Le fonds indien de la BnF

Samsam ud-Daula Khan Dauran. Attribué à Kalyan Das. Ecole moghole, vers 1730. BnF, département des Estampes et de la photographieMiniatures et peintures indiennes

Jusqu’au 06 juin 2010

(Evitez les files d'attente: achetez vos billets en ligne en cliquant ici !)

Bibliothèque nationale de France F. Mitterand, Galerie François Ier, quai François Mauriac 75013, 7€

Le département des Estampes et de la Photographie de la BnF présentent une riche sélection de miniatures et peintures indiennes, issues des collections royales (fin XVIIIe siècle), et à ce jour jamais montrées au public. Une découverte exquise.

L’essentiel du fonds provient de la donation faite en 1785 par le chevalier Jean-Baptiste Gentil, militaire passionné par l’Inde où il réside pendant une trentaine d’années, au roi Louis XVI.

La collection  royale comprend plus de 2500 images conservées dans une quarantaine d’albums auxquels s’ajoutent quelques cartes à jouer (ganjifa). Elle se caractérise par deux axes religieux: l’un islamique, l’autre hindou. Le premier regroupe un ensemble de miniatures des écoles mogholes. Le second, quasi inédit, rassemble des peintures provenant de l’Inde du Sud.
A ces deux axes s’ajoutent les Company Paintings, productions peu connues qui constituent une source iconographique et documentaire de premier ordre.

LES ECOLES MOGHOLES

Shah Jahan à la chasse. Murshidabad, vers 1760. BnF, département des Estampes et de la photographieL’Empire moghol est fondé par le conquérant Babur en 1526. Son fils, exilé en Perse, ramène avec lui à Delhi deux maîtres de la miniature. Mais ce sont ses successeurs, grands amateurs d’art, Akbar (1556-1605) – l’un des souverains les plus éclairés de l’Islam -, Jahangir (1605-1627) et Shah Jahan (1628-1658) – sous qui est bâti le célèbre Taj Mahal -, qui portent l’art de la miniature à son apogée.

Cet art est dominé à ses débuts par trois influences: musulmane de part les artistes venus de Perse, hindoue (peintres autochtones) et européenne (modèles diffusés par les missionnaires jésuites).
Khosrow aperçoit Shirin au bain. Attribué à Mir Kalan Khan. Ecole moghole, vers 1735-1750. BnF, département des Estampes et de la photographieAu début du XVIIe siècle, l’approche naturaliste indienne s’imprègne de la technique occidentale en incorporant des effets de perspective et de clair-obscur.
A la fin du XVIIe siècle, le naturalisme s’approche de la perfection scientifique avec des représentations végétales qui s’apparentent à de véritables herbiers.

Bahadur Shah (?) monté sur un éléphant. Ecole moghole, fin du XVIIe siècle. BnF, département des Estampes et de la photographieL’Empire moghol est bientôt envahi par les Perses. Nadir Shah ordonne le pillage de Delhi. Les artistes fuient la capitale et ouvrent des écoles en province (Faizabad, Murshidabad, Farrukhabad, nord du Deccan). Celles-ci donnent la préférence aux scènes de genre (appartement des dames, zenana), sujets romanesques et religieux, ou encore aux thèmes musicaux indiens.
Le dernier empereur moghol, Bahadur Shah II, est finalement détrôné par les Britanniques en 1857.

LES PEINTURES DU SUD DE L’INDE

Porte monumentale du mausolée de l'empereur Akbar à Sikandra. Company School, Agra, fin du XVIIIe siècle. BnF, département des Estampes et de la photographieLes Company paintings sont réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles par des artistes indiens pour le compte des Britanniques, agents de la Compagnie des Indes, et autres Européens. A l’inverse des miniatures, elles sont peintes sur des supports larges, le plus souvent sur des papiers européens, à la gouache diluée à l’eau pour imiter l’aquarelle. Les commanditaires s’intéressent aux métiers, castes, costumes et bien sûr à l’architecture locale. Les peintures se conçoivent comme des suites reliées en albums que les voyageurs rapportent en Europe. Le fonds de peintures de l’Inde méridionale, conservé par la BnF, provient de Français qui ont du quitter la côte de Coromandel, au sud-est de l’Inde (comptoirs de Madras, Pondichéry, Karikal, Chandernagor), lorsque les Britanniques débarquèrent (dès 1750).

Shiva Nataraja à Chidambaram. Sud de l'Andhra Pradesh, vers 1720-1730. BnF, département des Estampes et de la photographieCes peintures se distinguent par leurs couleurs vives à l’iconographie populaire, dont elles révèlent la mythologie et l’ethnographie indiennes. Elles représentent les divinités hindoues, en particulier la Grande Trinité (Trimurti) composée de Brahma (dieu de la création), Vishnu (dieu de la préservation) et Shiva (dieu de la destruction).

TECHNIQUE DE LA MINIATURE

Publicité

Le peintre indien travaille assis sur le sol, la feuille fixée sur une planchette. Son matériel se compose d’un
assortiment de pinceaux en poils de chèvre ou d’écureuil et de valves de coquillages pour contenir les couleurs. Un pinceau d’un poil unique peut servir à tracer les lignes imperceptibles de la chevelure et des yeux.
Le papier, en fibres végétales (bambou, jute, chanvre) ou de chiffons de coton, de lin, parfois de soie (Deccan), peut être teinté avec des décoctions de safran, de henné ou de feuilles d’indigotier. Pour les rendre résistantes, les feuilles sont encollées d’amidon, de gomme ou de glucose et, après séchage, lustrées avec une pierre dure pour que le pinceau glisse
facilement.

Shurapadma et les siens dans la ville de Viramahendrapatnam. Karikal (Tanjore), entre 1754 et 1758. BnF, département des Estampes et de la photographieL’infinie variété des pigments est d’origine naturelle. Le noir par exemple se fabrique avec du carbone (noir de fumée) ou est d’origine métallo-gallique (sel métallique et tanin). Le jaune et l’orange s’obtiennent à partir de safran, de minium, de soufre ou d’écorce de henné. Le jaune orpiment, typiquement indien, provient de concrétion d’urine de vache nourrie de feuilles de manguier et se trouve à l’état pur dans le sol.
Les pigments d’origine minérale sont le vert de malachite, le rare bleu de lapis-lazuli, ou l’azurite, qui est un carbonate de cuivre. Toute la gamme des ocres et des bruns, du rouge au marron, provient des terres, tandis que le rouge laque est extrait de la cochenille.

La miniature achevée, posée sur une plaque de marbre, subit un ultime polissage au verso, ce qui confère à ses couleurs cet éclat quasi émaillé.

Une très belle exposition, admirablement résumée – pour ceux qui ne pourraient pas aller la voir – sur le mini site qui lui est dédié.

Taggé .Mettre en favori le Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *