L’invention du sauvage

Exhibitions

Jusqu’au 3 juin 2012

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Musée du Quai Branly 75007

On a encore du mal à le reconnaître mais il faut avouer qu’ il a été de mode d’exposer des humains pour leurs seuls traits différents de la norme occidentale, au même titre que les animaux “exotiques”. De quoi faire bondir Lilian Thuram, qui s’est emparé du sujet et a prêté son image pour cette exposition présentée au musée du quai Branly.


De la fin du XVe au milieu du XXe siècle, ces femmes, hommes, enfants que l’on appelerait tout simplement aujourd’hui “étrangers” et ceux présentant des anomalies corporelles (nains, géants, siamois, etc.) étaient exhibés à l’occasion de numéros de cirque, de représentations théâtrales, de revues de cabaret, dans les foires, les zoos. Mais aussi, au coeur des expositions universelles et coloniales, dans un objectif de justification de la politique d’expansion impérialiste.

“L’Occident a inventé le ‘sauvage'”, avance Pascal Blanchard, commissaire scientifique de l’exposition. “Ce fut un immense spectacle, avec ses figurants, ses décors, ses imprésarios, ses drames et ses incroyables récits. […] Ce fut le temps du ‘racisme scientifique’, un temps où des hommes venaient voir des ‘monstres’ ou des “exotiques”, non pas pour ce qu’ils faisaient, mais pour ceux qu’ils étaient censés être. Des êtres différents. Des êtres inférieurs. Des Autres…”.

Le phénomène se déploie au cours du XIXe siècle, parallèlement à la politque coloniale. De quelques individus capturés – vous pensez bien qu’ils ne venaient pas de pleine grâce en Europe! – on atteint près de 35.000 figurants concernés dans le monde entre 1800 et 1940. Un spectacle de masse qui a attiré dans le même temps près d’un milliard de visiteurs, de plus en plus avide de sensationnalime. Avant que le soufflé ne retombe avec l’émergence de nouveaux supports de divertissement comme le cinéma qui offre au public un nouvel espace d’imaginaire.

De cette histoire oubliée, il reste des milliers de photographies, affiches, cartes postales, films, peintures, gravures, dessins et articles de presse, dont 600 oeuvres sont exposées ici. Ces objets de mémoire permettent de comprendre comment le racisme, la ségrégation, les thèses eugénistes ont pu conquérir les esprits si facilement: amusez le quidam en lui martelant vos idées subliminales et il vous suivra main dans la main, sans aucune méfiance. (Ce que fait la télévision bas de gamme encore aujourd’hui – offrir de la bouillie intellectuelle à un public sans arrière-garde).

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L’intérêt de l’exposition porte sur la mise à nue assez cruelle des moeurs de nos lointains concitoyens. Elle rend hommage à ces anonymes (hormis le nègre dit Joseph, immortalisé dans le tableau de Géricault, Le Radeau de la Méduse) dont la dignité a été bafouée pour avoir commis le crime d’être autre. Mais elle nous place une nouvelle fois en position de voyeur et je me suis sentie mal à l’aise tout au long de l’exposition.

Pourtant si j’écoute les propos de Lilian Thuram, les Occidentaux ne devraient pas ressentir de culpabilité face aux misères qu’ils ont fait subir aux autres. Car c’était une autre époque et que nous ne sommes pas responsables des actes des générations précédentes. Pour autant, on doit examiner quel regard nous portons aujourd’hui envers les étrangers. Et de conclure: l’éducation est la clé de la lutte contre le racisme. “Si on dispose des clés pour comprendre la réaction des autres, on n’entre pas dans leur jeu, on ne sent pas coupable d’avoir la peau colorée, et on ne réagit pas violemment.” CQFD.

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