Les contes étranges de N.H.Jacobsen

Jusqu’au 31 mai 2020

Musée Bourdelle, 18 rue Antoine Bourdelle, Paris 15e

Le musée Bourdelle présente pour la première fois en France les oeuvres du sculpteur et céramiste danois Niels Hansen Jacobsen (1861-1941), qui a vécu à Paris au temps d’Antoine Bourdelle (1861-1929). Son univers symboliste est fascinant.

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Henriette Hahn-Brinckmann (1862-1934), Crépuscule : portrait du sculpteur Niels Hansen Jacobsen, vers 1900-1904. Gravure sur bois à six couleurs Vejen, Vejen Kunstmuseum, Danemark. Photo : Pernille Klemp

Le parcours se concentre sur les oeuvres de Hansen Jacobsen réalisées durant ses années parisiennes (1892 à 1902). La capitale française est alors avec Bruxelles, et avant la Sécession viennoise, le berceau du symbolisme. Un mouvement qui considère que l’art ne se réduit pas à la représentation de la nature ; chaque son, couleur, vision crée un code qu’il s’agit de déchiffrer.

Jean Carriès (1855-1894), Masque aux lèvres serrées dit aussi Masque faisant
la moue,
vers 1887. Grès émaillé. Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Photo © Philippe Ladet/ Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris/ Roger-Viollet

L’atelier du Danois se situe au 65 boulevard Arago (Paris 13e), à la Cité Fleurie. Il a pour voisins le céramiste et collectionneur Paul Jeanneney, le sculpteur et céramiste Jean Carriès, l’illustrateur et affichiste Eugène Grasset. Cette amitié fait naître une émulation mise en valeur dans l’exposition à travers les pièces de chacun des artistes précédents, sans oublier celles du maître des lieux, Antoine Bourdelle !

Niels Hansen Jacobsen, Troll qui flaire la chair des Chrétiens. Bronze, 1896.
Dans l’exposition : Valby, Jesuskirken, Danemark Exemplaire photographié ici : Ny Carlsberg Glyptothek, Copenhague
Photo : © Pernille Klemp

Les sculptures d’Hansen Jacobsen sont imprégnées de la mythologie nordique. Comme en atteste son Troll qui flaire la chair des chrétiens (1896), d’autant plus impressionnant qu’il est positionné sur un socle en hauteur et nous domine de toute son “inquiétante étrangeté” (Sigmund Freud, 1919).

Niels Hansen Jacobsen (1861-1941), Ensemble de coupes, vases, pots, chandelier et presse-papier, vers 1896-1903. Grés émaillé, certains rehaussés d’éléments métalliques (alliages d’étain et de plomb). Vejen, Vejen Kunstmuseum. Photo © Pernille Klemp

Les céramiques de Hansen Jacobsen sont tout aussi étranges. Il pratique dès 1894 le grès émaillé, matière qui assure le contrôle de sa fabrication du modelage à la cuisson en passant par l’émaillage (contrairement au bronze et au marbre qui requièrent respectivement l’intervention d’un fondeur ou d’un praticien). Des pots s’écoulent des flots comme de la lave jaillissant d’un cratère. Il peut également ajouter des agrégats de matières pour représenter de la mousse ou du lichen.

Arnold Böcklin, Bouclier avec le visage de Méduse
ou Tête de Méduse
, 1897. Relief en papier mâché peint et doré. Paris, Musée d’Orsay, achat, 2007 © Photo : RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

La section suivante présente une succession de masques, formes recherchées par les artistes pour leur capacité à condenser des sentiments (Masque aux lèvres serrées de Jean Carriès, vers 1887) et des symboles. Citons notamment le Bouclier avec la visage de Méduse (1897) d’Arnold Böcklin, masque hybride à la fois effrayant et symbole de protection, affiché sur les temples grecques et le bouclier d’Athéna.

Antoine Bourdelle (1861-1929), Marteau de porte, Tête de Méduse, 1925. Plâtre. Paris, musée Bourdelle © Photo : Studio Sebert

De son côté Antoine Bourdelle livre un Marteau de porte en forme de Méduse pour le pavillon de la maison Fontaine de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Il imagine la main de Persée tenant les cheveux serpentesques de Gorgone. A chaque fois qu’un visiteur appuie sur le marteau de porte, il répète la mort de la Méduse !

Niels Hansen Jacobsen (1861-1941), La Mort et la Mère, 1892. Bronze. Vejen, Vejen Kunstmuseum, Danemark. © photo : Pernille Klemp

La dernière section présente des chefs d’oeuvre de l’Art nouveau, dans lesquels la femme devient un symbole érotique envoûtant mais maléfique. Dans la Femme au chapeau noir (vers 1898-1900), Georges de Feure transpose depuis une image publicitaire une élégante Parisienne en “Fleur du Mal”. Hansen Jacobsen, lui, interprète l’arabesque (motif fétiche de l’Art nouveau) en une forme féminine repliée sur elle-même – une mère dont la Mort vient de prendre son enfant.

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Des oeuvres souvent inquiétantes mais riches en symboles et en motifs ornementaux qui plongent le visiteur dans un monde onirique troublant. A découvrir !

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