Le Théâtre des Émotions

Dürer, Fragonard, Courbet, Toulouse-Lautrec, Picasso, Schiele, Dalí…

Jusqu’au 21 août 2022

Musée Marmottan Monet, 2 rue Louis Boilly, Paris 16e

Le musée Marmottan Monet propose une histoire de la transcription picturale et sculpturale des émotions, du 14e au 21e siècle. Une exposition éclectique avec des oeuvres captivantes !


Johannes Moreelse (1603-1634), Marie-Madeleine repentante, vers 1630. Huile sur bois © Musée des Beaux-Arts de Caen, photographie Patricia Touzard

Des visages inexpressifs du Moyen-Âge (Sainte-Madeleine en pleurs, vers 1525) au Monument (1985) de Christian Boltanski, pyramide de portraits de défunts éclairés par des ampoules, le parcours retrace l’évolution de l’incarnation artistique des émotions à travers le temps.


Maître de la Légende de Sainte Madeleine (actif entre 1483 et 1527) Sainte Madeleine en pleurs, vers 1525. Huile sur bois © The National Gallery, London

À partir du 11e siècle, les émotions se traduisent non par des visages expressifs mais par des objets symboliques : un mouchoir pour la tristesse, une fleur dans la main d’une fiancée et un anneau ou plus prosaïquement un contrat de mariage dans celle du fiancé.

En 1593 paraît la première édition de L’Iconologie de Cesare Ripa, qui offre aux écrivains et aux artistes, un répertoire alphabétique pour transcrire « les vertus, les vices, les sentiments et les passions humaines ».


Philippe de Champaigne (1602-1674), Vanité ou Allégorie de la vie humaine, Première moitié du XVIIe siècle. Huile sur bois © Musées de Tessé, Le Mans

Quelques années plus tard, aux Pays-Bas dominés par la pensée calviniste, la Vanité devient un genre à part entière, chargé de traduire la brièveté de la vie et la vacuité des passions humaines. La nature morte de Philippe de Champaigne relie le végétal, l’animal et le minéral pour traduire avec une force émotionnelle la vulnérabilité de la vie humaine.


Louis Léopold Boilly (1761-1845), L’Effet du mélodrame, vers 1830. Huile sur toile © Ville de Versailles, musée Lambinet

Si le 17e siècle voit apparaître des premiers visages émotifs bien que parfois de manière mystérieuse, telle la Joconde, le 18e siècle va plus loin en intégrant des déformations corporelles pour incarner des sentiments. Louis-Léopold Boilly (dont l’oeuvre est actuellement présentée au musée Cognac-Jay) se fait le chantre des émotions humaines déclenchées par des scènes de théâtre (L’Effet du mélodrame, vers 1830). De même, Fragonard excelle à exprimer le bonheur enfantin ou le désir adultère dans des scènes de libertinage (Le Verrou, 1777/1778).


Claude-Marie Dubufe (1790-1864), La Lettre de Wagram, 1827. Huile sur toile © C. Lancien, C. Loisel /Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Le romantisme, au 19e siècle, se fait le chantre des passions. Claude Marie Dubufe dresse le portrait d’une jeune femme en pleurs, une lettre à la main, apprenant le décès d’un ami, inconsolable malgré la Légion d’Honneur posée au premier plan.


Salvador Dalí (1904-1989), Las Llamas, Llaman (Les Flammes,
ils appellent)
, 1942. Huile sur toile © Collection David et Ezra Nahmad
© Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / Adagp, Paris, 2022

La photographie et la science vont permettre un nouveau répertoire d’expressions, allant jusqu’à la folie (Folie de la fiancée de Lammemoor, 1850, d’Émile Signol). L’entrée dans le 20e siècle est également marquée par deux guerres mondiales, dont l’horreur bouleverse les codes picturaux pour laisser place à des aplats de couleurs et des éclatements de formes violents (Portrait visionnaire d’Hans Richter, 1917 ; Tête de Femme d’Alexej van Jawlensky, 1911). Ou des associations d’images inattendues [Las Llamas, Llaman (Les Flammes, ils appellent), 1942 de S. Dalí).

Passer d’une oeuvre à l’autre, si différentes, peut paraître déroutant mais chacune d’elle est admirable à observer et à comprendre grâce au petit cartel didactique. Il n’était pas gagné d’avance d’assurer cette problématique ambitieuse – pour une salle d’exposition relativement petite – mais les commissaires (Dominique Lobstein et Georges Vigarello) relèvent le défi !

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