Préhistoire

Une énigme moderne


Ami Drach and Dov Ganchrow, BC-AD; contemporary flint tool design © Ami Drach and Dov Ganchrow © Centre Pompidou, Mnam / Cci, photo : Audrey Laurans / Dist. RMN-GP

Jusqu’au 16 septembre 2019

Centre Pompidou, Niveau 6, Galerie 1,Paris 4e

Le Centre Pompidou présente une mise en parallèle entre art préhistorique et art moderne ; une thématique inattendue et passionnante !

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La Montagne Sainte-Victoire vue des carrières de Bibémus, 1898-1900. Huile sur toile
© The Baltimore Museum of Art/Photography By : Mitro Hood

Le parcours débute dans la pénombre par la présentation d’un crâne de Cro-Magnon avant de poursuivre sur les dessins de Rochers (1883/84) d’Odilon Redon et des huiles de Paul Cézanne. Le père des modernes était fasciné par les avancées en géologie, que lui transmet son ami historien Antoine-Fortuné Marion. Cézanne traduit picturalement leurs conversations en représentant les mouvements tectoniques de l’arrière pays auxois, au pied de la montagne Sainte-Victoire (Dans les carrières de Bibémus, 1893).

“L’art moderne se développe à l’époque de la théorie alors innovante de la notion de stratotype (plus on creuse dans la terre, plus on remonte dans le temps)”, explique Rémi Labrusse, un des trois commissaires de l’exposition, “L’époque a également du digérer l’idée d’une Terre sans homme mais peuplée d’animaux, de l’origine lointaine de l’espèce humaine et de sa disparition sous certaines formes.” D’où la fascination partagée par les artistes modernes avec cet avant mystérieux, non écrit, hors de l’Histoire.


Yves Klein, Anthropométrie-ANT 84, 1960 © Succession Yves Klein c/o Adagp, Paris 2019
Photo : Muriel Anssens / Ville de Nice

Les Modernes étudient ainsi les formes animalières et le corps de la femme ancestrale, à la face ventrale voluptueuse, telle la “Vénus dite de Lespugue” (vers 23.000 avant J.-C.). Après Anthropométrie-ANT 84 (1960) d’Yves Klein, imprégnée d’art pariétal, de nombreux bustes de femmes et de galets gravés de Picasso témoignent de cette fascination charnelle. On découvre également dans cette salle des oeuvres d’artistes que l’on n’attendait pas comme les moulages en plomb de Joseph Beuys.

Avant de passer à une nouvelle zone d’ombre – la caverne -, on admire l’art des graffiti inventés par Brassaï, ceux de Paul Klee (Les signes s’épaississent, 1932), les décorations gravées sur cinq baguettes d’il y a 15.000 ans et la main sculptée sur marbre blanc de Giacometti.

La section “caverne” comprend notamment une gigantesque fresque d’hommes et d’animaux (1929) de Leo Frobenius. Ainsi que l’imaginaire de la source de l’humanité selon Amédée Ozenfant (La grotte aux baigneuses, 1930/31).


Richard Long, Snake Circle, 1991. Gneiss (pierre) © Adagp, Paris 2019
Photo : Anaïs Sibelait, Mairie de Bordeaux

Après une oeuvre de Louise Bourgeois réalisée après sa visite des grottes de Lascaux, le visiteur arrive au temps du néolithique, symbolisé par les mégalithes. Comme l’illustre la toile à connotation politique de Caspar David Friedrich (Mégalithe en automne, vers 1820), dans laquelle un mégalithe est suspendu au-dessus d’un paysage romantique (allusion à l’unité allemande ancestrale face à l’impérialisme français). Un peu plus loin le Cercle-Serpent (1991) de Richard Long fait face au relevé de dalles gravées du Cairn de Gavrinis (Morbihan, 1866) d’Abel Maître.

Au début du XXe siècle, la science-fiction et les reconstitutions préhistoriques donnent jour à une culture pop de la préhistoire, peuplée de dinosaures autant que d’être fantastiques du futur.

Le parcours se termine sur des statuettes des îles des Cyclades (2700-2300 avant J.-C.) face aux Structures du temps (1991/92) de Giuseppe Penone, composées de cinq sculptures en terre cuite, bois et liane, posées sur le sol tels des animaux rampants. Vers la fin prochaine de l’existence humaine, adepte de l’auto-destruction ?

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Entre oeuvres modernes et préhistoriques, il est parfois difficile de faire la différence tant les artistes ont été inspirés par l’imaginaire du temps des origines ! La confrontation d’oeuvres est passionnante, la scénographie (Pascal Rodriguez) ingénieuse ; un must-see de la saison !

A noter : le Centre Pompidou remplace ses audio-guides par un service de podcasts, à télécharger gratuitement ou à écouter en streaming (Les Visites du Centre Pompidou et Un podcast, une oeuvre).

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