Les arts du Gandhâra

Buddha debout, tenant le bol. Pakistan, Gandhâra. Fouilles de Takht-i-bahi, 1906/07. Schiste. Peshawar Museum (c) DRPakistan, terre de rencontre (Ier – VIe siècles)

Jusqu’au 16 août 2010

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Musée Guimet, 6 place d’Iéna 75116, 8€

Tandis que le musée du Louvre s’intéresse aux origines du Royaume d’Arabie, le musée Guimet tente de revaloriser l’image du Pakistan – ternie par ses déboires avec l’extrêmisme religieux – en rappelant que le pays a connu une riche civilisation, ouverte aux influences étrangères. “Pakistan, terre de rencontre” emmène le visiteur sur les traces d’Alexandre le Grand aux portes du sous-continent indien, le pays du Buddha.

Deux-cent oeuvres dites “gréco-bouddhiques”, caractéristiques du Gandhâra – ancien royaume sous influence helléniste, qui correspond aux provinces du Nord-Ouest de l’actuel Pakistan – composent le corpus de cette exposition exceptionnelle.

Le culte du stupa. Pakistan, Swat. Schiste vert. Peshawar University Museum (c) DRLa plupart d’entre-elles – statues du Buddha, boddhisattva, bas-relief de temples et de stupas, terres cuites et stucs de monastères ou de palais – proviennent des musées de Lahore, d’Islamabad, de Taxila, du Swat et de Peshawar, au Pakistan.

Itinérante, l’exposition a d’abord été présentée à Bonn, Berlin puis Zurich. Elle est aujourd’hui importée à Paris et adaptée par Pierre Cambon, conservateur en chef du musée Guimet.

“L’artiste gandharien était grec par son père et par-la même sculpteur, mais indien par sa mère et par-la même bouddhiste”, écrit Alfred Foucher dans L’Art Gréco-bouddhique du Gandhâra (1922, vol. III, p.467).

Chapiteau à figure. Pakistan, Swat. Schiste vert. Swat Museum (Saidu Sharif) (c) DRAlfred Foucher (1865-1952) a inventé le terme “gréco-bouddhique” – a priori un oxymore – pour qualifier les reliefs sculptés qu’il découvre lors d’une mission de fouilles dans le district de Peshawar au début du XXe siècle. En effet, les pilastres sont dotés de chapiteaux corinthiens, les motifs décoratifs tournent autour de guirlandes soutenues par des amours et Buddha est représenté avec des traits occidentalisés: visage ovale, profil classique, cheveux ondés et chignon naturaliste. De quoi surprendre notre archéologue français alors qu’il se trouve aux marges de l’Inde!

Vallée du Swat. Site de Ninogram (c) Pierre Cambon, 1987C’est que le royaume du Gandhâra a subi moult invasions. Comme le rappelle Jacques Giès, Président du musée Guimet, “la vallée moyenne de l’Indus et son affluent, la Kubhâ (l’actuelle Kabul), porte ouvrant sur les reliefs de l’Hindukush, au Nord, et sur le territoire indien de l’antique Vâhîka, au Sud, la désignait aux convoitises des conquérants.”

A commencer par les Perses Achéménides (conquêtes du Gandhara et du Sindh sous Cyrus, puis Darius Ier [VIe-Ve siècles a. J.-C.]); les Grecs (conquête de la vallée de l’Indus par Alexandre le Grand [325-326 av. J.-C.]); les Indiens (victoire de Candragupta Maurya, fondateur de l’empire des Maurya, fin IVe-IIIe siècle av. J.-C., sur Seleucos Nikator, successeur d’Alexandre le Grand); les Parthes, qui dans leur expansion à l’Est rivalisent avec les nomades Sakas (ou Scythes) au point que les historiens ne parviennent pas à distinguer qui des deux règnent au Ier siècle av. J.-C. sur le Gandhâra.

La visite à l'ascète. Pakistan, Gandhâra. Schiste. Peshawar Museum (c) DRL’art du Gandhâra atteint son apogée sous le règne des Kouchans qui succèdent aux Scytho-Parthes et dont l’empire s’étend au IIe siècle de l’Inde du Nord à l’Asie centrale. Le Gandhâra se situe au centre géographique de cet espace. Les Kouchans encouragent l’art indo-grec et scytho-parthe qu’ils trouvent sur place. Telle La visite à l’ascète (musée de Peshawar), thème récurrent de l’art gandhârien, qui met en scène un Buddha aux yeux grands ouverts, portant moustache et usnîsa [protubérance crânienne] en forme de chignon relevé sur le haut de la tête et ceint d’un fin ruban. A sa droite, Vajrapani (“le porteur de foudre”), l’un des premiers assistants du Buddha, est représenté sous les traits d’un éphèbe grec.

Une image qui contraste avec celle de Siddhârta jeûnant (musée de Lahore) dont l’hyperréalisme des côtes saillantes et du visage évoque la fin de l’art hellénistique. Pour Pierre Cambon, ce Buddha ascète “témoigne avec une rare violence, mais aussi une retenue certaine non dénuée d’élégance de la condition humaine dans tous ses paradoxes et ses contradictions”.

Cette représentation se distingue elle-même de l’icône emblématique du Boddhisattva debout (musée Guimet, rapporté en France par Alfred Foucher), qui représente cet “être promis à l’Eveil” mais qui y renonce  pour aider son prochain dans la voie du bouddhisme, sous l’apparence d’un prince des steppes, paré selon la tradition nomade, tout en incorporant des codes vestimentaires grecques (sandales à tête de lion).

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Reliquaire de Kanishka avec inscription. Pakistan, Gandhâra. Bronze. Peshawar Museum (c) DRC’est cet amalgame des styles qui caractérise l’art gandhârien, incarné dans le Reliquaire de Kanishka (musée de Peshawar). Buddha est représenté assis en méditation sur le couvercle, entouré de Brahma et d’Indra, ainsi que sur le pourtour de la boîte, laquelle est ornée d’une guirlande soutenue par des amours et d’une effigie de seigneur nomade. Cette synthèse des influences indienne, centre-asiatique et gréco-romaine laisse deviner quel a été le véritable casse-tête des historiens pour identifier l’art gandhârien!

La civilisation du Gandhâra disparaît progressivement après les invasions des Huns, laissant en héritage un art qui influencera durablement les pays de Haute Asie (Asie centrale, Chine, Corée et Japon).

Rashid Rana. Desperately seeking Paradise, part 1, 2007/08 (c) DRL’exposition se complète par la présentation, pour la première fois en France, des oeuvres de Rashid Rana, considéré comme le plus grand artiste pakistanais contemporain pour ses montages de photographies numériques, ses sculptures et ses installations vidéos. Une vingtaine d’oeuvres sont dispersées à travers le musée, confrontant des objets asiatiques millénaires à des créations contemporaines. Une manière de confronter la tradition et ses illusions de permanence. “Perpétuel Paradoxe” se tient jusqu’au 15 novembre 2010.

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