“Vedi Napoli et poi muori” Goethe

Friedrich Nerly (1807-1878). Venise, la place Saint-Marc au clair de lune, vers 1842. Huile sur toile. Hanovre, Niedersächsisches Landesmuseum (c) Niedersächsisches Landesmuseum, HannoverVoir l’Italie et mourir – Photographie et peinture dans l’Italie du XIXe siècle

Jusqu’au 19 juillet 2009

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Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion d’Honneur 75007, 9,50€

A partir d’une citation de Goethe “Vois Naples et puis meurs”, le musée d’Orsay organise une rétrospective sur l’évolution des représentations de la péninsule italienne au cours du XIXe siècle, sous l’émergence de la photographie (1839). Sur fond de “guerres d’indépendance” pour retrouver son unité, l’Italie est représentée à travers une confrontation entre arts traditionnels – peinture, dessin, sculpture – et les différents media qui mènent à la photographie (camera obscura, daguerréotype, calotype, négatif verre au collodion, positif sur papier albuminé). Une exposition originale qui croise les approches historique, politique, artistique et sociale.

Thomas Jones (1742-1803). Naples, construction au sommet d'une colline. Huile sur papier. Londres, Tate, acquis en 1986 (c) Londres, Tate GalleryContexte. Dans la première moitié du XIXe siècle, l’Italie est le passage obligé des lauréats du Prix de Rome, qui partent se former à l’Académie de France, hébergée depuis 1803 au sein de la Villa Médicis. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’élite anglaise et française entreprend le Grand Tour, ce voyage initiatique du nord au sud de la péninsule italienne, pour découvrir le patrimoine culturel et les paysages romantiques représentés par les peintres tels Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819), Camille Corot (1796-1875), Thomas Jones (1742-1803) et Léon Cogniet (1794-1880). Pour le philosophe allemand Friedrich Theodor Vischer (1807-1887) et nombre de ses contemporains: “Quand je vins en Italie, mes yeux étaient semblables à du verre brut: ce n’est qu’alors que je commençai réellement à voir”.

Naissance de la photographie. Avec l’apparition du daguerréotype, les premiers photographes, souvent peintres de formation, doivent dépasser la vision idyllique du “paradis sur terre” auquel est assimilée la terre italienne, pour rendre compte des réalités “objectives” du paysage. Comme l’illustrent les collections de daguerréotypes du Français Noël-Paymal Lerebours, de l’Italien Fernandino Artaria et de l’Anglais John Ruskin.

Frédéric Flachéron (1813-1883). Rome, la colonne de Phocas et l'arc de Septime Sévère au Forum, l'église Santa Luca e Martina, et le temple de Vespasien, 1849. Calotype. Collection Paula and Robert Hershkowitz (c) Paula and Robert HershkowitzDans les années 1850, l’Ecole romaine de Photographie réunit un petit groupe d’artistes (dont les Français Frédéric Flachéron, Alfred-Nicolas Normand, Eugène Constant; le Britannique James Anderson; l’Italien Giacomo Caneva) au Caffè Greco. Leur objectif est de photographier Rome à travers ses monuments architecturaux, grâce au calotype.

Carlo Naya (1816-1882). Venise au clair de lune, vers 1875. Epreuve sur papier albuminé. Guilford, collection Bruce Lundberg (c) Robert J. HennesseyTrop élitiste, le calotype laisse sa place au procédé du négatif verre au collodion et du positif sur papier albuminé. Des ateliers photographiques se répandent dans les grandes villes – Carlo Naya à Venise, les frères Alinari à Florence, Robert MacPherson et Gioacchino Altobelli à Rome, Giogio Sommer et Alphonse Bernoud à Naples – à destination des touristes du Grand Enrico Beguin (actif à Rome dans les années 1850). Rome, musée du Vatican, Ariane endormie, vers 1855. Epreuve sur papier albuminé. Paris, collection Serge Kakou (c) musée d'Orsay / Photo Patrice SchmidtTour qui veulent rapporter des souvenirs imagés de leur périple. Paysages, monuments et chefs-d’oeuvre muséaux constituent l’essentiel des portofolio. A partir des années 1880, les amateurs peuvent réaliser eux-mêmes leurs albums souvenirs grâce aux évolutions des techniques photographiques.

Développement politique. Le Congrès de Vienne (1815) morcelle l’Italie en sept Etats, dominés par les Autrichiens, les Français, le Pontificat. Une première tentative de reconquête d’unité a lieu en 1848/49 comme en témoignent les photographies de Stefano Lecchi sur la défense de Rome par les Chemises rouges (aussi appelées Les Mille). Dix ans plus tard, Giuseppe Garibaldi (1807-1882) reprend le combat grâce à l’appui de la population, du Comte de Cavour (1810-1861) et de Napoléon III. Rome devient la capitale du pays unifié en 1871.

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1872: nouvelle éruption du Vésuve, photographiée par Giorgio Sommer, qui entraîne un regain d’intérêt pour les fouilles entreprises à Pompéi et Herculanum, ensevelis en l’an 79.

Edmond Lebel (1834-1908). Modèle pour Petite marchande de figues, 1863/69. Epreuve sur papier albuminé. Paris, musée d'Orsay (c) musée d'Orsay, dist. RMN / Photo Patrice SchmidtMais la population “vivante” attire également les touristes. Si au début du XIXe siècle, les élites ne descendent pas jusqu’à Naples, régentée par les brigands, les artistes de la deuxième moitié du siècle s’y aventurent allègrement. Car les paysans locaux portent le costume traditionnel et incarnent le farniente et la débrouillardise napolitains, ce qui nourrit l’imagination des peintres et des sculpteurs. Pour autant, les artistes ne saisissent pas ces images stéréotypées sur le vif mais se font reconstituer les scènes pour leurs Etudes pour artistes.

Un documentaire sur l’exposition est diffusé sur France 5 jeudi 30 avril 2009 à 21h35 dans le cadre de l’émission “Un soir au musée”.
A noter également, la conférence de Salvatore Settis, directeur de l’Ecole Nationale Supérieure de Pise, sur “Le voyage en Italie à l’heure photographiquee: les musées d’art antique” au musée d’Orsay le jeudi 30 avril 2009 à 12h30.
Enfin, ne manquez pas l’accrochage “Italiennes modèles : Hébert et les paysans du Latium” (salles 8 à 10) et “L’Italie des architectes: du relevé à l’invetion” (salles 19 et 20), qui complètent ce panorama éblouissant sur les richesses italiennes.

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