Le rêveur de la forêt

Jusqu’au 23 février 2020

Musée Zadkine, 100bis rue d’Assas, Paris 6e

Le musée Zadkine confronte les oeuvres du sculpteur Ossip Zadkine (1888-1967) avec celles d’artistes qui puisent leur source d’inspiration dans la forêt, espace végétal qui abrite un monde animal, ni l’un ni l’autre n’étant domestiqué. Une invitation à une promenade tantôt enchanteresse, tantôt inquiétante dans un monde sylvestre mystérieux dont la survie est aujourd’hui menacée.

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Laure Prouvost (née en 1978), Parle Ment Branches, 2017.
Branches, plâtre, peinture, 160 x 90 cm.
Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia, Paris / Bruxelles
© ADAGP, Paris, 2019
© Bertrand Huet / tutti image

Le parcours s’articule en trois temps, de la lisière de la forêt au bois sacré en passant par la genèse. Il offre à voir une centaine d’oeuvres de supports variés et de temporalité différente.

Séraphine de Senlis (1864-1942, L’Arbre du paradis, vers 1929,
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN- Grand Palais /Jacqueline Hyde.
Service de presse musée Zadkine

L’orée du bois incarne une frontière symbolique et physique entre le monde sauvage et le civilisé. Gauguin, Derain, Picasso la franchissent sans cesse, fascinés qu’ils sont par le modèle de la nature sauvage et l’expressivité des arts primitifs. Face aux Vendanges de Zadkine ou totems de bois imprégnés de leur histoire végétale correspondent le Buste de femme [Fernande] (été 1906) et Nu aux bras levés (été 1906) de Picasso, le visage masque sculpté dans un bois de racine de Félix Gresset (non daté) et un cadre de Jean Dubuffet composé d’une Chaussée boiseuse (1959) qui donne à voir l’essence même du bois, ses scarifications, ses champignons.

La section “genèse” explore la vie dans la forêt, puissance créatrice qui multiplie et diversifie le vivant. Arbre du Paradis (1929) de Séraphine de Senlis ouvre la danse avec un arbre au feuillage touffus, qui illustre la densité de la vie, et “dont les points de couleurs évoquent l’art aborigène”, commente Jeanne Brun (directrice du Fonds Municipal d’Art Contemporain), co-commissaire de l’exposition. Un oeil humain semble se détacher des feuilles.

Même mélange de l’humain et du végétal chez Laure Prouvost qui fait pousser des organes féminins – qu’elle appelle “tentacules sensibles”, précise Noëlle Chabert (directrice du musée Zadkine), co-commissaire de l’exposition – sur de fines branches d’arbres dans Parle Ment Branches (2017). Idem dans Croissance (1938) de Jean Arp, qui produit une forme en plâtre évoquant à la fois un tronc, des bourgeons, ou des os.

Dans l’atelier de Zadkine sont réunis un ensemble d’oeuvres hétéroclites, inspirées des croyances, contes ou résultant de projections fantasmagoriques. A cet instar, le travail de Christophe Berdaguer et Marie Péjus est édifiant. Helena 18, Yann 30, Anna 18, Laure 18 et Boris 29, série Arbres (2008) s’inspirent d’un test psychologique consistant à interpréter le dessin d’un arbre comme traduction de représentations intimes ou inconscientes. Leurs dessins sont ensuite traduits en volume par des impressions en résine. Les formes qui en résultent évoquent des silhouettes familières et étranges à la fois ; “incarnations de l’esprit, impossible à saisir”.

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Créatures sacrées, imaginaires, parfois menaçantes, les oeuvres de cette exposition nous rappellent que l’espèce humaine est partie intégrante d’un milieu, soumis aux lois de dégradation et jusqu’à présent de la regénération. Mais pour combien de temps encore ?

Désolée pour le manque de visuels illustratifs, soumis aux droits de reproduction régis par l’Adagp, et dont seuls deux sont exonérés par article :-(

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