Bettina Rheims & Serge Bramly en duo

Rose, c'est Paris. Joyau de l'art gothique. Tour du Palais de justice, côté Sainte-Chapelle, mars 2009. Inge van Bruystegem (c) Bettina Rheims. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, ParisRose, c’est Paris

Jusqu’au 11 juillet 2010

BnF Richelieu, Galerie de Photographie, 3/5 rue Vivienne 75002, 7€

Où est passée Rose? Sous l’objectif de la célèbre photographe Bettina Rheims, une jeune femme, B., cherche sa soeur jumelle Rose à travers un Paris inspiré de l’univers surréaliste. Avec la complicité de Serge Bramly, B. Rheims réalise une fiction photographique, dévoilée dans la prestigieuse Bibliothèque nationale de France (site Richelieu). Une quête initiatique, entre peinture et cinéma.

B. prétend que sa soeur a disparu. Pourquoi? A-t-elle été enlevée, est-elle victime d’un complot, d’un amour contrarié ou bien a-t-elle rejoint un gang clandestin?
Tel Fantômas, B. se métamorphose sans cesse pour s’introduire dans les milieux que fréquente Rose et percer ses secrets. Sans scrupule, elle va jusqu’à se substituer à sa jumelle dans ses amours et son travail.

“[…] R et B sont les initiales de nos deux soeurs”, précisent les artistes. “[…] Comme Bettina Rheims, ou encore comme les deux consonnes initiales de BRamly. Ce sont deux autobiographies bout à bout. On a mis dans ce projet beaucoup de choses personnelles, des souvenirs, des instants de notre enfance à Paris, des lectures, des oeuvres qui nous ont marqués. Plus que dans tout autre projet”.

Rose, c'est Paris. Magic city III. Place du Calvaire, mars 2009. Eliska Cross (c) Bettina Rheims. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, ParisUne centaine d’images et un film (également diffusé dans le petit auditorium de la BNF F. Mitterrand, cf. site de la BnF pour le calendrier des projections) décrivent cette fiction qui se déroule au coeur du Paris de l’entre-deux-guerres. Sous l’objectif de Bettina Rheims, la ville devient muse, drapée de noir et blanc.
L’ombre insaisissable de Fantômas plane sur la butte Montmartre où Pierre Souvestre et Marcel Allain ont conçu leur héros (en 1911), dont les crimes ont inspiré toute une génération d’artistes et de poètes.

“[…] L’impact qu’a eu Fantômas sur le grand public de la France d’avant-guerre, puis sur les surréalistes, a été gigantesque. Avec Fantômas, ‘le maître du temps’, ‘le mal absolu’, on touchait à un bouleversement radical de l’ordre établi. Grâce à lui, on quittait le Paris classique des feuilletonistes et des poètes pour un Paris brutal, mythologique, creusé de souterrains, peuplé de personnages obscurs, un Paris de crimes, de drames, de lieux interlopes, qui secouaient les consciences. […] Comme Fantômas, notre héroïne se déguise pour se fondre dans les différents milieux où elle cherche sa soeur. A Pigalle, elle devient la plus délurée des strip-teaseuses. Elle se transforme en accordéoniste aveugle, en japonaise, en hindoue. C’est un passe-muraille, un caméléon capable de se fondre dans tous les décors”, commentent les artistes.

Rose, c'est Paris. La Joconde du métro. Métro ligne 9, mars 2009. Estelle Desbonnez (c) Bettina Rheims. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, ParisEn contrepoint de cet univers nocturne et maléfique, Marcel Duchamp fait souffler sur Paris l’air léger et exaltant du désir. C’est le côté Rose, subtil, aérien. Le titre du projet s’inspire d’ailleurs du pseudonyme que s’était choisi Duchamp – Rrose Sélavy -, auquel souhaitent rendre hommage B. Rheims et S. Bramly.

Présenté comme un grand sérial mystérieux, genre cher aux surréalistes, “Rose, c’est Paris” permet de découvrir une capitale insolite, méconnue, volontairement atemporelle : les magasins de la Bibliothèque nationale de France, les sous-sols du Palais de justice, le dôme de l’Observatoire, les canaux souterrains…

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“[…] Ces lieux ne sont pas seulement des décors. Ils nourrissent par eux-mêmes la fiction. Grâce à un ami juge, nous avons eu accès aux archives de l’état civil, au palais de justice. On nous y a raconté une histoire de fantôme : celui d’un greffier qui s’y serait pendu autrefois. Il n’en a pas fallu davantage pour que ce spectre entre à son tour dans la fiction. Il y a eu aussi cette pension de famille près du Luxembourg [ndlr: rue d’Assas], avec ses quinze pensionnaires à l’année, ses chambres avec numéros sur deux étages, ses ronds de serviette. On se serait cru dans Balzac. Ou dans la pension du film de Clouzot, L’Assassin habite au 21. Et puis il y a eu le Magic, une boîte du boulevard de Clichy […] On a découvert tellement de lieux étranges […]”.

Une centaine de modèles et comédiens débutants ou célèbres ont participé au jeu. Dont Monica Bellucci, Valérie Lemercier, Anna Mouglalis, Naomi Campbell, Charlotte Rampling.
Comme à son habitude, Bettina Rheims magnifie la femme, dans sa nudité. L’artiste pousse son modèle, même habillé, à sortir de soi, à exprimer des émotions intangibles.

Fonctionnant comme un duo, les auteurs ont imaginé ensemble les scènes. Série de tableaux vivants que Serge Bramly a filmées avec une caméra HD tandis que Bettina Rheims les photographiait.
Dans l’exposition, photos et film sont montrés simultanément. D’où le jeu en filigrane entre les images fixes et les mouvantes. Les premières se nourrissent de l’intrigue des secondes. Parallèlement, le film s’imprègne des atmosphères qui se dégagent en propre des photographies. Un vrai pas de deux entre photographie et cinéma. Fascinant.

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