Un irrésistible désir de liberté

Jean-Jacques Rousseau à 20 ans de Claude Mazauric
Au Diable Vauvert, avril 2011, 12€

Dirigée par Louis-Paul Astraud, la collection “à 20 ans” aux Editions du Diable Vauvert, permet de s’approprier la biographie d’un auteur sur une tranche d’âge bien choisie, de manière peu assomante, voire passionnante! Ainsi ai-je découvert la jeunesse de Jean-Jacques Rousseau, sous la plume érudite de Claude Mazauric. Rousseau: Julie ou La Nouvelle Eloïse, Du Contrat social, Emile ou l’éducation… Cela rafraîchit ses souvenirs académiques. Mais saviez-vous que Rousseau a également été un compositeur qui a compté pour l’histoire de la musique?


Dans Jean-Jacques Rousseau à 20 ans, Claude Mazauric nous propose de découvrir comment Jean-Jacques est devenu Rousseau. Ce philosophe des Lumières, pas tout à fait comme les autres – Voltaire, D’Alembert, Diderot, Montesquieu & cie. Du fait de sa volonté inébranlable de rester indépendant, ce qui lui vaut quelques querelles avec des personnalités bien en vue comme Jean-Philippe Rameau, et d’une naissance provinciale. Il est né en 1712 à Genève, qui ne lui donne pas accès aux savoirs que l’on disposait alors à Paris. Ville qu’il rejoint en 1742, alors qu’il a 30 ans – soit sur le tard, comparé aux autres grands littéraires de son temps cités ci-dessus qui ont déjà publiés de grandes oeuvres -, et qui lui permettra enfin de “faire carrière”.

L’auteur donne moult détails sur les personnages qui ont façonné la vie de Rousseau, de sa bienfaitrice mère de subsitution Mme de Warrens à sa rencontre passionnelle avec Mme de Larnage. Rousseau finit sa vie avec Thérèse Levasseur, dont on apprend peu de choses hormis qu’elle lui donne autant d’enfants que la Nature veut bien leur accorder mais que le couple remet illico presto à l’Hospice des enfants trouvés! Pour un homme qui prétendait donner des leçons d’éducation, son action ne manque pas de surprendre. De fait, Rousseau était un homme théorique, loin de toute considération pratique.

En atteste sa conception de la musique. Il a connu bien des déboires à ce sujet, même si son Dictionnaire de musique, intégrée à L’Encyclopédie, et son oeuvre musicale Le Devin de village, représentée devant le Roi et la cour au Château de Fontainebleau, font sensation. Cette pastorale sera même au programme de l’Opéra de Paris jusqu’en 1828. Pour autant, “au siècle de Jean-Sébastien Bach, de Vivaldi ou de Jean-Philippe Rameau, Jean-Jacques Rousseau n’est pas devenu le grand compositeur et le théoricien de la musique qu’il a sans doute rêvé d’incarner. Sans être négligeable, ni dénuée d’originalité critique et créatrice, ses compositions en ce domaine ne sont à la hauteur ni des autres parties de son oeuvre, ni des sommets auxquels sont parvenus ses grands contemporains”, écrit Claude Mazauric (p.126).

“Les autres parties de son oeuvre”, c’est à dire sa pensée philosophique. J.-J. Rousseau a été un “philosophe des Lumières critique des Lumières, c’est à dire un philosophe critique tout à la fois des préjugés dominants de son temps, tout comme Diderot, Hume ou Voltaire, mais critique également des mystifications prétendument libératrices et des étroitesses élitaires des philosophes, amis des princes ‘éclairés’ et qui rêvaient de faire le bonheur des humains sans leur concours, voire contre eux!” (p.140).

Et sa pensée politique. Trois siècles avant Karl Marx, Rousseau introduit la notion de compassion, d’altruisme nécessaire à la construction de la société civile, la conscience des réalités des classes pour gérer l’ordre social.

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S’il est un peu abrupte de se replonger dans l’atmosphère de la Révolution française à partir de Genève, Annecy et Chambéry, passer ce cap, ce petit livre érudit se dévore en quelques soirs. A suivre dans la même collection: Marguerite Duras, Proust, Hemingway à 20 ans…

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