Un lieu retiré et intime: la Fondation Dubuffet à Paris

Façade de la Fondation Dubuffet, 137 rue de Sèvres, Paris VIIèFondation Dubuffet
137 rue de Sèvres 75006, 01 47 34 12 63

Portail vert à l’extrémité Est de la rue de Sèvres. Seule une plaque dorée indique l’existence de la Fondation Dubuffet à Paris.

Après avoir sonné à l’interphone et montré patte blanche, je longe le jardin de la copropriété, lugubrement dégarni par ce temps rigoureux. Au fond, une porte s’ouvre et une charmante secrétaire m’accueille dans un hôtel particulier, à l’abri des regards de la voie publique.

Sur trois étages sont exposées en rotation des oeuvres du peintre-sculpteur français Jean Dubuffet (1905-1985). La secrétaire masque mal son étonnement face à ma volonté – têtue! – d’écrire un article sur ce lieu. Il est vrai que l’essentiel de l’oeuvre de l’artiste est présenté à Périgny-sur-Yerres (Val-de-Marne). L’espace manque ici pour exposer lesCloserie Falbala, époxy et béton projeté peints au polyuréthane, superficie: 1600 m2, point le plus haut: 8 m, 1971-1973 (remanié jusqu'en 1976), Fondation Dubuffet, Périgny-sur-Yerres (Val de Marne) - (c) Fondation Dubuffet, Paris maquettes d’architecture et la pièce maîtresse de Dubuffet – la Closerie Falbala (1969-1976), classée Monument historique en 1998. Ce jardin clos abrite la Villa Falbala, dans lequel se tient son Cabinet Logologique ou “chambre d’exercice philosophique” – ainsi que les costumes de l’insolite spectacle Coucou Bazar (1973).

Jardin L'Hourloupe, vinyle sur toile, 97 x 130 cm, 14 février 1966, Collection Fondation Dubuffet, Paris - (c) Fondation Dubuffet, ParisPourtant, mon insistance est récompensée. Car les peintures si originales de l’artiste méritent que l’on s’y attarde. Actuellement – et ce jusqu’en mars 2007 – sont présentées les toiles qu’il a réalisé entre 1960 et 1985. Dubuffet travaille par série, la plus dense étant l’Hourloupe (1962-1974). Les titres de ses peintures, tous extravagants, sont nés d’associations d’idées. Pour cette série, il aurait pensé au roman fantastique Le Horla de Maupassant qu’il aimait beaucoup, et à Ricquet la Houpe!
L’Hourloupe, donc, se caractérise par un chromatisme restreint – bleu, rouge, blanc – et une absence de personnages identifiables. Le sujet serait – car il est difficile de mettre un nom sur cet imbriglio de graffiti – plutôt des paysages hallucinés et visionnaires, sans aucune perspective.

Parachiffre XLV, vinyle et (pour les traits) acryle sur papier entoilé, 69 x 98,5 cm, 3 février 1975, Collection Fondation Dubuffet, Paris - (c) Fondation Dubuffet, ParisLa série suivante, Parachiffres (décembre 1974 – février 1975), réintroduit une présence humaine. Mais loin d’être plus humanistes, les toiles ressemblent au contraire à des blocs d’icebergs tiraillés, dans lesquels sont enfermés des griffonnages qui cherchent à s’échapper. Un rythme puissant se dégage de cet enchevêtrement de signes.

Mondanités (mars-avril 1975) apportent un certain apaisement. Les tourbillons d’écriture cèdent la place à une sorte de conciliabule de personnages. Une trêve de courte durée car la série suivante, Lieux abrégés (juin-octobre 1975), disperse les personnages, et les lieux semblent éclatés.

En 1983, Jean Dubuffet travaille sur Mires qu’il décrit lui-même comme une série sans personnages ni objets identifiables. Il s’agit “seulement de lieux généraux sans identité propre. Leur existence est incertaine. A mi-chemin d’exister ou non. Prenant leur naissance à des taches et tracés de nature purement mentale. Ces lieux donnent à ressentir (au moins pour moi) le caractère pareillement purement mental et illusoire de tous lieux qui soient. A ce tire on peut taxer ces peintures de nihilisme. Elles récusent le Verbe en entier. Elles récusent la notion de réalité et l’existence objective de quoi que ce soit […]” (Jean Dubuffet à Gaiano, 2 novembre 1983).

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Voici un aperçu du monde imaginaire et des écrits de l’inventeur de l’art brut – cet art généré par des enfants ou des personnes enfermées dans des hôpitaux psychiatriques, non “déformés” par une éducation artistique classique.

Pour en savoir plus sur la biographie de l’auteur, je vous recommande le site attrayant et détaillé de la fondation. Je ne pourrais pas mieux faire!
Et bien sûr, pour ceux qui ont la chance de disposer de temps libre en semaine (la Fondation de Paris est fermée le week-end pour ne pas gêner les copropriétaires, hostiles au public marchant sur ses plates-bandes), ne manquez pas de visiter ce lieu regénérant.

Pour marque-pages : Permaliens.

Une réponse à Un lieu retiré et intime: la Fondation Dubuffet à Paris

  1. Andrea dit :

    Salut,

    je vous écris d’une plateforme touristique et culturelle, qui est actuellement en train d’être construite sous forme d’application et bien-tôt aussi de site web. En ce moment, je prépare le contenu pour les alentours de Paris et pendant ma recherche, je suis tombée sur votre site. J’aimerais donc vous demander si vous pourriez peut-être nous envoyer und photo de la Fondation Jean Dubuffet que nous pourrions utiliser pour son illustration (avec votre nom comme Copyright). Nous l’offririons également gratuitement et l’utiliserions uniquement pour la promotion de la région. Nous pouvons également placer un lien de votre site à la fin du texte, si vous le souhaitez.

    Merci en avance et un bonjour de l’Autriche :-)
    Andrea pour l’équipe de recherche OROUNDO

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