Parallax*
Jusqu’au 10 janvier 2027
#StanDouglas
Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, Jardin des Tuileries, Paris 1er
Le Jeu de Paume invite le photographe canadien Stan Douglas (né en 1960 à Vancouver) pour une exposition d’une trentaine d’oeuvres qui illustrent trente ans de carrière. Ses films et photographies traitent du local inscrit dans le global, du passé qui se répète dans le présent, et du rôle de la technologie dans la création des images.

*Le parallaxe définit ce subtil décalage qui existe entre des réalités perçues de manière légèrement différente. C’est ainsi que l’on peut lire la première photographie qui inaugure l’exposition, Crowds & Riots (2008). Une série qui reconstitue quatre rassemblements à Vancouver dont Abbott & Cordova (1971) que l’on peut rapprocher de ce qui s’est passé le 16 octobre 2026 dans les grandes villes françaises.

Idem pour la série 2011≠1848 (2017-2021), qui retrace la vague d’émeutes que connaît Londres (Hackney), les « printemps arabes », Occupy Wall Street et Vancouver à la finale de la coupe Stanley. Devant ces événements historiques qui semblent se répéter, Stan Douglas évoque Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852) de Karl Marx qui avançait que l’histoire se répète d’abord de manière tragique puis comme une farce.

Dans Flame, 1947 (2010), l’artiste utilise l’esthétique du film noir pour jouer des illusions comme dans les tours de magie. Dans Dice, 1950 (2010), il reprend l’iconographie criminelle du cinéma policier pour évoquer la fascination de l’Amérique du Nord pour les scènes de crime dans les années d’après-guerre.

Birth of a Nation (2025) s’inspire du film éponyme de D.W.Griffith qui glorifie le Ku Klux Klan. Dans l’écran central, Stan Douglas retranscrit la scène du lynchage de Gus, soldat noir de l’armée confédérée. Autour, quatre autres écrans rejouent la scène avec deux autres capitaines confédérés, Sam et Tom, Noirs affranchis, qui incarnent une menace pour la femme blanche et finissent également lynchés.
Every Building on 100 West Hastings (2001) constitue une image panoramique de 5 mètres de long, qui dévoiles les façades du bloc 100 de la rue West Hastings, quartier défavorisé à Vancouver. Une référence à la fois directe et à l’opposé d’Every Building on the Sunset Strip (1966) d’Ed Ruscha, qui documentait les riches vitrines du boulevard ensoleillé de Los Angeles.

La série Disco Angola (2012) met en parallèle deux utopies. Celle d’une société multiculturelle qui a émancipé homosexuels, femmes et Noirs, mise en scène dans un pseudo-reportage réalisé par le photographe sur la scène disco underground à New York. Et celle d’une société angolaise libérée de la colonisation.

Entre références cinématographiques, littéraires, musicales, l’oeuvre de Stan Douglas – longuement élaborée en amont – donne à voir des lieux disparus et des scènes historiques tombées dans l’oubli grâce aux images générées par ordinateur. Il fait revivre un passé qui laisse des traces qu’aucune relecture officielle ne pourrait abolir.