Mémoire et lumière

Photographie japonaise, 1950-2000
La donation Dai Nippon Printing Co.,Ltd.

Jusqu’au 27 août 2017

Maison européenne de la photographie, 5/7 rue de Fourcy, Paris 4e

En hommage aux récents décès de Keiichi Tahara (1951-2017) et Hiroshi Yamazaki (1946-2017), la Maison européenne de la photographie (MEP) expose sur l’ensemble de son espace (4 niveaux) des photographies d’auteurs japonais, de Araki à Sugimoto, de Tomatsu à Moriyama. Une collection qui s’est formée grâce aux dons de l’ancestrale société japonaise d’impression Dai Nippon Printing Co., Ltd (DNP), fondée en 1876.

L’initiative revient à Yoshitoshi Kitajima, président de DNP. Entre 1994 et 2006, il fait constituer un fonds pour la MEP afin de représenter dans ses collections la photographie japonaise depuis le début des années 1950.

Aujourd’hui, cette collection dans la collection comporte 540 oeuvres qui révèlent le rôle essentiel des auteurs japonais dans l’histoire de la photographie mondiale.

La sélection présente ici 21 auteurs. Elle s’attarde sur les conséquences de la Seconde Guerre mondiale : les dévastations humaines et architecturales liées aux 2 bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. S’ensuit l’occupation américaine jusqu’en 1951. Puis la mutation économique – le Japon devient la troisième puissance économique mondiale en 1968 – et culturelle (libération artistique cf. la revue Provoke, éditée entre 1968 et 1969).

Le parcours commence au sous-sol avec les images de Keiichi Tahara, qui débute sa carrière de photographe à Paris, où il vit de nombreuses années. Il réalise notamment des portraits expressionnistes sur les hommes de lettres et artistes de l’époque.

Au premier étage sont présentées trois personnalités majeures de l’après-guerre : Ihei Kimura (1901-1974), adepte du réel et de l’instant décisif ; Shoji Ueda (1913-2000), porté sur les compositions poétiques, et Yasushiro Ishimoto (1921-2012), repéré par Edward Steichen au MoMA où il exposera deux fois (« Always the young Strangers », 1953 et « New Japanese Photography », 1974). Ce dernier importe au Japon les principes de la photographie moderne.

 

Viennent ensuite les travaux de Shomei Tomatsu (1930-2012), Eikoh Hosoe (né en 1933) et Ikko Narahara (né en 1931), trois membres fondateurs de l’agence Vivo (avec Kikuji Kawada, Akira Sato et Akira Tanno).
Le travail de S. Tomatsu révèle le chaos dans lequel est plongé le Japon après l’anéantissement de Nagasaki.
E. Hosoe se fait connaître en France grâce au succès de deux ouvrages, l’un (Barakei, 1963) sur le controversé écrivain Yukio Mishima ; l’autre mêlant légendes et traditions autour du dragon Kamaitachi (1969).
Quant à I. Narahara, il entreprend pendant une trentaine d’années (1953-1983), une suite d’essais photographiques, de l’île minière de Hashima (Territoire artificiel : une île sans fleur, 1954/57) à sa traversée des Etats-Unis (Quand le temps s’est effacé, 1970/72), en passant par son voyage en Europe (Quand le temps s’est arrêté, 1963/64).

En écho au travail de Tomatsu, Hiromi Tsuchida (né en 1939) revient à Hiroshima, pour étudier entre 1960 et 1993 les conséquences sur les gens et la ville. Il retrouve des survivants, les photographie puis écrit en dessous du cadre des phrases issus de leur souvenir de la tragédie.

Lorsque Daido Moriyama (né en 1938) arrive à Tokyo en 1961, c’est avec l’intention de rejoindre l’agence Vivo. Mais celle-ci, bien que reconnue, se dissout rapidement. Sa rencontre avec Tomatsu lui permet néanmoins de devenir l’assistant de Hosoe. Moriyama s’émancipe très vite et bouscule les codes de la photographie. Il s’écarte de tout réalisme par des images granuleuses ou fortement contrastées. Il initie une esthétique qualifiée de arebureboke (brut, flou, trouble). En 1972, il publie Farewell Photography, qui témoigne de son refus de toute photographie académique, soumise à des interdits et des obligations.

Nobuyoshi Araki incarne la photographie intimiste en captant ses moments heureux – son voyage de noces avec Yoko (Un Voyage sentimental, 1971) – et tragiques (Voyage d’hiver, 1990).

Le troisième étage aborde les photographes nés après-guerre (Ryuji Miyamoto, Toshio Shibata, Naoya Hatakeyama, Taiji Matsue) qui travaillent sur le paysage, la ville et l’impact de l’activité humaine sur l’environnement.

L’ensemble est marqué par la puissance du noir et blanc et la thématique de la mémoire. Les photographies sur les conséquences des bombes atomiques sont ébranlantes. Le dernier étage est complété par l’oeuvre de Bernard Pierre Wolff. Mais je n’avais plus la force émotionnelle d’imprimer d’autres images sur ma rétine, je les ai vues dans un brouillard.

 

 

 

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