Le culte de l’informe

Croix fétiche Lalla Trubya. Rouagha, Algérie. La croix, orientant le mauvais oeil dans les quatre directions, l'éloigne du but à préserver, les miroirs l'éblouissent, les cinq doigts de la main peuvent le percer. Le regard doit alors se détourner avec horreur (c) musée du quai Branly, photo Michel Urtado / Thierry OllivierRecette des dieux – Esthétique du fétiche

Jusqu’au 10 mai 2009

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Musée du quai Branly, Galerie suspendue Est, accès par le quai Branly ou la rue de l’Université 75007

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Les objets fétiches. Quoi de plus mystérieux que ces formes non figuratives, renfermant des produits magiques, recouvertes de matériaux non nobles mais ô combien sacrificiels? Le musée du quai Branly apporte un décryptage passionnant sur ces objets de divination en provenance d’Afrique. Les BoNkisi, Ashina, etc., nous livrent une partie de leurs secrets…

L’exposition dossier “Recette des dieux, esthétique du fétiche”, s’ouvre sur une photographie d’Henry Moore représentant des femmes alignées, observant une figure fantomatique, lors des bombardements londoniens (1941). A cette image troublante fait pendant une citation de Shakespeare, tirée de Hamlet: “Ne voyez-vous rien là? / La Reine: Rien du tout ; pourtant, tout ce qui est, je le vois” (acte III, scène IV).

Ce prologue introduit la thématique de l’exposition qui analyse le sens caché des objets fétiches, “la grammaire visuelle” de leurs formes, comme l’exprime la commissaire, Nanette Jacomijn Snoep. La jeune femme a souhaité mettre en avant ces objets, certes informes, mais à valeur divinatoire, qui sont habituellement conservés dans les réserves des musées. Nanette cite l’exemple de la Belgique, où un musée les a relégués au sous-sol, dans une allée appelée allerlei – “tout et n’importe quoi”!

Mohara, étui à talismans, dont le couvercle supporte deux cornes de sanglier. Madagascar (c) musée du quai Branly, photo Michel Urtado / Thierry OllivierPourtant, ces condensés de matières végétales (racines, écorces, graines), animales (cornes, cuirs, poils, dents), minérales (pierres, perles de verre, cendre), fragments de corps humain (sang) ou d’objets fabriqués (ciseaux, dés à coudre, aiguilles, clous, cordes) sont loin d’être insignifiants dans la culture africaine.

Créés lors de séances de divination (cf. documentaire en fin d’exposition), les objets fétiches sont métamorphosés pour et par le public participant au culte. Ou entre seuls initiés.

“On ligote pour contrôler (1), on cloue et transperce pour insister avec force sur une demande (2) ou on enveloppe pour soigner des traumatismes (3): façon de faire qui n’est pas bien loin de certains artistes occidentaux de la seconde moitié du XXe siècle soignant leurs blessures, après la catastrophe de la seconde guerre mondiale”, résume N. Jacomijn Snoep.

Bo, amulette. Bénin (c) musée du quai Branly, photo Michel Urtado / Thierry Ollivier(1) Objet magique Bo (Bénin)
Le devin enchevêtre des cordes sur des matériaux comme ici sur une mâchoire humaine, liée à une tête d’iguane, pour dompter les puissances et se contrôler soi-même.

Nkisi Nkondi Kozo, statuette zoomorphe magique (c) musée du quai Branly, photo Hughes Dubois(2) Statue magique Nkisi (Congo)
Fétiche à clou représentant un chien, perçu comme un médiateur entre les vivants et les morts. Les chiens sont capables de voir les esprits invisibles et d’attraper les sorciers. Après avoir été léchés, des clous ou autres objets métalliques pointus sont plantés dans le nkisi. Pour le fâcher afin de l’inciter à incarner la souffrance qui frappera une victime désignée.

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(3) Objets magique Ashina (Bénin)
Lors de la cérémonie de Gozin, des offrandes à la divinité de la mer sont organisées sur la plage. Puis l’eau salée est transportée en ville par des prêtres vodun portant des jarres sur la tête et des ashina sur les épaules. Les ashina sont des paquets enveloppés de nombreuses couches d’étoffes et surmontés de plumes. La technique de l’enveloppement a valeur de pansement, de baume réparateur de traumatismes.

Chaque objet fétiche révèle ainsi une histoire locale, celle d’hommes se protégeant contre les puissances maléfiques mais aussi les maladies ou les catastrophes naturelles. Ils expriment leur crainte face au chaos du monde.
L’esthétique du fétiche apparaît indissociablement liée à la peur. Ce pourquoi les objets sont portés sur soi (collier ody à Madagascar ou kpoglokpo au Togo), parfois secrètement (grigris), dans les champs ou à l’entrée du village (cf. statues legba au Togo et au Bénin qui jouent le rôle de gardiens).

Une exposition très bien montée et fascinante qui se termine sur la collection d’André Breton de verres fondus par l’éruption du Mont Pelé (1902). Ces objets métamorphosés par la nature acquièrent aux yeux du Surréaliste une valeur supplémentaire. Leur allure difforme semble leur conférer une essence divine. Une idée excellente pour conclure, en créant un lien entre les arts occidental et non-européen. Le musée du quai Branly ou l’art de faire dialoguer les cultures!

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