Art et religion au Bhoutan

Récit des vies antérieures du Buddha. XVIIIe-XIXe s. Encre et couleurs minérales sur coton. Gönpa de Phajoding, Thimphu (c) Photo: Shuzo UemotoAu pays du dragon – Arts sacrés du Bhoutan

Jusqu’au 25 janvier 2010

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Musée Guimet, 6, place Iéna 75116, 8€

Vous avez dit Bhoutan… Coincé entre le Tibet et l’état indien de l’Assam, le royaume himalayen du Bhoutan (ou Druk Yul, “terre du dragon”) reste à l’ère de la mondialisation un pays qui s’ouvre à peine à l’extérieur, tout entier tourné vers la sauvegarde de ses traditions séculaires. Seul pays au monde où le bouddhisme tantrique est religion officielle, le Bhoutan a développé un art ésotérique, riche et complexe, à l’image de sa profondeur spirituelle. Le musée Guimet nous en offre un aperçu.


Pour la première fois, le musée Guimet accueille une exposition sans qu’elle ait été conçue spécialement pour ses lieux, pour la simple raison qu’il n’a pas été chose aisée de rassembler des oeuvres sacrées qui participent à des cérémonies liturgiques “vivantes”. L’Académie des Arts d’Honolulu a donc été chargée, avec le Département de la Culture du Gouvernement royal bhoutanais et l’Autorité monastique centrale, de constituer cette unique exposition rassemblant des oeuvres qui n’avaient jusqu’à présent jamais quitté le Pays du Dragon.

En guise d’introduction, le visiteur découvre une série de photographies de Mathieu Ricard, qui a vécu pendant neuf ans au Bhoutan et a été disciple du grand maître tibétain Dilgo Khyentsé Rinpotché. Pour décrire ce pays en dehors du flux touristique, le photographe cite un haut fonctionnaire canadien qui a aidé le pays à entrer au sein de l’Organisation des Nations Unies: “Le Bhoutan pourrait devenir comme n’importe quelle autre nation du continent asiatique, mais aucun de ces pays ne pourra jamais plus devenir comme le Bhoutan”. Même pas le Tibet voisin, où le tourisme est pourtant contrôlé, mais qui a souffert de la destruction de son patrimoine artistique.

Mathieu Ricard témoigne ainsi des traditions d’art sacré qui restent au coeur de la vie de chaque Bhoutanais. “Chaque colline porte son petit temple entouré de drapeaux de prières qui flottent au vent. Les torrents font tourner jour et nuit des moulins à prière. Montagnes et forêts sont parsemées d’ermitages où moines, nonnes et laïcs se consacrent à la méditation. Le calendrier religieux est émaillé de cérémonies majestueuses et de festivals de danses sacrées”.

Le Bhoutan a pour autre particularité de fonder sa richesse intérieure sur le Bonheur National Brut (BNB) a contrario du Produit Intérieur Brut pratiqué dans les pays dits modernes. Le BNB repose sur quatre piliers vecteurs d’un développement durable: sauvegarde de l’environnement, conservation et promotion de la culture bhoutanaise, croissance économique et gouvernance responsables. Cela fait rêver, non?

Vajravârâhî. XVIIIe s. Encre et couleurs minérales sur coton. Dzong de Trongsa (c) Photo: Shuzo UemotoL’exposition présente ensuite dix sections liées à l’art sacré du bouddhisme tantrique: buddha, bodhisattva, stupa et mandala, objets liturgiques, films de danse (cham), etc. Elle présente 111 objets, principalement des peintures murales réalisées à l’encre et couleurs minérales sur coton, retenues par un noeud en soie. Les couleurs chatoyantes témoignent des codes du bouddhisme – d’où l’intérêt de suivre les explications d’une conférencière pour cette exposition qui saura expliquer les multiples symboles inclus dans les oeuvres, destinés à des pratiquants initiés, et non à un public occidental néophyte.

Comme les oeuvres proviennent de temples et monastères en activité, le gouvernement royal du Bhoutan – le pays est devenu une démocratie parlementaire en 2008 et a pour roi Jigme Khesar Namgyel Wangchuck – a envoyé deux moines pour accompagner les oeuvres dans les lieux de présentation de l’exposition.

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Padmasambhava. XVIIIe s. Alliage de cuivre doré, dorure à froid, pigments, incrustations de turquoise et de corail. Gönpa de Trashigang, Thimphu (c) Photo: Michael TropeaChaque jour, ces moines exécutent des prières et des offrandes dans les salles. A 10h30, les rituels sont dédiés à Padmasambhava, célèbre maître originaire du nord-ouest de l’Inde, qui a introduit le bouddhisme tantrique au Bhoutanau VIIIe siècle. Au cours de la matinée, les moines purifient le lieu d’exposition et dispensent des bénédictions. L’effet est surprenant et le regard des moines semble vous imposer d’observer les oeuvres avec respect voire dévotion!
A 16h, la cérémonie invoque deux déités tutélaires et protectrices du bouddhisme bhoutanais, Vajrakila et Mahakala.
Dans la Rontonde aux Laques (4e étage du musée), où sont exposées les photographies bhoutanaises de Jean Timsit (ancien avocat d’affaires international reconverti dans la voie artistique après un voyage au Bhoutan en 2004), les moines ont dressé un autel avec des offrandes (vin, encens, riz, fleurs et statuettes).
Des mandalas [diagrammes de méditation] en sable sont et seront réalisés le temps de l’exposition, chacun dédié à une divinité particulière.

Mandala…

Paul Laffoley. Thanaton III, 1989. Peinture à l'huile, acrylique, encre, lettres sur toile. Courtesy de l'artiste et Kent Gallery, New York. Collection Richard Metzger et Tara McGinley, Los AngelesL’intérêt de la nouvelle exposition du Palais de Tokyo, “Chasing Napoleon” (jusqu’au 17 janvier 2010) repose sur la présentation des oeuvres de Paul Laffoley (né en 1940, vit et travaille à Boston), qui dit avoir traversé “la cinquième dimension” le temps d’une séance d’électrochocs. Cet ancien architecte devenu peintre aborde à travers la représentation de mandalas l’unité de la matière et de la conscience, les sciences para/normales, l’histoire de l’art, l’occultisme, la Divine Comédie de Dante, etc. Une oeuvre éclectique, fascinante à observer.

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Une réponse à Art et religion au Bhoutan

  1. Louis dit :

    Beaux objets, belles peintures murales mais obscurité des fiches descriptives et clair obscur des oeuvres murales cachant les détails rendant la visite peu agréable

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