Moi et les autres

Regards d’artistes sur nos vies en ligne

Jusqu’au 27 septembre 2026

Fondation groupe EDF, 6 rue Récamier, Paris 7e

Une vingtaine d’artistes invités par la Fondation groupe EDF décryptent les répercussions de la mise en avant de nos vies sur Internet qui redéfinit la notion d’intime.

Jeanne Susplugas, Boîte de Déception, 2005. Courtesy de l’artiste Adagp, Paris, 2026

Le parcours de l’exposition, orchestré par Aurélie Clemente-Ruiz (directrice du musée de l’Homme) et Camille Roth (chercheur en sociologie à l’EHESS), analyse notre rapport au moi, aux autres, et notre perception du monde tissé par les réseaux. Les dérives et les bénéfices de cette communauté planétaire sont au coeur de cette mise en regard.

Un sas pour se déconnecter de l’extérieur accueille le visiteur avec l’installation de Laurent Grasso, Panoptes (2026), être de la mythologie grecque doté de cent yeux. Les cimaises sont recouvertes de plusieurs yeux en néon, qui diffusent de la lumière – habituellement l’oeil la reçoit. Ils évoquent la figure de Big Brother, souvent associé au contrôle pernicieux des données qui régit Internet.

Françoise Pétrovitch, Sans titre, 2024. Courtesy Semiose, Paris Adagp, Paris, 2026. Photo : Aurélien Mole

Françoise Pétrovitch présente un triptyque (Sans titre, 2020 ; Selfie, 2023 ; Sans titre, 2024), qui représente des adolescents le regard rivé sur leur téléphone. Les relations nées du monde virtuel engendre un « bouleversement anthropologique profond », relève A. Clemente-Ruiz.

Marilou Poncin, Être belle comme elles, 2023. Collection macLYON. Courtesy de l’artiste et Galerie Laurent Godin Adagp, Paris, 2026. Photo : Juliette Treillet

La notion d’intime se définit dorénavant par la mise en scène de sa vie, et souvent de son corps, comme le décrypte Marilou Poncin (Être belle comme elles, 2023), à travers une série de photographies de Kim Kardashian qui remodèle son physique avec moult maquillage, perruque, faux-cils, etc.

L’injonction qui pèse, en particulier sur les filles, à ressembler à leurs idoles, paraît pour certains insurmontables. Au point de vouloir s’isoler dans sa chambre sur une longue période, tout en continuant à communiquer avec l’extérieur via Internet. Katherine Longly capture les témoignages de ces personnes dénommées en japonais hikikomori (Failed I Have, In Exile I Must Go, 20220-2023).

Ben Grosser prend le contrepied des usages d’Internet. Dans Not For You (2020), il fait disparaître les algorithmes de recommandation de TikTok pour expérimenter la plateforme non personnalisée et dévoiler des contenus marginalisés.
Il invente aussi l’application Minus (depuis 2011), qui permet de limiter les publications à 100 par utilisateurs, à l’inverse de la logique du « toujours plus » des réseaux sociaux.
Et, dans la vidéo Order of Magnitude (2019), il révèle l’obsession de Mark Zuckerberg pour la croissance en comptabilisant le nombre de fois où le leader américain de la tech prononce le terme growth dans ses discours entre 2004 et 2018.

Sophie Calle, Avec ou sans tâche, 1905-1914. Commande de la Fondation groupe EDF pour l’exposition. Adagp, Paris, 2026. Photo : Claire Dorn

Petite touche d’humour avec Boîte de Déception de Jeanne Susplugas (2005) qui reprend l’iconographie de la messagerie sur Internet. L’oeuvre met en avant le décalage entre l’attente de messages réjouissants et la réalité (déferlement de spams, non-réponses).

Drôles et tendres sont les petites annonces matrimoniales recensées par Sophie Calle (Série À l’affût, 2017-2024), qui démontrent que les procédés de rencontre depuis le XIXe siècle ont peu évolué, même à l’ère de Tinder et Meetic.

Dans Wood Wide Web (2023), Béatrice Lartigue dresse un parallèle poétique entre le web et les racines du monde végétal, notamment celui des champignons.

Neïl Beloufa réalise des oeuvres en cuir dont les images se superposent pour incarner les différentes dimensions vécues simultanément sur les écrans (Waiting for a train to arrive while a wildfire takes over a forest, 2022). Ses personnages sans visages apparaissent assommés par la masse d’informations qui défile. Parallèlement, l’artiste reconnaît que le web offre la possibilité d’agir de manière individuelle et collective, notamment grâce aux organisations autonomes décentralisées (DAO).

Aram Bartholl, On the brink, 2024. Courtesey de l’artiste

Pour terminer sur une note mi-figue mi-raisin, Aram Bartholl dépose sur une chaise un téléphone dont s’échappe de la fumée (On the brink, 2024). Métaphore de la surchauffe des flux qui transitent sur le réseau, l’oeuvre nous invite à réfléchir sur l’impact des nouvelles technologies et le sens que l’on veut donner à notre vie.

Si les réseaux sociaux peuvent engendrer superficialité, harcèlement et isolement – Visibility is a trap dénonce Laurent Grasso (2026) -, ils peuvent aussi être une force créatrice et solidaire (cagnotte de soutien aux victimes, messages d’empathie, etc.). Une exposition incontournable !

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