Greco

Jusqu’au 10 février 2020

Grand Palais, Galerie sud-est, Avenue Winston Churchill, Paris 8e

Le Grand Palais présente la première grande exposition en France consacrée au peintre d’origine crétoise Doménikos Theotokopoulos, dit Greco (1541-1614). Un artiste redécouvert à la fin du XIXe siècle pour avoir su tirer profit des apports de la Renaissance italienne et marquer le Siècle d’Or espagnol.

Greco, Portrait du frère Hortensio Félix Paravicino, vers 1609/11. Huile sur toile.
Photograph (c) 2018 Museum of Fine Arts, Boston. All rights reserved

Greco naît à Candie (actuelle Héraklion) alors dominée par Venise. Il se forme selon la tradition byzantine (peintre d’icônes) puis il rejoint Venise et Rome. Avant d’être attiré par le grand projet du monastère de l’Escorial (palais royal dans la ville de San Lorenzo de l’Escorial) et de terminer brillamment sa carrière à Tolède.

Greco, Saint Martin et le pauvre, 1597/99. Huile sur toile
(c) Washington, National Gallery of Art

Le parcours de l’exposition aborde successivement ses réalisations dans ces différentes villes. « L’artiste importe dans la péninsule [espagnole] la couleur du Titien, les audaces du Tintoret et le style héroïque de Michel-Ange », commente Guillaume Kientz (conservateur de l’art européen au Kimbell Art Museum, Fort Worth, Etats-Unis), commissaire de l’exposition.

Lorsque Greco s’installe à Venise en 1567, il découvre les couleurs du Titien dont l’art domine la cité des Doges. Le Triptyque de Modène et ses deux Adorations des mages témoignent de son évolution artistique, embrasant le colorito aux dépens de la rigueur de l’icône. Cependant, le marché fermé de Venise ne laisse pas d’opportunité au jeune grec qui tente sa chance à Rome (1570-1576).

Ici, il est fasciné par la puissance du dessin et des formes de Michel-Ange. Mais Greco va chercher à donner la réplique au grand maître florentin, lui l’étranger inconnu ! Il est chassé du palais Farnèse où il résidait.

Il apprend que le roi Philippe II, grand admirateur du Titien, cherche des peintres pour décorer son monastère de l’Escorial. Le voilà parti pour Tolède, cité la plus prospère de Castille.

Sa chance tourne enfin. Il reçoit des commandes de l’Eglise et du roi (L’Adoration du nom de Jésus). Sans oublier celles des familles qui veulent orner leurs lieux de dévotion privée (chapelles et oratoires). Greco ouvre un atelier pour faire face au nombre croissant de commandes.

Greco, Le Christ chassant les marchands du Temple, vers 1575. Huile sur toile.
(c) The Minneapolis Institute of Arts

Le parcours de 75 oeuvres met en valeur les variations de Greco sur ses propres compositions, initiant bien avant les impressionnistes le principe des séries. Il se termine sur celle du Christ chassant les marchands du Temple (1570-1614). Composition qu’il décline tout au long de sa carrière, de ses années italiennes aux tolédanes. Peut-être parce qu’il s’identifie au Christ furieux qui purifie le Temple de ceux qui ne le respecte pas ? A l’image de l’Eglise qui rechigne à le payer au prix fixé une fois que l’oeuvre a été livrée.

Après de longs siècles d’oubli, Greco est redécouvert par les impressionnistes puis par les avant-gardistes. Cocteau écrira : « Un jour nous verrons ce limon sculpté de la terre devenir les Baigneurs de Cézanne, et de croisement en croisement, aboutir à l’effrayante race d’hommes sauterelles, d’hommes chiens, d’ogres à tête de bouquet de fleurs dont Salvador Dali peuple ses solitudes. » (Le Greco, 1943).

Si les modernes ont proclamé Greco comme leur prophète, ses oeuvres n’avaient pas été exposées en France de manière significative depuis 111 ans ! La scénographie épurée fait ressortir la vivacité des couleurs et l’audace de ses compositions aux figures allongées. Une exposition qui lui rend un vibrant hommage.

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