Médecines d’Asie

L’art de l’équilibre

Jusqu’au 18 septembre 2023

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Musée Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e

Le musée Guimet consacre une grande exposition sur les trois médecines d’Asie : indienne (ayurvédique), chinoise, et tibétaine. Bouddhas, textes anciens, pharmacopée, et chamanisme, vous entraînent dans un voyage hors du temps et de nos frontières.


Purusha, Népal, daté 1806. Détrempe sur toile. Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Michel Urtado

Le parcours débute par une présentation d’oeuvres qui évoquent la circulation des flux énergétiques vitaux (le fameux chi en chinois), fondement commun des trois médecines asiatiques. Selon elles, le praticien doit veiller à la bonne circulation de l’énergie dans le corps, les points de blocage étant signe de déséquilibres, i.e. de maladies. Des corps traversés par les lignes qui relient les méridiens ou des bouddhas représentés avec les sept chakras occupent une grande partie de cette section.

Yakushi-nyorai (Bhaishajyaguru, « le Maître des remèdes ») Japon, 19e siècle; Bois laqué, doré et peint. Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Les médecines asiatiques bénéficient d’une dimension spirituelle. Le bouddhisme et l’hindouisme, en particulier, font appel à de nombreuses divinités de la guérison. Le culte de la déesse Hariti (Kishimojin, au Japon), une ogresse pacifiée par le Bouddha, protège les enfants. En Inde, Mariyammai tient éloignée de la variole. Dans le taoïsme, la Dame de jade du mont Taishan est la nourrice divine des nouveau-nés.

Traité d’acupuncture en langue thaï, Thaïlande, 19e siècle.
Encre sur papier. Photo (C) BnF, Dist. RMN-Grand Palais / image BnF

À l’inverse de la médecine allopathique occidentale qui soigne après coup, la médecine orientale intervient en amont. Mais elle a également développé des diagnostics et des traitements, notamment l’acupuncture et la moxibustion – des cônes ou bâtonnets de poudre d’armoise sont brûlés et appliqués sur les méridiens ou les organes bloqués. Cette section présente de superbes contenants (flacons, armoire de 90 tiroirs à pharmacopée) et de surprenants contenants : plastrons de tortue, geckos, et serpents séchés ! Le premier est conseillé contre le traitement de la douleur des os, le deuxième contre l’asthme et la toux, le troisième contre les rhumatismes et le mal de gorge… Du point de vue des aliments, on retrouve 4 plantes essentielles, toutes anti-inflammatoires : le curcuma (Inde), l’armoise (Japon), le ginseng (Corée), le chèvrefeuille (Chine).

Postures de yoga. Inde, Andhra Pradesh ou Tamil Nadu, vers 1820. Gouache sur papier. Photo (C) The Trustees of the British Museum, London

Le yoga et les massages font partie de la prévention contre les déséquilibres internes. Ils n’ont rien à voir avec les massages « bien-être », proposés par les instituts de beauté occidentaux. « Le massage des organes internes comme pratiqué dans le tui nua (massage ancestral chinois) n’a rien d’une partie de plaisir », commente Aurélie Samuel, une des trois commissaires de l’exposition, qui parle en connaissance de cause !

Amida-nyorai (Amitabha) formant le « sceau de la concentration », Japon, 19e siècle. Bois doré et peint. Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Les médecines asiatiques proposent une approche holistique, qui relie le patient à l’ensemble de l’univers. Elle est incarnée par la méditation, proposée dans un petit espace devant un buddha géant, en bois peint doré, dont les les doigts forment le sceau de la concentration.

Masque Mahakola Sanni Yaka (ou Rajamulla Sanni Yaka), Sri Lanka, 19e siècle. Bois peint, cheveux. Photo (C) Pitt Rivers Museum, University of Oxford

On passe ensuite de l’autre côté de la force avec le chamanisme coréen et l’exorcisme. Astrologie, charmes, rituels, amulettes et vêtements talismaniques, permettent de lutter contre les affections de l’âme.


Mannequin d’acupuncture. Chine, dynastie Qing, 18e siècle. Papier et carton, laqué et peint. Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

La fin du parcours évoque les influences médicales entre l’Orient et l’Occident depuis le 16e siècle. Des ouvrages encyclopédiques recréent l’ambiance des bibliothèques anciennes. Un long rouleau peint japonais (huit mètres) illustre la dissection scientifique d’un condamné à mort ; il témoigne de la volonté orientale de comprendre l’approche de la médecine occidentale. En miroir, un mannequin d’acupuncture, rapporté en Europe au 17e siècle, traduit l’intérêt des Occidentaux pour les techniques de soins asiatiques. Aujourd’hui, les hôpitaux comme celui de la Pitié Salpêtrière ont ouvert un département de médecine chinoise et envoie leurs patients faire des cures ayurvédiques en Inde !

Des oeuvres splendides, intrigantes, pour aller plus loin que les nombreuses incitations au feel good qui germent partout en ce moment autour de nous !

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