Bâtir pour le roi

Pierre-Denis Martin, Visite de Louis XIV à l'église de l'hôtel royal des Invalides, nouvellement achevée, 1706. Huile sur toile. Musée Carvalet (c) Musée Carnavalet / Roger-ViolletJules Hardouin-Mansart (1646-1708)Jusqu’au 28 juin 2009

Musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné 75003, 7€

On connaît de lui Versailles, cette « grande merveille de la France royale » (Ernest Renan). Mais, l’avoisinant château de Marly – résidence préférée de Louis XIV (1638-1715) -, et à Paris, la place des Victoire, Vendôme, le dôme des Invalides? Toujours Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), bien sûr! Le musée Carnavalet présente la première rétrospective sur cet architecte du roi, qui a si bien su mettre en pratique les fastes caprices de son souverain.

L’exposition commence par une présentation du maître batisseur, portraits et bustes à l’appui, témoignant de son titre privilégié de Premier architecte du Roi, reçu par Louis XIV en 1681. Le nom Mansart provient de son célèbre grand-oncle François qu’il accole judicieusement au sien. Sa famille profitera des privilèges du patronyme qui protège ses descendants, également architectes, jusqu’au début du règne de Louis XVI (1774).

Hyacinthe Rigaud, Portrait de Jules Hardouin-Mansart. Huile sur toile, 1685. Musée du Louvre (c) RMN / Gérard BlotDans le portrait de Hyacinthe Rigaud (1685), Jules Hardouin-Mansart pose avec sa décoration de l’ordre de Saint-Michel, une perruque et une parrure bleue – couleur royale -. Grâce aux faveurs de Louis XIV, qui le couvre d’honneurs et d’argent, l’architecte devient surintendant des Bâtiments du Roi en 1699.

Les salles suivantes présentent des maquettes exceptionnelles des différentes réalisations de l’architecte.

Agence de Jules Hardouin-Mansart, Coupe transversale de l'église royale des Invalides. Dessin à l'encre brune, début XVIIIe siècle. Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France (c) Bibliothèque nationale de FranceLes églises. L’église royale des Invalides dont le dôme vise à rivaliser avec celui de Saint-Paul, conçu par Christopher Wren, à Londres et la place au-devant de l’édifice côté plaine de Grenelle (non réalisée) renvoie, pas moins, à la place Saint-Pierre, à Rome . Ou encore l’église Sainte-Geniève (Panthéon) et le Sacré-Coeur. Hardouin-Mansart intervient également dans des édifices exitants comme Saint-Paul (Marais) ou la cathédrale Notre-Dame et sur des projets comme l’église Saint-Roch.

Pierre-Denis Martin, Vue à vol d'oiseau du château de Marly, 1722. Huile sur toile. Musée de Versailles (c) RMN / Gérard BlotLes châteaux royaux. Celui de Clagny, offert par Louis XIV à sa maîtresse, Madame de Montespan (il sera détruit au XVIIIe siècle). Le château de Marly ou « palais de Flore », conçu avec André Le Nôtre, est composé d’un pavillon carré, avec en son centre un cercle pour abriter un salon. Il est accompagné de douze petits pavillons alignés autour d’une pièce d’eau – miroir qui reflète le ciel et « l’apporte » ici-bas. Le Grand Trianon à Versailles reprendra cette idée qui renverse la hiérarchie académique en donnant l’importance au jardin sur la demeure. Louis XIV, en effet, aime se retrouver seul parmi les fleurs et la verdure, loin de l’étiquette de Versailles. L’architecte pousse l’audace jusqu’à oser la couleur, devenue rare au Grand Siècle (règnes de Louis XIII et Louis XIV, soit le XVIIe siècle): façades peintes à fresque à Marly et pilastres de marbre du Languedoc à Trianon, qui renvoient à la flore éclatante.
Etienne Allegrain, Vue du château de Versailles avec l'orangerie, fin XVIIe siècle. Huile sur toile. Musée de Versailles (c) RMN / Franck RauxOeuvre d’art totale, Versailles s’est vu transformé par Hardouin-Mansart d’un simple palais de chasse, construit sous Louis XIII, en symbole du pouvoir royal, voire de la France.
Louis XIV décide officiellement de s’établir à Versailles en mai 1682, mais il confie son projet à l’architecte dès 1678. A la mort de l’architecte trente ans plus tard, le grand chantier n’est toujours pas terminé. Son point d’orgue en est la Galerie des Glaces (1678), qui relie les appartements du roi à ceux de la reine.

Agence de Jules Hardouin-Mansart, Elévation de la statue équestre de Louis XIV pour la place Vendôme, projet vers 1686. Dessin à l'encre et au lavis. Musée Carnavalet (c) Musée Carnavalet / Roger-ViolletLes places royales. Elles naissent de la volonté du souverain d’investir l’espace public et de symboliser la centralisation monarchique qui se met en place. La statue équestre de Louis XIV, place Louis-le-Grand (aujourd’hui appelée place Vendôme), s’inspire du Marc-Aurèle antique du Capitole. Sa fonte en bronze, réalisée par le renommé Hans Johann-Balthazar Keller vom Steinbock (1638-1702), d’après le sculpteur François Girardon (1628-1715), devient la plus grande au monde. Cette effigie royale influence les statues des princes de l’Europe entière. Elle sera détruite par les Révolutionnaires; seule subsiste une copie réduite (musée du Louvre), ici exposée.

Ferdinand Elle, Portrait de Madame de Maintenon, fin XVIIe siècle. Huile sur toile. Musée de Versailles (c) RMN / Daniel Arnaudet / Gérard BlotServir le roi permet de s’assurer les commandes des autres membres de la famille royale et de son entourage direct. Hardouin-Mansart bâtit Saint-Cyr pour Madame, l’épouse secrète de Louis XIV, Madame de Maintenon (1635-1719); le Palais-Royal pour Monsieur, Philippe de France (1640-1701), frère du roi; Meudon pour Monseigneur, Louis de France dit le Grand Dauphin (1661-1711); Chantilly pour les princes de Condé; Sceaux pour son ministre Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), etc..

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Pour faire face à tous ces chantiers, Jules Hardouin-Mansart s’entoure de collaborateurs, dont Robert de Cotte (1656-1735), qui deviendra son beau-frère (1682) et lui succèdera comme Premier architecte du roi à sa mort.

Une très belle exposition d’architecture qui mêle plans détaillés, somptueuses maquettes et peintures d’époque, dont des portraits royaux réalisés par Hyacinthe Rigaud, réputés dans l’Europe entière.

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