Le nouvel accrochage du musée Maillol: renversant!

Dina dans sa galerie, 1947Le Musée Maillol s’expose

Jusqu’au 2 juin 2008

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Musée Maillol, 61, rue de Grenelle 75007, 01 42 22 59 58, 8€

“Le musée Maillol s’expose”? Afin de mettre en lumière les collections permanentes de la Fondation Dina Vierny, Bertrand Lorquin, conservateur du musée, a décidé de présenter “ses” oeuvres phares comme autant de thématiques, chacune constituant une mini-exposition. Un parcours limpide et éclairant.


Maillol et Dina Vierny, janvier 1944. Photo: Louis Carré La Fondation Dina Vierny – Musée Maillol rassemble à la fois les oeuvres d’Aristide Maillol (1861-1944), de ses premières toiles nabies à sa sculpture inachevée Harmonie (1940-44), et celles de sa muse Dina Vierny (née en 1919).

A la mort de Maillol, et sur les conseils d’Henri Matisse et de Jeanne Bucher, sa mentor dans la profession, Dina ouvre une galerie d’art au 36, rue Jacob (Paris VIe).

Elle y expose des artistes selon une conception de l’art moderne, qu’elle partage avec Wilhelm Unde (1874-1947), l’homme qui a découvert Picasso, avant Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979), et qui a lancé le Douanier Rousseau (1844-1910). Une vision qui établit un lien, dans le flux de l’art moderne en train de s’écrire, entre d’une part le pôle de l’abstraction lié au Blaue Reiter et d’autre part le primitivisme moderne (cf. Picasso et Braque s’inspirant des arts africains et océaniens).

La première partie de l’exposition, “les années galerie”, met en valeur les artistes que Dina Vierny honore dans sa galerie. Serge Poliakoff (1900-1969), Serge Charcoune (1888-1975), les peintres du groupe Cobra, en particulier, Jacques Doucet (1924-1994). Parmi les sculpteurs figurent Robert Couturier (né en 1920), Emile Gilioli (1911-1977) et Cornelis Zitman (né en 1926), sculpteur hollandais vivant au Vénézuela.

La section consacrée aux ready-made vise à rétablir le sens initial du choix porté par Marcel Duchamp sur les objets usuels. “Entrés de force dans les musées”, ces objets ne font pas l’éloge des déchets comme trop d’artistes l’ont cru après coup. Ils se distinguent au contraire par leur neutralité, à laquelle Duchamp ajoute une valeur symbolique. Ainsi, la célèbre Fontaine (1917) – un urinoir en porcelaine – incarne le corps d’une femme. Une roue de vélo posée sur un tabouret évoque, par ses rayons tournoyants, une vision multiple – celle née des découvertes scientifiques dévoilant un monde nouveau et invisible grâce aux rayons X.

Camille BOMBOIS, Grosse fermière sur son échelle, 1935. Huile sur toile. 100 x 81 cm. Collection Dina Vierny. Photo: Jean-Alex Brunelle (c) ADAGP, Paris, 2008Au premier étage, les grandes toiles de la bergère Séraphine Louis (1864-1942) sortent enfin du sous-sol! Le visiteur découvre également l’ex-pépiniériste André Bauchan (1873-1958), les dessins de Matisse pour lesquels Dina a posé, ou encore l’art voyeuriste de Camille Bombois (1883-1970), dont les peintures faussement naïves le rapprochent d’Henri Rousseau.

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Mais le clou de cette manifestation réside certainement au sous-sol avec la recomposition de La cuisine communautaire (1993). Une installation d’Ilya Kabakov, avant-gardiste russe (aux côtés d’Oscar Rabine, d’Erik Boulatov, et de Vladimir Yankilevski, également exposés), qui évoque l’utopie de la collectivisation. Des familles trop nombreuses s’entassent dans des appartements, avec une seule chambre par famille, une seule salle de bain, une seule cuisine. Cette pièce devient le lieu où les conflits familiaux explosent aux yeux de tous. Des hauts parleurs diffusent des voix russes qui expriment les plaintes lancinantes, la souffrance, le cauchemar vécut par ces familles.

Alors que les collections permanentes du musée s’exposent telle une exposition temporaire, dans un dernier tour de passe-passe, l’installation d’Ilya, par essence éphémère, se mue en une constante pérenne. Voilà un musée qui sait recycler son art!

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