Pratiques étranges dans l’atelier d’artiste

Anonyme, Italie, Mannequin néoclassique, vers 1810 © Comune di Bergamo - Accademia CarraraMannequin d’artiste, mannequin fétiche

Jusqu’au 12 juillet 2015

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Catalogue de l’exposition : 

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Musée Bourdelle, 18 rue Antoine Bourdelle, Paris XV

Après huit mois de travaux, le musée Bourdelle rouvre ses portes sur une exposition qui révèle un secret d’atelier : le rôle du mannequin dans les compositions picturales et le jeu trouble qu’entretient l’artiste avec ce substitut du modèle vivant.

A travers une scénographie fondée sur la thématique théâtrale, le parcours relate l’histoire du mannequin d’artiste. Dès la Renaissance, il permet au peintre ou au sculpteur de faire des essais de compositions et de travailler les proportions anatomiques ou le rendu des drapés.

Après les Gliederpuppen (poupées articulées) de fabrication allemande ou autrichienne des XVIe et XVIIe siècles, Paris s’impose comme la capitale du mannequin perfectionné. Non seulement, il possède une ossature interne de bois ou de métal offrant une souplesse comparable à celle du corps humain, mais il dispose également d’une finition externe imitant l’apparence des muscles, de la chair, de la peau et des traits du visage. Ces mannequins parisiens rembourrés (avec du crin de cheval, du lège, de la fibre de coco) étaient uniques et demandaient souvent plus d’un an de travail.

Robuste, obéissant, silencieux – par rapport au modèle vivant ! – le mannequin d’artiste tient la pose sans se fatiguer.  Michel-Ange, Titien, Poussin, Gainsborough, Degas, Courbet, les préraphaélites, Cézanne, etc., ont tous usé de cet accessoire.

Mais bientôt les voix critiques s’élèvent contre les poses anti-naturelles des personnages « mannequinés » (cf. la posture guindée de Heneage et Lucy Lloyd peints par T. Gainsborough, vers 1750).

Thomas Gainsborough. Heneage LIoyd et sa sœur Lucy, vers 1750 © Fitzwilliam Museum, Cambridge

« En fait, la condamnation du mannequin était aussi celle de la tradition académique, de plus en plus contestée au XIXe siècle – en France notamment – à mesure que le courant du réalisme s’imposait en peinture », commente une des commissaires de l’exposition, Amélie Simier (conservateur en chef du Patrimoine, directrice des musées Bourdelle et Zadkine).

Si le mannequin était donc caché, un secret d’artiste, il devient progressivement, à partir du XIXe, siècle le sujet même de la peinture. Il apparaît ainsi coincé entre un miroir et un buffet, au milieu de toiles non encadrées, dans une photographie prise par Eugène Feyen (1815-1908) de l’atelier de G. Courbet à Ornans. Plus tard, dans Reposing II d’Alan Beeton (1880-1942), le mannequin trône sur une chaise au beau milieu de la pièce et constitue le sujet principal de la toile.

Alan Beeton. Sans Titre, Reposing II, vers 1929 © Beeton Family Estate

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Beeton s’est sûrement inspiré de la peinture métaphysique de Giorgio de Chirico (1888-1978), qui dresse des mannequins – prenant l’allure d’accessoires fétiches – dans des paysages crépusculaires de cités antiques. Idée que l’on retrouve dans la photographie du couple de bois de Lydia et les mannequins de Man Ray (1890-1976) .

Man Ray, Lydia et les mannequins, 1932 © MAN RAY TRUST / ADAGP, Paris 2015

 Le parcours m’a fait penser à une composition littéraire, avec introduction, développement et ouverture. Si le propos m’a paru un brin trop démonstratif, j’ai découvert avec l’intérêt l’histoire de ces mannequins d’artiste à “l’inquiétante étrangeté ” (Freud).

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