De laque et d’or

Manuscrits de Birmanie

Jusqu’au 23 janvier 2012

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Musée Guimet, 6 place d’Iéna 75116

Je n’avais encore jamais visité la bibliothèque du musée Guimet. L’exposition sur les manuscrits birmans du XIXe siècle m’en a donné l’occasion et j’en suis fort aise! Non seulement, ces ouvrages laqués et dorés sont exceptionnels d’un point de vue historique et esthétique, mais le lieu en lui-même, conservant son architecture d’origine, est une curiosité à découvrir.

Outre les livres laqués, l’exposition présente des manuscrits gravés sur olles (feuilles de palmiers) et des ouvrages écrits à l’encre sur du papier traditionnel plié en paravent (les parabaik).
Quand on considère la fragilité de la feuille de palme, on se rend compte de la rareté des ouvrages exposés qui remontent, pour les plus anciens, à la fin du XVIIe siècle.

Ces livres manuscrits – à différencier des livres imprimés, qui sont des productions occidentales – consignent la litérature religieuse ou profane, les traités médicaux et pharmaceutiques, les documents d’archives et les actes officiels. Plus le commanditaire est important, plus la laque et la dorure en imposent! Comme l’attestent les propos du diplomate anglais Michael Symes envoyé à Ava (ancienne capitale du royaume birman) qui, déjà, était impressionné par la finesse de l’ornementation des manuscrits et la rondeur de l’écriture birmane. En particulier pour les kammavâcâ – ces manuscrits typiquement birmans offerts aux moines à l’occasion de leur ordination plénière – où l’écriture pali (langue écrite religieuse) est dite en “graine de tamarin”.

Le manuscrit commun est constitué, pour sa part, de palme découpée en longs rectangles, empilés et maintenus par une cordelette. Le corps de l’ouvrage est protégé entre deux planchettes de bois (les ais). Le texte est incisé au moyen d’un stylet métallique. Pour que le texte se détache sur le fond châtain clair de la palme, les incisions sont remplies d’une poudre charbonneuse.

Les parabaik sont des livres formés de feuilles de papier pliées en accordéon. Ils peuvent être enduits d’une teinture noire, sur laquelle on écrit à la stéatite (roche tendre, principalement constituée de talc), à la manière d’une craie sur une ardoise. Ces ouvrages servaient de brouillons, avant que le texte ne soit mis au propre grâce à la gravure sur palme.

Un troisième type de manuscrit – fort original – est exposé. Le support en est une défense d’ivoire, dont l’usage reste encore mystérieux aujourd’hui, et qui est entièrement incisée de formules répétées. “On ne sait pas si le texte était visible à l’origine ou s’il a été dissimulé et qu’il est de nouveau apparent du fait de l’usure de la laque”, précise le commissaire de l’exposition, Francis Macouin.

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Que nous apprennent ces livres? Ils révèlent la culture de cour, raffinée et codifiée; la puissance militaire et politique du royaume birman (cf. la part consacrée à l’éléphanterie dans les parabaik); l’art de la laque, et enfin, le rôle considérable de la foi bouddhique et des moins dans la culture du pays.

Artistiquement travaillés, ces ouvrages, connus jusqu’à présent des seuls chercheurs, sont un ravissement à découvrir.

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