1969, vit au Nouveau-Mexique, Etats-Unis). Les drapeaux de Sibrun Rosier et Jean-Baptiste Jean Joseph, deux prêtres vaudous, réalisés à partir de perles, rappellent le matériau et la vivacité de couleurs des têtes d’animaux de Gregorio Barrio (né en 1978, vit à Mexico).

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L’exposition dévoile, en outre, la naissance d’une nouvelle forme d’art au Congo à travers un ensemble de peintures des années 1930/40.
De même, les dessins de l’indien yanomami Joseca (né en 1971 sur la “Rivière Noire”, dans le nord de l’Amazonie brésilienne) témoignent d’une pratique de la représentation visuelle au sein d’une communauté qui en était jusqu’alors dépourvue.

Je citerai, enfin, les excellents documentaires présentés dans la dernière salle. Ils permettent de mettre un visage sur chacun des artistes et de prolonger les histoires des ces hommes et femmes dotés d’une “hypersensibilité du coeur” (A. Mendini). En particulier, celui d’Ariel Kuaray Poty Ortega, qui réalise des films avec et pour sa communauté guarani. Il filme des touristes brésiliens trop bien nourris lui affirmer que les “Indiens sont sales et qu’ils vendent leur artisanat trop cher”. Eux à qui on a volé la forêt et la liberté d’être nomade, qui dépendent en partie de cet art pour survivre et à qui les touristes blancs font l’affront de marcher sur les ruines de la terre sacrée de leurs ancêtres (espace qui s’étendait “entre la plaine et le fleuve” et non “entre le Brésil et l’Argentine”, notion de frontières politiques qui leur était inconnue), sans aucune trace d’humilité. Espérons que la prière d’Ortega soit entendue: “Nous ne sommes pas morts, nous n’appartenons pas au passé. Rendez-nous nos forêts et leurs arbres natifs, pour que nous puissions chasser, cultiver, tresser, tailler et réaliser nos danses rituelles”. Mais quand on sait que la Terra Indigena Yanomami – autre communauté d’Indiens du Brésil – est à ce jour couverte par 790 demandes de concessions d’exploitation par de grandes compagnies minières, on en a froid dans le dos… A bien y réfléchir, il vaut mieux commencer par la fin du parcours et remonter vers la luminosité des oeuvres exposées au rez-de-chaussée, plutôt que de ressortir déprimé par la noblesse de la nature humaine!

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