La mode d’YSL: une invitation au voyage

Affiche de l'exposition Voyages Extraordinaires, Fondation Pierre Bergé - Yves Saint LaurentVoyages Extraordinaires

4 octobre 2006 – 15 avril 2007

Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, 5 avenue Marceau 75116 (accès public au 3 rue Léonce Reynaud)
01 44 31 64 31

La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, ouverte depuis 2002 avenue Marceau (16è arrondissement), présente une collection exotique du créateur du smoking, inspirée des couleurs et matières de son pays natal – l’Algérie. Ainsi que de ses multiples voyages à travers les 5 continents.

Croquis, collection Afrique - (c) YSLL’Afrique, l’Espagne, le Maroc, l’Inde, la Russie, la Chine et le Japon sont à l’honneur de cette collection cosmopolite présentant de très belles pièces, tantCroquis, collection Indes - (c) YSL au niveau du style que du raffinement des matières précieuses utilisées – patelot de damassé or bordé de renard (collection Chine), velours de soie rouge brodé de jais (collection Russie), cape de gazar violet brodée de bougainvillées (collection Maroc), mousseline et velours de soie, organdi, etc.

Croquis, collection Chine - (c) YSLEt toujours cet accompagnement qui habille le mannequin: des bottes en velours noir à l’intérieur doré (collection Chine), une coiffure symbolique du paysCroquis, collection Afrique - (c) YSL – le chignon en hauteur tel celui des Chinoises ou des geishas, des boucles d’oreilles en perles colorées à l’image du bustier de perles recouvrant un corps africain, un porte-cigarette rouge assorti au ruban de dentelle entourant la cheville (collection Espagne)…L’élégance jusqu’au bout des pieds, l’importance du détail qui apporte une touche personnelle et perfectionniste.

Yves Saint Laurent doit sa carrière à Christian Dior, qui lui ouvre les portes de son atelier en 1954. Né à Oran, en Algérie, YSL arrive à Paris à l’âge de 18 ans et s’inscrit à l’école de la Chambre syndicale de la Haute Couture. Il est tout de suite repéré par C. Dior qui en fait son assistant. A la mort de son “maître”, YSL reprend la maison (1957), avant de rencontrer Pierre Bergé (1958) et d’ouvrir leur propre maison de couture (1961). Un an plus tard, YSL présente sa première collection au 30bis rue Spontini (16è).
En 1966, il crée le smoking, qu’il ose faire porter aux femmes – un scandale pour l’époque! Ce qui ne l’empêche pas de recevoir de nombreux prix récompensant son travail (1966, 1982). Il est même décoré de la Légion d’honneur (1985).
Le créateur de mode s’intéresse également au théâtre, dessinant les costumes des ballets de Roland Petit (La Rose malade) ou de Peter Handke (La Chevauchée sur le lac de Constance).
YSL lance son premier parfum – Rive Gauche – en 1971, et son parfum phare – Opium – en 1977.
Bientôt les rétrospectives s’enchaînent dans les musées étrangers, en premier lieu au MoMA (1983) – c’est la première fois qu’un artiste vivant expose dans le célèbre musée new yorkais – puis en Asie (Pékin, Moscou, Australie, Tokyo), et enfin à Paris, au Centre Pompidou (2002).

Croquis, collection Espagne - (c) YSLUne exposition qui ravit les yeux et comblera celles (ou ceux!) sensibles à l’élégance vestimentaire. Plus que des vêtements de prêt à porter, ces modèlesPhoto des collections Espagne & Indes - (c) YSL/Agence Angeli s’apparentent à des chefs d’oeuvre artistiques à part entière.

Pour finir, voici un très beau poème que l’Académicien Erik Orsenna a dédié à YSL.

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Qu’est-ce que créer ?
par Érik Orsenna de l’Académie française

Qu’est ce qu’une robe ?
Un morceau de tissu qui des regards ou du froid protège le corps d’une femme.
Qu’est-ce qu’une robe de Saint Laurent ?
Un appel, la porte d’un royaume, un air de danse, une distance aussi, elle ne sortira pas sitôt de sa réserve, une souveraineté.
Qu’est ce qu’une blouse ?
Une ample chemise de toile grossière, un vêtement de travail.
Qu’est ce qu’une blouse de Saint Laurent ?
Un flou, un parfum, un clin d’œil, une fenêtre pour la peau.
Qu’est ce qu’un smoking ?
« Un vêtement de cérémonie que les hommes portent lorsque l’habit n’est pas de rigueur.»
Qu’est ce qu’un smoking de Saint Laurent ?
La demeure provisoire d’une femme, son effronterie, sa décision de ne s’en jamais laisser conter.
Qu’est ce qu’une saharienne ?
Une veste de toile ceinturée à manches courtes, d’origine militaire.
Qu’est ce qu’une saharienne de Saint Laurent ?
Un modèle pour passantes ; si vous avez quelque goût pour les méharées urbaines, suivez-moi donc, jeune homme.
Souvenez-vous. Enfants, nous jouions à un jeu. Il fallait, par un trait, relier des chiffres : le 1 au 2, le 2 au 3… Et peu à peu, sur la page blanche du journal Tintin ou Mickey ou Spirou, un visage surgissait.
Le souvenir de cet amusement, que j’appréciais fort, ne me quitte pas. Alors, souvent, comme autrefois, je commence un parcours. Essayez. Fermez les yeux et souvenez-vous. Sortez de votre mémoire les robes, les blouses, le smoking, la saharienne. Passez de l’une à l’autre. Et peu à peu, comme dans le jeu, un miracle surgira qu’on pourrait bien appeler la liberté d’une femme.
D’année en année, cette liberté s’étend. Elle franchit les frontières, elle saute par-dessus les rideaux de fer, les grandes murailles, les bras de mer, les barrières montagneuses. La planète entière se fait terrain d’aventures.
Pour saluer monsieur Saint Laurent, j’ai consulté ma bible, mon coran à moi, le dictionnaire. Le « couturier », en langue française, n’est pas seulement « la personne qui dirige une maison de couture » mais aussi un muscle. Pour être plus précis un muscle fléchisseur de la jambe. En d’autres termes l’un des muscles principaux du mouvement.
Qu’est ce que voyager ?
Accueillir.
Qu’est ce que créer ?
Recréer.
Ce jeune homme nommé Saint Laurent annexe les légendes, mêle les temps, tisse les âges. Les routes se croisent, le lin, la laine, la soie, les perles, les plumes… Une telle gaieté s’empare des étoffes que les couleurs sortent de leur lit, je veux dire de leur métier : elles deviennent parfums et les défilés étals d’épices.
L’enfance, toujours l’enfance… Je me souviens, bambin, d’avoir piaffé d’impatience avant la parution d’un nouvel album d’Hergé. Je ne me demandais pas : quelle histoire va-t-il me raconter ? Mais : où va-t-il m’emmener ? Devenu adolescent, mon interrogation n’avait pas changé : vers quel territoire Monsieur Saint Laurent va-t-il nous embarquer cette fois?
D’abord l’Inde, pour fêter mes quinze ans. Quelques mois durant, je me suis cru
condamné à la triste carrière de banquier. Autrement, comment financer pour ma femme à venir cette robe Maharadjah ?
Puis l’Afrique. Je frissonnai. Si les femmes se vêtissent en léopard, c’est qu’il faut tout craindre de leur cruauté. Effroi, délicieux, confirmé plus tard avec l’apparition de dames à qui le costume de toréador semblait une seconde nature.
Ah ! la Russie, en 1976 ! Sur la place Rouge ne marchait plus seulement Nathalie, mais une toque de fourrure et un manteau en daim, doublé castor lequel s’ouvrait sur une jupe bouffante.
L’année suivante, la Chine. Certains de mes amis, contre tout bon sens, s’acharnaient au maoïsme. Je ne rêvais que de la veste pagode.
Et encore, et toujours le Maghreb, les capes bougainvillées, les djellabas… Les visites au Louvre prennent un tout autre attrait si l’on sait que les femmes d’Alger, certains soirs, descendent du tableau de Delacroix.
« Où est le mystère ? » écrit Victor Segalen en 1917, « Où sont les distances ?
Le Divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C’est donc contre cette déchéance qu’il faut lutter, se battre, mourir peut-être avec beauté ».
Merci, Monsieur Saint Laurent, du fond de l’âme, merci. Contre cette déchéance, personne n’a mieux lutté que vous. Le Divers est l’autre appellation de la liberté.

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2 réponses à La mode d’YSL: une invitation au voyage

  1. alice dit :

    j’adore vos croquis!!!
    ils sont supers

  2. charfedi alya dit :

    je peux rien dire sauf super!!!

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