Devenir artiste

Figure d’artiste – Jusqu’au 29 juin 2020
Musée du Louvre, Petite Galerie !, Paris 1er

Le rêve d’être artiste – Jusqu’au 6 janvier 2020
Palais des Beaux-Arts de Lille, Place de la République, Lille

Je couple ici deux expositions qui abordent une même thématique : comment l’artiste est passé du statut d’artisan à celui d’artiste. La première, “Figure d’artiste”, se déroule à Paris dans la galerie “familiale” et scolaire du musée du Louvre. La seconde, “Le rêve d’être artiste”, est présentée à Lille, en coopération avec la Réunion des Musées Nationaux. L’occasion de sortir de Paris, si besoin en était, pour les vacances de la Toussaint!

Publicité

Albrecht Dürer, Portrait de l’artiste tenant un chardon, 1493.
Parchemin collé sur toile (c) RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Thierry Ollivier

Ces deux expositions à taille humaine (40 oeuvres pour la première, une centaine pour la seconde) abordent la mutation du statut de créateur anonyme à celui d’artiste reconnu à partir de la Renaissance. Au point de devenir – pour certains – un super héros.

Les deux expositions mettent en avant le rôle de la littérature dans cette mutation. La Petite Galerie a disposé des cartels sous forme de livres, tandis que l’ensemble du parcours de l’exposition “Le rêve d’être artiste” est conçu comme un livre ouvert avec des toiles disposées en éventail et des mini cartels didactiques placés au-dessus de chacune des oeuvres (cartels que l’on peut également écouter sur son smartphone grâce à une application gratuite dédiée).

Maître Alpais, orfèvre actif à Limoges au XIIIe siècle ap. J.C., vers 1200. Cuivre émaillé et doré (c) RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Dès l’Antiquité, certains artisans revendiquent leur savoir-faire. Tel le chef des artisans Irtysen qui dédie une stèle au dieu égyptien des morts Osiris et signe son oeuvre. Au Moyen-Age, l’orfèvre Maître Alpais signe de son nom l’intérieur d’une ciboire (vers 1200 ap. J.-C.). Quant à Jean de Bologne, il inscrit son nom sur le bandeau de la tête du centaure qui enlève Déjamine pour le distinguer d’une série de tirages produits par son atelier. La signature devient un gage d’authenticité, une valeur marchande, et parfois même l’oeuvre elle-même (Le Mystère Picasso, 1956, de Henri-Georges Clouzot).

Marina Abramović, The Hero, 2001
Photographie d’artiste 1/3
Saint-Etienne, MAMC de Saint-Etienne Métropole © ADAGP Paris 2019 / photo Cyrille Cauvet / Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole

Pour témoigner de l’élévation de leur statut, les peintres s’auto-représentent, à l’image de l’aristocratie et de la royauté. L’artiste se choisit comme motif unique. Albrecht Dürer tient un chardon dans la main droite (1493) qui pourrait symboliser la couronne d’épines du Christ. Marina Abramovic se dresse sur un cheval blanc, vue de profil, tenant un étendard. Vision qui rappelle les statues royales équestres (The Hero, 2001).

C’est grâce à la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648, placée sous la protection du roi Louis XIV, que les artistes peuvent s’émanciper des corporations de métiers et des commandes imposées pour créer “librement”. Ainsi, d’arts mécaniques, les peinture, sculpture et architecture acquièrent le statut d’arts nobles dit libéraux. Pour être admis à l’Académie, il faut présenter un “morceau de réception”. Une quinzaine de femmes sont admises mais elles n’ont pas le droit de peindre d’après des modèles vivants et doivent se cantonner à des sujets de maternité et des natures mortes.

François-Joseph Heim, Charles X distribuant des récompenses aux artistes exposants du Salon de 1824 au Louvre, le 15 janvier 1825. Huile sur toile
(c) RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

En 1682, le roi quitte le palais du Louvre pour Versailles. Les lieux sont dès lors occupés par les artistes qui peuvent y copier les maîtres. Le Salon carré ouvre annuellement au public pour y présenter les oeuvres des membres de l’Académie (Charles X distribuant des récompenses aux artistes exposant du Salon de 1824 au Louvre, 1825, de François-Joseph Heim). Un atelier aux Batignolles (1870) de Henri-Fantin-Latour présente l’atelier de Manet et introduit des nouveaux personnages qui vont faire évoluer le marché : le marchand d’art et le critique. Tous deux vont progressivement supplanter les diktats de l’Académie royale de peinture et de sculpture, devenue l’Académie des beaux-arts, après la Révolution française (1793).

Publicité

Jean-Baptiste Siméon Chardin, Le singe-peintre, vers 1735. Huile sur toile
Chartres, collection du musee des Beaux-Arts de Chartres, transfert de l’Etat a la Ville de Chartres février 2009 © Rmn-Grand Palais / Daniel Arnaudet

L’exposition de Lille mixe les oeuvres passées et contemporaines, tandis que celle du Louvre se concentre sur sa collection permanente et ne présente pas d’oeuvres au-delà du XIXe siècle. La première va plus loin en évoquant la vie des artistes non reconnus (“Splendeurs ou misères ?”).

Les deux sont très bien conçues, tant d’un point de vue didactique que de leur mise en scène. A découvrir !

Taggé .Mettre en favori le Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *