Décryptage du mythe fellinien

Federico Fellini. Mars 1955. Collection particulière (c) DRFellini, la grande parade

Jusqu’au 17 janvier 2010

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Jeu de Paume Concorde, 1 place de la Concorde 75008, 7€

Après cette exposition (et pour vous, avant peut-être!), une seule envie surgit: revoir La Dolce Vita (1960) avec Anita Ekberg et Marcello Mastroianni. Le Jeu de Paume propose de découvrir les sources de l’imagination du plus célèbre réalisateur italien de l’après-guerre Federico Fellini (1920-1993), à travers notamment ce film mythique qui a reçu la Palme d’Or à Cannes. L’exposition présente des archives photographiques inédites ainsi qu’une section moins connue de l’oeuvre fellinienne: les dessins préparatoires aux films et ceux de ses rêves. Aussi extravagants que leur auteur…

Federico Fellini. 8 et demi, 1963. Photographie de tournage de Tazio Secchiaroli (c) David Secchiaroli“Fellini, la grande parade” rassemble un nombre incroyable de sources multimedia qui permettent d’appréhender le prolifique univers fellinien.
Extraits de films, photographies, musique, dessins, affiches publicitaires, magazines apportent des clés de lecture pour comprendre comment Fellini a su nourrir son imagination et construire sa légende. Le commissaire de l’exposition, Sam Stourdzé a réalisé un travail en profondeur, allant jusqu’à retrouver les photographes qui ont travaillé avec Fellini (Deborah Beer, Pierluigi, Tazio Secchiaroli, …), réunir les coupures de presse de Pathé sur La Dolce Vita encore jamais exposées, inviter Claudia Cardinale à témoigner de son expérience avec le maître italien (conférence mardi 27 octobre à 19h), etc.

La première partie de l’expositon se concentre sur l’attrait du cinéaste pour l’art populaire comme le music-hall ou le cirque qu’il considère comme “une usine de prodiges, un lieu où s’accomplissent des choses irréalisables pour la majeure partie des hommes. Je veux dire, enfin, que ce type de spectacle fondé sur l’émerveillement, la fantaisie, la grosse plaisanterie, la fable, l’absence de signification intellectuelle est justement le spectacle qui me convient.”

Anita Ekberg et Marcello Mastroianni. La Dolce Vita, 1960. Photographie de tournage. Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé (c) 1960 La Dolce Vita - Riama Film - S.N. Pathé Cinéma - Gray Film / Identité de l'auteur réservéeFellini s’inspire également des romans-photos, de l’art de la caricature, du rock’n’roll – en vogue après-guerre – et de la femme, bien sûr. Entre la “bombe” suédoise Anita Ekberg, au sujet de qui Bob Hope disait “c’est à ses parents qu’il faudrait donner le prix d’architecture!”, et la sensuelle Anouk Aimée (née en 1932), F. Fellini savaient choisir ses actrices! Et ses acteurs: Marcello Mastroianni (1924-1996) incarne une Marcello Mastroianni sur le tournage de 8 et demi. 1963 Photograhie de Paul Ronald (c) Archivio Storico del Cinema / AFEsorte de double à l’écran de Fellini, en particulier dans le film 8 et demi (Otto e mezzo, 1963) où Mastroianni joue le rôle d’un réalisateur en mal d’inspiration.

Les photographes à l'arrivée de la vedette de cinéma, La Dolce Vita, 1960. Photographie de tournage. Collection Christoph Schifferli, Zürich (c) DRC’est à Fellini que l’on doit le nom de paparazzi. Dans La Dolce Vita, le photographe, incarné par Walter Santesso, se nomme Paparazzo. Le phénomène est en vogue depuis que les studios hollywoodiens ont envahi “Cinecittà” dans les années 1950, au point de surnommer Rome, le “Hollywood-sur-Tibre”. Ils se sont retranchés dans des baraquements où sont reproduits des décors de la ville romaine, comme le café de Paris, forçant les photographes de guetter le moindre déplacement des acteurs à l’extérieur du site. Les photos volés de la baignade d’Ava Gardner et de Walter Chiari, publiées dans L’Espresso (1956) constituent l’un des premiers reportages people.

Rêve du 1er avril 1975. Livre des Rêves. Dessin de Federico Fellini (c) Fondazione Federico Fellini, RiminiL’exposition s’attarde encore sur la polémique autour de la (non) foi de Fellini, qui a choqué alternativement les néoréalistes gauchistes (suite à La Strada, 1954) et l’Eglise Catholique (La Dolce Vita). Loin de vouloir rentrer dans tel ou tel camp, le cinéaste évoque tout de même en fin de carrière “une force irrésistible et providentielle, innée en nous.”
A partir de 8 et demi qui marque une nouvelle rupture dans l’oeuvre de Fellini, le réalisateur met en scène ses souvenirs d’enfance et ses rêves. Le cinéma devient prétexte à sa propre mise en scène, pierre fondatrice de la construction de son mythe.

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“Le cinéma fellinien”, résume Sam Stourdzé, “est un cinéma au motif récurrent et récursif, si l’on veut utiliser un mot savant, c’est à dire en train de se faire. Fellini se filme en train de se filmer. Il pensait ainsi approcher une plus grande vérité.”

L’exposition est avant tout visuelle, présentant les images des films de Fellini mais aussi celles qu’il a construites (fausses publicités, dessins). Au-delà de la problématique de la capacité à exposer le cinéma, elle interroge la naissance d’un siècle à images, qui a vu la naissance du cinéma mais aussi des magazines, de la télévision (pour qui le réalisateur avait un grand dédain car son format ne pouvait, selon lui, porter la grandeur des émotions du 7e art) et de la publicité. La fabrique de l’image au XXe siècle est la thématique sous-jacente de cette riche exposition et rejoint en ce sens celle présentée au musée d’Orsay sur James Ensor – artiste belge qui a préparé bien à l’avance le mythe de sa postérité (artice à suivre)…

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